Isaïe 60, 1-6
Psaume 71
Ephésiens 3, 2-6
La nuit de Noël, c’étaient les voisins de Jésus, les bergers au cœur simple et humble, les pauvres, les anawims d’Israël, c’est à dire les petits dont la simplicité de cœur leur permettait de comprendre et de venir tout de suite … l’annonce de la Bonne Nouvelle aux pauvres d’Israël, à tous les petits. Et aujourd’hui ce sont d’importants personnages qui viennent auprès de l’Emmanuel. Ils arrivent donc plus tard mais de très loin, des extrémités de la terre. Des grands de ce monde dont l’intelligence du cœur leur a permis de discerner un appel à se mettre en route. C’est alors vraiment l’annonce de la Bonne Nouvelle à tous les hommes sans exception, petits et grands. Et ce décalage de temps entre Noël et Epiphanie que nous fait vivre notre liturgie suggère le même mystère de révélation de Dieu aux hommes, de son incarnation qui se déploie dans le temps, hier la naissance, aujourd’hui l’adoration des mages et dès demain le baptême au Jourdain. Oui, il faut le temps. Il nous faut du temps pour discerner la lumière de l’étoile à partir de ce que nous sommes et nous mettre en route vers le pays qui nous sera indiqué … Pars vers le pays que je t’indiquerai dit Dieu à Abraham mais aussi à ces rois mages, à chacun d’entre nous. Et peut-être sommes nous invités, nous aussi, à être comme ces rois mages sachant que cela pourra nous amener très loin. Invités en quelque sorte à être rois mages c’est donc commencer par accepter de voir cette lumière, commencer à se mettre en marche, en mouvement, en conversion permanente et par là même refuser d’être familier des ténèbres. Dans la nuit spirituelle qu’il a vécu, saint Jean de la Croix était en marche, guidé par une étoile tout au fond de son cœur.
Nous avons vu son étoile et nous sommes venus. Nous nous sommes mis en route avec confiance. C’est ce que nous pourrions nous souhaiter, chacun à notre mesure en ce début d’année. Et visiblement ces rois mages, ces sages n’ont pas eu peur de refaire en quelque sorte le trajet de foi d’Abraham, de partir vers ce qu’ils ne connaissaient pas. Bien sûr, pour certains d’entre nous, et particulièrement les moines, les distances pourront être moins grandes quoique la vie monastique peut révéler bien des surprises à ce sujet, mais au départ, en allant dans ce cloître, ne sommes-nous pas nous aussi allés vers ce que nous ne pouvions programmer. Nous aussi avons eu en quelque sorte une étoile qui un jour nous a mis sur une route où nous sommes toujours. Et cette étoile ne se laisse pas seulement voir à quelques uns, mais à chacun d’entre nous, si tant est que nous voulions bien la voir et nous laisser mettre en chemin par elle, laisser un peu plus résonner en nous notre plus profond désir qui nous habite tous.
En effet, Dieu nous rejoint toujours là où nous désirons au plus profond de nous-même mais peut-être jamais de la façon dont nous l’aurions souhaité ou imaginé. Oui, Dieu nous rejoint au cœur de notre désir devant être purifié de bien des illusions. Il aime nous rejoindre avec son humilité dans notre faiblesse, notre vérité, Lui qui n’était qu’un tout petit bout d’homme que sont allés voir les mages. Et Dieu nous rejoignant ainsi avec humilité, sans volonté de nous capturer, avec un infini respect, nous renvoie comme les mages sur un autre chemin. Et nous pouvons alors oser partir de nos timidités, de nos peurs, pour entrer davantage dans ce dynamisme de vie Trinitaire. Oui, être roi mage à notre façon, c’est aussi accepter d’être un pèlerin, un étranger qui loin de mépriser le monde et ses attaches sait être libre de bien des habitudes et tout d’abord sait qu’il ne sait pas, accepte de ne pas tout savoir mais espère, garde l’espérance dans une foi active et en marche, dans une charité inventive, un amour attentif aux petits riens.
Ne nous arrive-t-il pas de nous sentir souvent étrangers devant Dieu, devant ses appels qui pourront nous faire peur et nous déranger, et nous renvoyer à notre vérité, à notre faiblesse bien sûr, mais aussi aux dons qu’Il a semés en nous et que croyant tout savoir nous pourrions bien laisser de coté en les ignorant et ne les faisant pas fructifier ? Oui, avec humilité, soyons aussi conscients de notre étrangeté, de notre faiblesse, des talents, des dons, des présents que comme les rois mages nous avons à offrir car en chacun d’entre nous, de façon unique se cachent de l’or, de l’encens et de la myrrhe.
L’or ce pourrait-être tout à la foi ce dynamisme qui met en route dans la foi, ce désir de construire dans la durée, cet amour inventif et persévérant. L’encens, ce pourrait-être ce regard bienveillant posé sur l’autre qui lui donne confiance, dignité et l’invite à être un vivant. Encenser quelqu’un n’est pas le flatter mais savoir reconnaître et s’émerveiller du travail de l’Esprit en lui. La myrrhe pourrait-être cette espérance contre toute espérance, ce désir de vivre malgré la souffrance et le combat ou encore cette capacité de mémoire qui fait que l’on se souvient toujours de l’essentiel et que lorsque cela ne va pas, l’on ose repartir sur le chemin.
Alors ces rois mages ne s’appelleront plus Balthazar, Melchior ou Gaspard, mais ils porteront nos noms. Et comme le suggère aujourd’hui le prophète Isaïe, laissons nos cœurs frémir et se dilater en d’insoupçonnables dimensions. Comme lors de la multiplication des pains, les cinq pains et deux poissons du petit garçon ont été nécessaires à Jésus, apportons Lui un peu de notre or, de notre encens et de notre myrrhe afin qu’Il puisse mieux ouvrir en nos cœurs de nouveaux chemins d’amour, de vie et de paix.
fr. Philippe-Joseph
Abbaye Saint Benoît d'En Calcat - 81110 DOURGNE