
Des moines noirs parmi les dignitaires tibétains, le 13/08/11.
Le Dalaï Lama n’est pas un inconnu pour le monastère d’En Calcat. Plusieurs moines l’ont déjà rencontré à plusieurs reprises depuis les années 80 et 90. Nous avons lu au réfectoire une biographie de lui, vue des émissions, lu des articles le concernant. Depuis presque 30 ans nous avons des contacts avec les moines du monastère de Nalanda à Lavaur, tout près de chez nous.
Nous ne pouvions manquer d’assister à au moins une journée d’enseignement du Dalaï Lama à Toulouse. En nous inscrivant comme moines, nous ne nous attendions pas à être comptés, par le comité d’organisation, comme membres de la sangha, et invités de plus à siéger sur l’estrade parmi les hauts dignitaires religieux tibétains, ce qui nous a beaucoup honoré.
L’émotion était grande pour nous de pouvoir approcher ce grand moine, car c’est ainsi que nous le voyons d’abord, détenteur de la sagesse d’une immense tradition religieuse, portant en plus le poids de représentation d’un peuple écrasé. Le grand silence qui se fit à son entrée disait bien le respect et la reconnaissance de l’assemblée pour tout ce qu’il représente d’authenticité dans notre culture du superficiel, et pour ses grandes qualités humaines et spirituelles.
Son enseignement n’était pas toujours facile d’accès pour les non initiés que nous sommes, mais nous avons été sensibles à sa pédagogie pour mettre à portée d’une foule les rudiments d’une tradition très profonde et complexe.
Je voudrais relever quelques points d’enseignement qui ont résonné en moi.
Le premier a été induit par notre présence, (mais répété depuis longtemps par le Dalaï Lama) ; «Nous devons trouver une harmonie entre les grandes religions qui doivent œuvrer ensemble pour ce monde matérialiste… Sur la base du respect mutuel, il faut comprendre les autres religions… Les bouddhistes ont beaucoup à apprendre des chrétiens, (domaines de l’aide, de l’éducation) … des chrétiens viennent apprendre de nous des techniques de méditation… » a dit le Dalaï Lama . Cela me paraît fondamental, et on risque de ne pas l’entendre, le percevant comme allant de soi. Il est clair que les techniques de méditations ne se trouvent pas d'un seul coté, ni le savoir faire caritatif ou humanitaire; mais nous devons aller plus avant dans une émulation mutuelle, je crois que le terme de fécondation serait plus juste encore. C’est un processus déjà à l’oeuvre, et les moines gagneraient à en être mieux conscients. Je le perçois comme quelque chose de plus important qu’une hypothétique coalition contre une culture matérialiste. Une respiration spirituelle manque à nos contemporains, et les traditions qui ont du souffle se doivent d’apprendre à respirer ensemble un air précieux tellement méconnu. Chacun est un don pour l’autre, et le zèle des uns dans la recherche de l’ultime conforte les autres dans leur propre recherche. Chacun reçoit des autres, mais personne ne peu dire ce dont l’autre à besoin. La lumière née dans la rencontre, d’un au-delà du vous et du nous, mystérieuse dira le chrétien, mais le bouddhisme a peut être une explication…
Un autre point, la question du moi, dont j’avais entendu du Dalaï Lama dire à Nantes qu’il était « purement nominal », a été de nouveau posée. On ne s’en étonne pas, l’occident a forgé le concept de personne, que l’orient ignore, et l’appréhension du soi est radicalement différente de part et d’autre. A Toulouse j’ai donc entendu cette foi-ci que : « Cela n’a pas de sens de dire que le moi n’existe pas… mais ce n’est pas une entité indépendante, unique, permanente et absolue ; … il n’existe qu’en dépendance avec le corps et la conscience… ». Assez couramment on oppose cette conception à la perception occidentale d’un moi « pensé en rapport au concept d’un créateur qui existe par lui-même et qui a une existence absolue » (Dalaï Lama). Comme souvent, la doctrine de l’autre est plus complexe. Le Dieu des chrétiens est à la fois un et trine, c'est-à-dire relation et dépendance, et tout homme est dans cette dynamique de relation et de dépendance lorsqu’il entre dans cette vie en Dieu. Il devient membre interdépendant d’un corps, comme le dit St Paul. Ces résonances relatives avec ce que j’ai entendu et compris du bouddhisme ne me cachent pas la radicale différence de conception. Mais une fois encore l’expression d’une vision spirituelle de l’homme, étrangère à la mienne, provoque ma réflexion et suscite ma reconnaissance pour ce qui est donné aux uns et aux autres.
Deux petits exemples de proximité dans l’altérité. Plusieurs vies ne suffiraient pas à les énoncer toutes !
Fr. Daniel
Abbaye Saint Benoît d'En Calcat - 81110 DOURGNE