Amos 7, 12-15
Psaume 84
Ephésiens 1, 3-14
L’Évangile de ce jour commence par ces mots : « Jésus appelle les Douze, et pour la première fois il les envoie deux par deux. ». Peut-être savez-vous qu’en octobre prochain, précisément le 11 octobre, date anniversaire de l’ouverture du Concile Vatican II, se réunira, à Rome, un Synode, une assemblée d’évêques, sur le thème de la « nouvelle évangélisation. » Or, l’Évangile de ce jour nous décrit, justement, le premier envoi des disciples en mission, une sorte de « première évangélisation ». C’est sur ce thème de l’Évangélisation que je voudrais partager avec vous quelques réflexions à la lumière de l’Évangile.
Lorsqu’on parle de nouvelle évangélisation, on a immédiatement à l’esprit les nouveaux modes d’évangélisation : évangélisation de rues, évangélisation de plages, groupes Alpha, KTO, internet et ses retraites en ligne, journaux cathos gratuits… Et sans vraiment nous en apercevoir, au lieu de parler de l’évangélisation, nous parlons des moyens d’évangélisation. Naturellement, nous cherchons à mesurer ensuite la vérité des moyens aux résultats obtenus. On se plaît à comptabiliser les points, les audiences, on se prend à comparer tel ou tel diocèse, tel ou tel évêque, à juger au nombre de séminaristes en formation, au nombre d’ordinations par an, au nombre de jeunes qui assistent à la messe du Pape lors de JMJ. C’est assez naturel mais, peut être aussi, très insuffisant.
Insuffisant parce que, sans nous en rendre compte, nous faisons de l’Église un groupe comme un autre, une association lambda, un parti qui devrait prouver qu’il est valable parce qu’il est jeune et dans le vent, parce qu’il recrute. On fait du nombre et de la jeunesse l’unique vérité. La logique, qui est juste et belle mais qui ne peut se suffire, serait celle de la parabole des noces où les invités ne viennent pas, s’excusent d’avoir autre chose à faire. « Forcez-les d’entrer » dit le roi qui a fait dresser la table. Faites-vous connaître et reconnaître, soyez explicites et l’Église sera pleine. Soyez inventifs et attractifs.
Mais il me semble que parler d’évangélisation ne consiste pas seulement à vouloir ramener à l’Église, à vouloir faire entrer dans l’Église, à vouloir être nombreux. Aujourd’hui, l’Évangile nous dit bien que ce ne sont pas les Douze qui invitent, mais bien les Douze qui sont les invités. « Quand vous avez trouvé l’hospitalité dans une maison, restez-y » leur dit Jésus. Cela aussi c’est l’évangélisation. L’Église invitée, ceux qui forment le Corps du Christ, nous tous ici présents, invités dans le monde, dans nos milieux professionnels, associatifs, nos familles, nos cercles d’amis, invités à vivre comme disciples et frères de Jésus-Christ. Pas forcément en distribuant des évangiles, mais en étant soi-même l’évangile. C’est une qualité qui nous est demandée, qualité d’être et qualité de relation.
Si Jésus envoie deux par deux, c’est bien qu’il ne cherche pas d’abord à présenter au monde un nombre considérable de disciples, mais à mettre en lumière un lien, une fraternité, une relation, une altérité aussi, c’est à dire que tous les disciples ne se ressemblent pas, il y a des zélotes (des résistants) et des pubicains (des collaborateurs). Jésus n’a pas donné aux Douze des cours d’évangélisation, mais il a formé une communauté de frères qui sont appelés d’abord à le connaître et à connaître Celui qui l’a envoyé : le Père.
Pour résumer, l’unique moyen pour l’Église de dire sa foi, c’est l’amour. Pas un amour idéal, mais un amour concret, efficace, qui se traduit dans une proximité, une présence. C’est ce que nous appelons la « diaconie ». L’Église corps du Christ est invitée à se trouver auprès des pauvres, des souffrants, des exclus, de ceux qui cherchent un sens, de ceux qui sont seuls, des angoissés de notre monde, de ces plus petits qui sont les frères du Christ. Il ne s’agit pas d’abord de frapper les esprits, de faire du bruit, le Christ lui-même n’a pas voulu le faire ! Il faut parler le langage de l’amour et du service, et cela ne fait pas de bruit. Il faut tisser, retisser, les liens qui ont été rompus, coupés, brisés : c’est cela l’œuvre du Christ et la nôtre, ravauder la trame des liens d’humanité. Et là, nous avons un beau travail d’évangélisation à entreprendre dans un monde qui voit les liens s’effilocher, qui connaît tant de solitudes et d’exclusion à l’heure du haut débit et de la TNT.
On parle aujourd’hui de nouvelle évangélisation… Mais l’évangélisation est toujours nouvelle parce que l’Évangile est annoncé à frais nouveau à chaque génération. Chaque femme et à chaque homme qui naît aujourd’hui dans le monde devra rencontrer un témoin du Christ pour devenir à son tour témoin du Christ. On ne naît pas chrétien, on le devient. L’évangélisation est nouvelle parce que se lève, par nous, une nouvelle génération d’évangélisateurs, nouvelle génération de témoins de Jésus-Christ. Invitons à venir voir l’Église, bien sûr. Mais croyons d’abord qu’elle est belle, sentons-nous invités, comme Église du Christ, à nous tenir dans le monde comme d’humbles serviteurs, comme présence à toute détresse et solitude : c’est cela seul qui nous rendra crédibles.
fr. Emmanuel
Abbaye Saint Benoît d'En Calcat - 81110 DOURGNE