Lévitique 13, 1-2. 45-46
Psaume 31
1 Corinthiens 10, 31 – 11, 1
Un lépreux vient trouver Jésus. Toute la nouveauté, toute l’espérance qu’apporte Jésus est dans cette page d’Evangile. Chacun de nous, dans son histoire personnelle, n’a-t-il pas ses faiblesses, ses erreurs, ses fautes qui sont son péché et aussi son secret ? Peut-être souffrons-nous de nous sentir mis à côté, exclus de la société, de l’Eglise peut-être, peut-être souffrons-nous de ce que d’autres sont exclus… Quoi qu’il en soit, cette Parole de Dieu, cet Evangile nous apporte quelque chose de nouveau, une nouvelle espérance. Que se passe-t-il en effet ?
Un lépreux s’approche de Jésus. La lèpre, au temps de Jésus, n’était pas seulement une maladie, même une maladie grave, elle était une impureté, elle était considérée comme le signe d’un péché qui mettait la personne à part, qui en faisait un exclu, tant du point de vue social que du point de vue religieux, à tel point que, nous l’avons entendu dans la première lecture, le lépreux, pour écarter les gens, devait crier, dire publiquement : « Impur ! Impur ! Ecartez-vous » et il était mis au banc de la société, il ne pouvait pas aller prier avec les autres à la synagogue. C’était un ‘intouchable’.
Jésus, pris de pitié, plein de compassion, tend la main au lépreux, Il le touche, Il touche l’intouchable et Il le guérit. Puis Il l’envoie aux prêtres pour que sa guérison soit constatée et qu’il soit réintégré du point de vue social et du point de vue religieux. Cet homme qui devait crier sa maladie publiquement, « Impur ! Impur ! », une fois guéri et malgré l’interdiction de Jésus, crie sa guérison. L’Evangile nous dit : « Une fois parti, cet homme se mit à proclamer et à répandre la nouvelle, de sorte qu’il n’était plus possible à Jésus d’entrer ouvertement dans une ville. Il était obligé d’éviter les lieux habités». Il allait dans le désert. Au fond, la situation est complètement renversée. C’est en quelque sorte, Jésus qui maintenant se trouve dans la situation du lépreux, c’est Lui qui doit éviter les foules. Le lépreux guéri passe de l’exclusion à l’intégration, il retrouve sa place dans la famille, dans la société, à la synagogue. Jésus, au contraire, comme le lépreux doit fuir les lieux habités : Il a pris sur Lui la lèpre, l’impureté, le mal de cet homme qu’Il a guéri. Eh bien voilà la nouveauté et l’espérance qui nous est annoncée. En Jésus, Dieu se fait connaître comme le Dieu qui s’approche de l’humanité, de nous, pour nous tendre la main, pour nous toucher, pour prendre sur Lui nos maladies, nos hontes, nos fautes, nos péchés, nos misères, pour nous en délivrer. Il nous fait comprendre qu’avant d’être pécheurs, nous sommes et nous restons toujours, pour Dieu notre Père, ses fils et ses filles bien-aimés, ses enfants bien-aimés ! Voilà la Merveille du don premier et gratuit de Dieu.
Et c’est cette Merveille-là que notre Eglise doit annoncer d’abord, d’abord et avant tout comme l’espérance de l’humanité, comme la grande nouveauté offerte à tous les hommes, et elle doit le faire avant de parler de morale, avant de dire ce qu’il faut faire ou ce qu’il ne faut pas faire elle doit dire ce que Dieu a fait ! Le jour de la naissance de l’Eglise, le jour de la Pentecôte, la première manifestation de l’Esprit Saint n’a pas été de dire aux hommes ce qu’ils devaient faire, le texte des actes des apôtres nous le dit clairement : « Comment se fait-il que chacun de nous, dans sa propre langue, nous les entendons publier les Merveilles de Dieu ? » L’Eglise doit annoncer le mystère de Dieu comme la Merveille offerte à l’humanité ! Si Dieu devient une réalité, quelqu’un de merveilleux pour les hommes, les hommes ne vivront pas n’importe comment après. Pourquoi donc, si souvent, nous intervertissons les choses ? C’est seulement dans cette lumière des Merveilles de l’Amour de Dieu qu’une morale peut être proposée comme attirante et comme possible.
Avant la communion, tout à l’heure, comme à chaque Eucharistie, nous allons entendre cette parole : « Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde ». C’est Jésus qui vient à la rencontre des lépreux que nous sommes. Le verbe latin traduit par ‘enlever’ veut dire aussi ‘porter’, porter et enlever. Jésus, dans la communion à son corps et à son sang, nous tend la main, nous touche, et Il touche les lépreux que nous sommes pour porter, pour emporter, pour enlever notre péché et nous dire que nous avons tous et chacun notre place dans la Maison de Dieu, c’est-à-dire dans le Cœur de Dieu notre Père. Si nous comprenons cela et si nous essayons de le vivre, nous saurons, à la suite de Jésus, aller au-devant de ceux et celles qui sont exclus de la société, ou de notre groupe de vie, ou de notre communauté, nous saurons aller au-devant de ceux que nous excluons peut-être de nos relations, de notre Eglise. Notre modèle, comme le dit Paul dans la deuxième lecture, c’est le Christ et il ajoute : « Je ne cherche pas mon intérêt personnel, mais celui de la multitude des hommes pour qu’ils soient sauvés, tous sauvés ! » Il s’agit aussi pour nous de sortir de notre intérêt personnel, de nous-mêmes, de notre égoïsme, pour aller au-devant des frères et sœurs, pour les servir et pour les intégrer, ou les réintégrer s’ils sont exclus !
Que cette Eucharistie purifie nos cœurs qui ont besoin de l’être. Que cette Eucharistie nous renouvelle et nous ouvre à la nouveauté, à l’espérance, au bonheur de l’Evangile.
Frère André-Jean
Abbaye Saint Benoît d'En Calcat - 81110 DOURGNE