Cette rencontre de Jésus avec la Samaritaine au bord du puits peut éclairer notre relation personnelle, à chacun, avec Jésus sur notre route du Carême. Les questions de cette femme peuvent, en partie du moins, être les nôtres, questions des différences, voire des séparations qui existent aujourd’hui entre races, nations, religions, églises chrétiennes, entre sensibilités politiques ou religieuses à l’intérieur des communautés ecclésiales… ‘Les Juifs ne veulent rien avoir de commun avec les Samaritains’ dit le texte : voilà bien une différence ! « Nos pères ont adoré sur cette Montagne et vous, les Juifs, vous dites que c’est à Jérusalem qu’il faut adorer » alors, qu’est-ce qu’il faut croire de tout ce que nous dit l’Eglise ? Question du rapport à l’affectivité, à la sexualité, à la fidélité… notre Samaritaine n’arrive pas à se fixer, à trouver son bonheur dans une relation stable. « Tu as raison de dire que tu n’as pas de mari car tu en as eu cinq et celui que tu as maintenant n’est pas ton mari » lui dit Jésus.
Toutes ces questions, c’est la réalité ! Elles font partie de la réalité, de la faiblesse, de la misère humaine. Mais la rencontre entre Jésus et la Samaritaine débouchent sur une réalité plus intérieure et plus fondamentale, capable de créer du nouveau, de changer le cœur et la vie de cette femme, et mon cœur, et ma vie. Au bord du puits, la Samaritaine, chacun de nous, est invité(e) à découvrir un autre visage de Dieu en regardant Jésus. Un Dieu qui entre dans la réalité humaine, qui veut en connaître la paix, la fatigue, la souffrance, la mort ! Jésus, fatigué par la route et la chaleur, dit à la femme : « donne-moi à boire ». Jésus, un prophète aux mains nues, sans le bâton de Moïse pour en frapper le rocher pour en faire miraculeusement jaillir de l’eau et désaltérer le peuple comme nous l’avons entendu dans la première lecture, Jésus, un prophète aux mains nues, plus que cela, un prophète aux mains percées le Vendredi Saint, un prophète qui sur la croix de son supplice va répéter cette parole dite à la Samaritaine : « J’ai soif, donnez-moi à boire », c’est un autre visage de Dieu ça ! Non plus le Dieu monarque à qui on demande des faveurs divines, mais un Dieu qui aime jusqu’au bout, un Dieu impuissant devant la liberté humaine qui se refuse à Lui, un Dieu mendiant de l’amour des hommes ! Ce Dieu, si loin de nos ambitions, si loin de nos volontés de pouvoir, de nos rêves de puissance, ce Dieu n’a d’autres forces que celles de l’Amour qui se livre au point de livrer sa vie et de verser son sang pour tous et d’abord pour ses bourreaux. Ce Dieu là, notre Samaritaine, en écoutant Jésus, commence à pressentir, peu à peu, que c’est Lui qui peut étancher sa soif d’aimer et d’être aimée, c’est Lui qu’elle cherchait, sans trop le savoir, en courant d’un homme à l’autre, c’est elle qu’elle veut rencontrer et connaître, c’est de Lui qu’ont besoin ses concitoyens ! Alors, elle va les chercher et les amène à Jésus. C’est en Lui qu’elle, eux et nous tous avons besoin de croire afin, comme disait saint Paul dans l’épitre aux Romains (la deuxième lecture) : « afin d’avoir l’accès au monde de la grâce », c’est-à-dire de l’amour gratuit, « dans lequel Dieu veut nous établir ».
Mais, par mon baptême et par l’eucharistie que nous célébrons, ce Dieu là est plus proche que Jésus ne l’était pour la Samaritaine au bord du puits de Jacob, car ce Dieu est intérieur à chacune de nos vies et de nos histoires, au plus profond de notre cœur. Par son Esprit, Jésus, mort et ressuscité, est présent à l’intime de nos vies, au fond de nos cœurs ! Dans sa Parole écoutée et reçue, dans le mystère de son Corps et de son Sang qui donne la Vie qui ne finit pas, avec Pâques, vers la fête de Pâques, sur le chemin qui est le nôtre, « l’heure est venue », selon les Paroles de Jésus à la Samaritaine, « d’être de vrais adorateurs qui adorent le Père en esprit et en vérité » car Dieu est Esprit et ceux qui adorent, c’est en esprit et en vérité qu’ils doivent adorer.
Comment croyons-nous, comment adorons-nous ? Ce Dieu aux mains nues et percées, ce Dieu crucifié Qui n’est qu’Amour a caché son visage au fond de mon être. Son image au cœur de chacun est le signe et la possibilité pour tous de se reconnaître fils de Dieu et frères les uns des autres par son Esprit d’Unité, d’Amour et de Paix.
Quelques semaines nous séparent de Pâques. Arrêtons-nous au près du puits des Ecritures, de la Parole de Dieu, seul ou avec d’autres, et rejoignons sa Présence au plus intime de nous-mêmes pour L’adorer en esprit et en vérité et Le reconnaître en chacun de nous. Amen.
fr. André-JeanAbbaye Saint Benoît d'En Calcat - 81110 DOURGNE