Profession de F. Nathanaël
 
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27 février 2010, profession solennelle de F. Nathanaël

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Homélie de profession

1Corinthiens 13 –
Jean 1,43-51

Frère Nathanaël,
aujourd’hui Jésus te dit quelque chose qu’il a dit un jour à ton saint patron, quelque chose qu’il élargit ensuite à tous ses disciples, un écho de ce qu’il avait dit déjà aux deux tout premiers disciples ; ça peut tenir en deux mots :
« TU VERRAS ! »
Ouvre les yeux… Tu vas voir ce que tu vas voir !
Ce que tu verras, tu n’en croiras pas tes yeux !
Il y a tout cela dans l’appel de Jésus, qui n’est jamais seulement un appel mais aussi une promesse, un engagement de Jésus envers toi, envers nous.
Quand on entend « Venez et voyez ! », on entend surtout que c’est à nous de prendre le risque d’y aller… on ne perçoit pas beaucoup l’incroyable promesse de vie que Jésus fait à ses disciples. Avec Nathanaël, c’est mille fois plus clair : « suis-moi, tu vas voir des choses plus grandes encore, des choses extraordinaires ! »

Quelles sont-elles, ces choses extraordinaires ?
D’abord, le « fils de l’homme » !
Observons que Nathanaël avait dit à Jésus : « Tu es le Fils de Dieu », ce qui est une affirmation unique, complètement incroyable, pas seulement UN fils de Dieu, un saint homme de Dieu, mais LE Fils de Dieu, avec l’article…
Jésus lui répond : « tu vas voir le Fils de l’homme ».
Regarde bien : l’homme est plus grand que tu ne crois, et Jésus, fils de l’homme, donne à l’humanité sa stature véritable, avec le ciel ouvert au-dessus de lui, et donc le fils de l’homme plus extraordinaire que les anges, les anges qui nous gardent, qui montent et qui descendent, qui s’affairent au-dessus du fils de l’homme, les anges qui nous servent, les anges qui nous envient, en dépit de notre faiblesse.

Chaque fois que Jésus parle du Fils de l’homme, il nous fait une promesse extraordinaire, il nous dit de lui ce qui nous est promis à nous au sein même de notre faiblesse : « vous verrez, vous aussi », vous allez voir jusqu’où ça mène, d’être un homme, cela n’est pas une simple « condition », c’est une promesse, celle d’une expérience extraordinaire à faire, à vivre !

Ce que nous allons voir, ces choses extraordinaires, « plus grandes encore », qui dépassent tout, saint Paul nous dit que c’est l’expérience de l’amour, de la charité. Tu le sais bien, puisque tu as choisi toi-même cette lecture.
En utilisant côte à côte ces deux termes, amour et charité, nous faisons le constat réaliste que, dans ce qu’on nomme « amour », la palette est très large : c’est un idéal, un point d’arrivée, quelque chose d’indépassable ! et en même temps, ça n’est parfois, souvent, qu’un passage, ou même une passade. C’est une jouissance et en même temps beaucoup de souffrance, c’est pure grâce et pourtant un labeur quotidien, c’est un acte moral mais aussi charnel, c’est le lieu de la séduction comme celui de la plus grand oblation…
On n’en finirait pas d’en découdre ainsi avec l’amour et ses paradoxes : nous n’en connaissons encore que des bribes, des morceaux décousus, les haillons de l’amour en lambeaux, les morceaux d’un puzzle indéchiffrable.
C’est bien ce que reconnaît saint Paul : « Aujourd’hui, nous voyons comme en énigme, à travers un miroir, mais ce jour-là nous verrons face à face, visage à visage ».



Dans le VISAGE d’un homme, d’une femme, rien ne parle comme les yeux : un amoureux peut certes aimer les jolies petites oreilles de sa fiancée, son petit nez mutin, et plus sûrement ses lèvres, parce qu’elles sont plus mobiles, plus expressives, plus reconnaissables, plus personnelles, mais rien dans le visage humain n’atteint la présence des yeux, véritable ostensoir de l’âme, de sa liberté et de sa vérité, de son désir et de ses peurs : une âme se donne à voir dans son regard jusque dans ce qu’elle ignore d’elle-même, son mystère.
Ce que je veux voir dans l’autre, dans l’être aimé, c’est CE QUI ME REGARDE : tel est le sens même du mot visage, ce qui me vise, la visée de l’autre, présence personnelle qui n’est jamais pure passivité mais extraordinaire activité.
L’œil en moi ne sait pas être seulement regardé, passivement regardé, il ne peut s’empêcher de regarder lui aussi, activement. C’est pourquoi deux regards qui se rencontrent peuvent produire tant d’étincelles, un tel court-circuit : dans bien des cultures, il est inconvenant de regarder l’autre dans les yeux.
Entre Jésus et Nathanaël, tout s’est joué dans un regard ; c’est littéralement en un coup d’œil que les protagonistes se sont jaugés, estimés, déclarés. Un coup d’œil qui est une sorte de coup de foudre.
Ce Nathanaël ébloui par le Fils de Dieu, c’est chacun de nous, que Jésus emmène patiemment vers le fils de l’homme, plus difficile à regarder, plus résistant à l’amour.
La conversion du regard va durer toute notre vie de chrétien, mais « TU VERRAS, tu vas voir » !
Pour conclure, j’emprunte au P. Teilhard de Chardin quelques mots du soir de sa vie qui disent le bonheur de celui qui croit à la promesse du Christ :
« Le monde au cours de toute ma vie, par toute ma vie, s’est peu à peu allumé, enflammé à mes yeux, jusqu’à devenir, autour de moi, entièrement lumineux par le dedans. »
Qu’il en soit ainsi pour toi, frère Nathanaël, et pour nous ! Amen.

frère David

Signature de la charte de profession


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