Is 61, 1-2a.10-11
1Thessaloniciens 5, 16-24
Jn 1, 6-8.19-28
Cet évangile se conclut un peu comme un procès-verbal de gendarmerie : « Fait à Béthanie, le 11 décembre 2011 »…
D’habitude, un rapport de gendarmerie, c’est clair et net. Mais ici, l’enquête laisse planer un mystère au cœur de chacun d’entre nous : au milieu de nous se tient celui que nous ne connaissons pas. L’évangéliste nous parle de Dieu qui vient à nous en la personne de Jésus. Pourtant, le Christ est déjà là, au milieu de nous, puisque nous sommes réunis en son nom, mais nous continuons à l’attendre, à le chercher. Sa présence active est au passé et au futur, mais nous ne pouvons saisir et accueillir cette présence que dans l’instant que nous vivons en ce moment.
Retenons de cette enquête qu’en Israël, on attendait la venue d’un Messie, d’un prophète, le retour d’Elie, une des grandes personnalités de l’histoire d’Israël. Et son avènement était lié, de près ou de loin, à celui du règne de Dieu. Or Jean-Baptiste refuse absolument le titre de Messie que certains de ses disciples voulaient lui donner. L’évangéliste est obligé d’insister sur ce point dans le prologue : « Il n’était pas la lumière, mais il devait rendre témoignage à la lumière » (1,8). Jean-Baptiste n’est ni le Messie, ni Elie, ni le prophète. Affronté aux enquêteurs, Jean a continué de nier, sans rien ajouter sur lui-même. Maintenant, contraint de s’expliquer, il s’identifie à « la voix de celui qui crie dans le désert » (Is.40,3), celle qui parlait jadis au cœur de Jérusalem, en opposition à la Parole de Dieu qu’est Jésus. C’est l’Ancienne Alliance qui reconnaît et désigne en Jésus le Messie.
L’évangéliste ne parle du Baptiste qu’en termes restrictifs ; Jean ne baptise que dans l’eau du Jourdain. Ce n’est pas le baptême dans l’Esprit-Saint qu’administrera celui que nous ne connaissons pas encore, ou si peu. Jean-Baptiste ne fait que concentrer en lui toute l’attente de l’Ancien Testament. Comme nous, il demeure dans la nuit noire.
« Au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas. Il vient après moi, et je ne suis même pas digne de défaire la courroie de sa sandale. » Jean-Baptiste désigne ainsi celui qui arrive, mais en même temps, celui qui est déjà là. Nous sommes à la grande charnière de l’histoire humaine. « Il faut qu’il grandisse et que moi, je diminue. » (3,30). Ainsi s’efface celui qui porte la Parole.
La première alliance avait mis en chantier le déblaiement du désert. Rien n’est encombré comme nos déserts L’humanité s’est, peu à peu, embarrassée d’idoles de tous genres, comme l’âme vide se peuple d’illusions (et Dieu sait que, maintenant encore, nous en avons des idoles et des illusions…). Au dire de Jean-Baptiste, l’ère du déblaiement touche à sa fin. On comprend que le judaïsme déblayeur se soit inquiété. La première alliance, grâce à Abraham, à Noé, et quelques autres prophètes, avait réussi jusqu’à présent à ne pas sombrer ; mais comment allait-elle maintenant rencontrer l’ère divine ?
Quand les prêtres et les théologiens viennent simplement écouter un fou de Dieu à propos d’eux-mêmes, ils se laissent docilement traiter de race de vipères. Mais quand les prêtres et les théologiens interrogent Jean-Baptiste sur lui-même, le prophète se trouve désemparé : moi ? je ne suis rien du tout, seulement une voix qui s’égosille… une voix très ancienne, puisqu’elle crie déjà dans le livre du prophète Isaïe (40,3), mais une voix qui prend aujourd’hui un nom.
Toutes les religions redoutent le souffle corrosif de l’inspiration prophétique, car casser des idoles revient à détruire des coutumes ou à changer des idées. Tous les moyens d’aller à Dieu s’en trouvent renversés, pour que ce soit Dieu qui vienne à sa guise, et jamais comme on l’avait prévu. On comprend que l’autorité religieuse fasse enquêter sur un Baptiste qui se nourrit de sauterelles et se revêt d’un pagne…
Alors quand cet homme Jésus sort de son village pour venir jusqu’à Jean, le Baptiste pressent que l’humanité va changer d’univers. Ni le haut clergé, ni la bonne exégèse, ni la grande prophétie ne peuvent soupçonner la vraie nature du Messie qui vient. Jésus est le lieu de passage obligé. Par lui, Dieu vient à nous, et personne ne peut aller au Père sans passer par lui. A travers Jean-Baptiste, il faut se laisser guider par l’Esprit pour remonter jusqu’à la Source de qui vient toute vie.
fr. Régis
Abbaye Saint Benoît d'En Calcat - 81110 DOURGNE