
1 Samuel 3, 3b-10.19
Psaume 39
1 Corinthiens 6, 13b-15a.17-20
Jean 1, 35-42
« Que cherchez-vous ? » Que cherchons-nous ? Cette question est posée à chacun d’entre nous et il ne suffit pas de répondre : la messe. La messe ce n’est pas ce que nous cherchons, la messe c’est simplement une manifestation, une manif, comme on dirait aujourd’hui, de notre foi, de notre souci de chercher ensemble. Il y a un quiproquo sur la messe : ce n’est pas l’essentiel du message de Jésus. Dans certains milieux étudiants, pour désigner les chrétiens on dit : « c’est les tàlas » parce qu’on dit « ils vont à la messe ». C’est drôle, mais ce n’est pas vrai, la messe ce n’est pas magique, la messe ce n’est pas simplement une cérémonie ! Alors, Seigneur, que cherchons-nous ?
Il me semble que Jésus dit : « Nous, nous les hommes, nous cherchons ta demeure, nous cherchons ta maison, nous cherchons ta présence » et, comme nous venons de l’entendre dans la deuxième lecture, saint Paul dit : « Rappelez-vous que vous êtes le temple de Dieu ! », cette présence elle est déjà là, alors, pourquoi la cherchons-nous ? Pour être conscients. Mais conscients de quoi ? Conscients de son amour, conscient de son pardon ! Conscients de la force de conviction qu’Il peut mettre dans notre cœur si nous acceptons, si nous recevons, si nous faisons attention ! Conscients du dynamisme que représente la présence de Jésus en chacun d’entre nous. Et eux, les premiers disciples, ils restèrent, ils demeurèrent avec Lui. Clairement, cela veut dire pour nous : ce que nous cherchons c’est de rester, de demeurer, de chercher en soi puisque nous sommes ‘le temple de Dieu’. Claudel dit quelque part : « Je n’ai rien à chercher au ciel avec l’hérétique et le fou ; ce Dieu est assez pour moi, qui tient entre quatre clous dans l’humain, et quelquefois dans la souffrance humaine ».
Cette recherche, cette attention, cette ‘demeure avec’, cette demeure avec soi, se manifeste souvent par un silence, un silence qui fait prendre conscience de la présence et il y a une contagion mutuelle entre le silence et la présence. En silence, je prends conscience de sa présence ; en sa présence je prends conscience de l’importance du silence. Il y a une dialectique, une contagion entre le silence et la présence. C’est un peu comme ce que nous avons tous vécu, plus ou moins : l’esprit de famille. L’esprit de famille, ça se récolte dans le silence, dans la fréquentation, dans la demeure ! C’est parce que je suis demeuré dans cette famille - on ne m’a jamais fait de cours d’esprit de famille - je suis demeuré avec eux, souvent dans le silence, dans la conscience d’une présence mutuelle, d’un amour. Pourquoi ce silence ? Qu’exige cette présence ? Eh bien, ce silence, cette présence et cette conscience, c’est pour une mission ! Et voilà pourquoi nous disons que ce que nous faisons maintenant s’appelle une messe : c’est une mission ! Nous venons manifester ensemble que nous prenons conscience que nous avons une mission, que nous sommes envoyés ! Envoyés pour partager nos convictions.
Alors, André est allé chercher son frère, Pierre. Pas à la messe ! Il est allé à la personne de Pierre. L’important ce n’est pas que Pierre soit venu avec son frère, André, l’important c’est qu’ils ont pris mutuellement conscience de leur présence l’un à l’autre, jusqu’à lui changer son nom. Amener quelqu’un à prendre conscience du Christ, c’est l’amener à se poser une question : « Vers quoi suis-je en progression ? » Dans la première lecture que vous avez entendue, largement théâtralisée, enfin après s’être levé plusieurs fois, Samuel se lève et dit : « Parle, Seigneur, ton serviteur écoute ! », mais nous ne savons pas ce qu’ils se sont dit. Le texte ajoute simplement : « Et Samuel grandit ». Nous ne sommes pas ici pour entendre des voix, nous sommes ici pour grandir ! Grandir dans l’esprit, grandir dans le pardon mutuel, grandir dans la présence.
Alors, Jésus posa son regard sur lui. Alors, Jésus, maintenant, ici, pose son regard sur nous, son regard sur moi. Et je vous invite à demander du fond du cœur : « Seigneur, pose ton regard sur moi ! » ou plutôt : « Seigneur, fais-moi prendre conscience de ce regard que maintenant Tu poses sur moi ». Alors, mes frères, ce regard me changera, ou plutôt, que dis-je, ce regard fera que vous allez changer car ce regard ne nous change pas automatiquement, ce n’est pas magique, c’est personnel. Jésus, posant ce regard sur chacun d’entre nous, y voit ce qu’il y a de bon, ce qu’il y a de meilleur, ce qu’il y a de sanctifiable, pour rendre plus sacré ce qui est en nous, encore bon mais vulgaire, humain.
Et voilà une question : « Qu’ai-je de bon en moi ? » Le regard de Jésus posé sur moi éclaire ce qu’il y a de meilleur en moi, qu’est-ce ? Et comment vais-je le cultiver ? Car, je vous le disais, ce regard n’est pas magique, n’est pas automatique ! Le cultiver par l’initiative, la créativité, j’allais dire : l’invention de votre vie spirituelle personnelle, chacun la vôtre ! Car nous allons à Dieu avec notre caractère, avec ce que nous avons de bon, et aussi de moins bon pour que ça devienne meilleur. Ceci se demande, ou plutôt entraine l’état de prière. La prière ce n’est pas toujours de demander, ce n’est pas toujours de demander quelque chose, Jésus n’est pas un épicier. Prier c’est être en culture, prier c’est être en chemin, prier c’est être en progrès, prier c’est être en souci de progression.
Ensemble, mes frères, nous cherchons à être plus conscients du regard de Jésus sur nous, ensemble nous attisons en nous cette manière d’être : être en chemin, être en souci de progression ! Amen.
Frère Stanislas
Abbaye Saint Benoît d'En Calcat - 81110 DOURGNE