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Présence d'En Calcat [ N°154 ] Mars 2002

Editorial
Père Abbé

Homélie du P. Abbé au obsèques du f. Guy
Père Abbé

Frère Guy de Maurepas
Frère Marie-Bernard

Sagesse et cheveux blancs
enquête dans l'Ancien Testament
Frère David

La communion par la diminution
P. Teilhard de Chardin

Simples propos sur la présence
Edmond Durand

LA Géorgie, une église très ancienne
Frère Athanase

Internoviciat de Subiaco
Le Noviciat

Page des oblats
Frère Marie-Bernard

La vie à En Calcat



 

Faire mémoire

 

L'Eglise fait ans cesse mémoire des Mirabilia Dei, de la Geste du Salut dans le Christ. Au de la célébration du Mystère du Salut, il y a un Mémorial, l'Eucharistie : " Vous ferez cela en mémoire de Moi ".

En lisant l'Ecriture, je remarque combien souvent, dans les relations entre Dieu et les hommes, il est fait appel à la mémoire, au souvenir : Dieu, dans la Bible, dit sans cesse à l'homme: " Souviens-toi Pourquoi m'oublies-tu?" - et l'homme dit à Dieu : " Souviens-toi d'avoir pitié Pourquoi m'oublier, toi mon Roc? " - " Souviens-toi, Seigneur de tes
miséricordes De mes péchés de jeunesse ne te souviens plus mais souviens-toi de moi" (Ps.24) Le fidèle, sans cesse, confesse : " Je me souviens de tes préceptes Je me souviens, la nuit, de ton Nom ; " (Ps.118/52,55)
Est-ce donc si important de se souvenir, de faire mémoire? Sans mémoire, peut-il y avoir du sens ?
Pour trouver ma route et aller d'un lieu à un autre, il faut bien que je me souvienne du point de départ et du point d'arrivée; c'est cette mémoire qui va m'orienter dans la bonne direction et qui me permet ainsi d'arriver au but. L'être humain aura besoin de faire mémoire, de se souvenir de son origine et de son terme pour trouver le sens de sa vie. Pour assurer la cohésion d'une famille et la rassembler dans l'unité, n'est-il pas essentiel de faire mémoire des parents qui ont été à son commencement?
Nos communautés monastiques se rassemblent dans la mémoire, le souvenir de leurs fondateurs. Nous aimons nommer tous nos frères et défunts dont la vivante mémoire contribue tellement à enraciner nos communautés dans le
ciel, c'est-à-dire à les enraciner, dans le Christ et par l'Esprit, dans le cœur du Père . Dans ces pages nous faisons mémoire de la pâque de notre fr. Guy qui aura fait à Dieu l'honneur d'être heureux à son service, tout
simplement, et cela est beau pour Dieu et pour nous. Son regard et son sourire, jusqu'au bout, restent dans la mémoire de notre et demeurent pour nous le signe heureux de sa vie donnée.

Ainsi l'Eglise est un acte permanent et vivant de mémoire: Elle se souvient sans cesse de son Seigneur: " Souviens-toi de J.C. issu de la postérité de David, ressuscité des morts, selon mon Evangile" (2Tim,2/8) etl'Esprit-Saint ravive sans cesse cette mémoire. Dans l'Evangile selon saint Jean, Jésus dit : " le Consolateur, l'Esprit-Saint, que le Père enverra en mon Nom, vous enseignera toutes choses, et vous rappellera ( vous remettra
en mémoire) tout ce que je vous ai dit". (Jn.14/26) A la table de la Parole, se nourrit ainsi la mémoire vivante de l'Eglise. A la table de l'Eucharistie , par l'Esprit-Saint, le Mémorial de la Passion et de la Résurrection du Seigneur, devient Présence réelle de l'Amour éternel qui a conduit le Christ à s'offrir une fois pour toutes, pour le
salut de tous. Seul l'Amour éternel de Dieu est assez puissant pour tenir unis dans l'instant présent, le passé et l'avenir: " Nous proclamons ta mort, Seigneur Jésus- Nous célébrons ta Résurrection - Nous attendons ta
venue dans la gloire " Seul l'Amour indéfectible de Dieu qui transcende le temps peut faire mémoire de l'Avenir , du retour du Seigneur; seul Lui en sait et en connaît l'accomplissement qui sera, pour l'humanité et pour la
création, la plénitude accomplie du salut. Ainsi, dans l'annonce de l'Evangile, dans la célébration des Sacrements,
dans sa Prière, l'Eglise vit de cette Mémoire. Sa mission première et universelle est de se souvenir elle-même du cœur du Père, du Christ, cœur du monde et , ainsi, de maintenir vivante au cœur de l'humanité, la
mémoire du Salut en Jésus-Christ. La Règle de saint Benoît nous invite à " fuir l'oubli ": "Voici le premier
degré d'humilité: se remettant toujours devant les yeux la crainte de Dieu, il consiste à fuir tout à fait l'oubli et à se rappeler sans cesse tout ce que Dieu a commandé."( RB 7/10-11)
Au cœur de l'Eglise et pour l'humanité, par l'Opus Dei et la célébration des Mystères, ne faisons-nous pas sans cesse mémoire, n'assurons-nous pas, par vocation, le souvenir vivant de l'Amour Sauveur. Encore faut-il que
nous n'oubliions jamais le cœur de Dieu, l'infini de son amour de Père, que nous l'apprenions pour nous-mêmes et le retenions en nous comme le trésor précieux qui nous a été révélé par Jésus, pour le diffuser autour de
nous, à chacun et à chacune, et d'abord à l'intérieur de notre communauté.Oui, fuir l'oubli du cœur de Dieu. Comment ? Il n'y a pas de truc! cette mémoire-là, ce souvenir-là ne relève pas d'un procédé mnémotechnique. Il
s'agit d'une expérience à faire , offerte à chacun : celle de la découverte du cœur de Dieu plus grand que notre cœur - pour reprendre l'expression de saint Jean - et cela, à partir de la blessure de notre cœur. Chacun de
nous en effet, sait bien qu'il ne va pas à Dieu, en vérité, à partir de sa force, mais à partir de sa faiblesse, de sa pauvreté, de son impuissance, qui, si souvent, est celle de son péché .
Saint Benoît le sait bien qui, dans le chapitre sur L'observance du Carême, nous invite à " nous appliquer à la prière avec larmes, à la lecture, à la componction du cœur et au renoncement et à attendre la sainte Pâque avec
la joie du désir spirituel " Nous voilà conviés , dans notre marche vers Pâques, à durer dans la mémoire du cœur de Dieu à qui, si souvent, nous redisons avec le psalmiste : " Tu ne veux pas de sacrifices, si je
t'offrais des holocaustes, tu 'y prendrais nul plaisir ; ce que je dois offrir à Dieu, c'est la contrition de mon cœur : un cœur brisé de honte, Seigneur, tu ne le repousses pas. " (Ps.50/18-19) " Fuir l'oubli du cœur de Dieu ", c'est - dit autrement - faire l'expérience de son Pardon reçu et du pardon offert à chacun de mes frères
ou chacune de mes sœurs, et cela est au fondement de notre vie de communauté . C'est ainsi que la Pâque du Seigneur restera présente dans notre vie et la transformera.
Bonne route vers Pâques !

f. André-Jean, abbé

Homélie du P. Abbé au obsèques du f. Guy

Le 27 octobre, la communauté célébrait les obsèques de notre frère Guy.
voici l'homélie donnée par le Père Abbé.
Notre f. Guy, tous ces derniers temps, c'était un regard et un sourire, dès qu'il prenait conscience de la présence de l'un ou l'autre près de lui.
Il nous étonnait par ce sourire et, comme pour en percevoir la source, que de fois lui ai-je demandé : "Guy, tu es en paix ? Tu as le cœur en paix ?"… et sa réponse était toujours la même : "Oh oui, dans le profond…"
Ce regard, ce sourire ne seraient-ils que le reflet d'un tempérament heureux et paisible ? Ils sont plus que cela. Ils ont traversé l'épreuve de la maladie, de la douleur et, parfois, bien forte, ils ont leur histoire que jalonnent pour nous, aujourd'hui, tant de souvenirs que nous gardons de notre frère.
Guy au jardin, en train de ramasser les tomates ou de désherber et tailler une roseraie…
Guy, pendant le temps libre après déjeuner : en hiver, marchant de son pas long et rapide, avec son béret, enveloppé dans sa cape. En été, assis à l'ombre, un livre entre les mains…
Guy, au chœur ou présidant l'Eucharistie, commentant l'Ecriture avec l'Ecriture… ça coulait de source, pour lui ; Guy chantant un répons ou une préface de sa voix claire ; Guy, l'homme de la louange : "Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta
louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l'as révélé aux tout petits…"
Guy, au parloir, écoutant longuement ceux qui venaient à lui…
Guy, avec quelques frères dans une course en montagne et l'Eucharistie célébrée au sommet : la messe sur le monde, comme il disait…
Guy, dans sa cellule de moine et, sur sa petite table de bois, rien d'autre que sa Bible où il écoute la Parole, la joie de sa vie de moine.
C'est, en définitive, je le crois, à la table de la Parole et de l'Eucharistie, autour du Livre et du Calice, qu'il faut chercher, pour notre frère Guy, la source de ce regard et de ce sourire qu'il a gardés jusqu'au bout et qu'il nous laisse.
Comme ce matin où nous croyions sa dernière heure arrivée… Nous étions deux ou trois près de lui et je lui murmurais dans l'oreille : "F. Guy, ne crains rien, tu vaux plus que tous les moineaux du monde ! C'est l'Evangile d'aujourd'hui…" Et voilà qu'il ouvre les yeux tout grands avec son merveilleux sourire ! La Parole de vie jaillissait de la profondeur de son cœur qu'elle avait visité, si longuement travaillé, blessé, blessé d'amour. Du fond, du point lumineux et pur qui est le plus vrai d'un être, la Parole écoutée, entendue, se levait comme la semence de vie, pour éveiller ou réveiller l'Homme nouveau en éclairant et transfigurant son visage. Oui, sans doute, ce regard, ce sourire étaient les fruits de l'écoute de la Parole, chez notre frère.
"Ecoute, mon fils, incline l'oreille de ton cœur…" ce sont les premiers mots de la règle de saint Benoît et le dernier : "Tu parviendras".
En effet : "Qui pourra nous séparer de l'amour du Christ ?… J'en ai la certitude, ni la mort, ni la vie, ni le présent, ni l'avenir, ni aucune créature, rien ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu qui est en Jésus-Christ notre Seigneur". Cette certitude de Paul dans sa lettre aux Romains que nous avons entendue il y a un instant, c'était celle du f. Guy qui voit maintenant celui dont il était sûr. Il disait il y a peu : "Je me prépare à la rencontre ; l'important, c'est le Christ !" - "Et qu'est-ce que tu feras alors ?" - "Tu sais, c'est Lui, le Christ qui se mettra à ma portée…"
F. Guy est parvenu, maintenant, à voir Celui qu'il a passé sa vie à écouter, en scrutant Sa Parole. Notre pèlerinage dans la foi, ici bas, est le temps de l'écoute pour naître à l'éternité de la vision. L'enfant, dans le sein de sa mère, ne communique-t-il pas déjà avec elle par l'oreille, avant de le faire par le regard ? Ainsi, le disciple qu'est le moine, "cheminant dans la foi, non dans la claire vision…" vit de la parole de Dieu qu'il écoute avec l'oreille de son cœur, avant qu'au-delà de la mort, enfin déchiré le voile de la foi, il puisse contempler le Visage tant désiré du Christ qu'il a choisi de préférer à tout. C'est alors qu'il est vraiment né, intégralement né à la lumière qui divinise, comme dit encore le Prologue de la Règle, heureux, joyeux, du bonheur et de la joie de Dieu.
L'un de nous, actuellement absent du monastère, m'écrivait : "En communauté, f. Guy a toujours été un rappel de ce qu'est l'essentiel de notre vie. C'est un homme qui aura fait à Dieu l'honneur d'être heureux à son service, tout simplement et cela est beau pour Dieu et pour nous".
Merci, Guy, pour ton regard et ton sourire qui sont comme ton testament et qui nous disent à tous et, tout particulièrement, à nos frères plus jeunes, qu'être moine aujourd'hui est un chemin de vraie joie et de plénitude, lorsque "à mesure que l'on progresse dans la conversion et la foi, le cœur se dilate et l'on court dans la voie des commandements de Dieu, avec la douceur ineffable de l'amour…" même quand il faut "participer - et tu en as su quelque chose - par la patience aux souffrances du Christ pour avoir part à son Royaume".
En terminant, je te laisse la parole dans cette brève homélie où tu commentais le geste de la pauvre veuve de l'Evangile qui jette deux piécettes dans le trésor du Temple :
" L'Esprit-Saint nous donne de verser chaque jour dans le Cœur du Père les deux piécettes de notre pauvre amour pour Lui et pour nos frères. "Elle a donné tout ce qu'elle avait pour vivre" (Luc 21,4). Reçois moi, Seigneur et je vivrai. "
Amen !
f. André-Jean, abbé.

FRÈRE GUY DE MAUREPAS


Notre frère Guy de Maurepas est né le 7 septembre 1932 à Strasbourg où son père était en garnison, mais sa famille était originaire du Languedoc, exactement à Vias non loin d'Agde, qu'elle rejoignit avec la guerre de 1939. A partir de 1943 Guy est à l'alumnat d'En Calcat jusqu'en 1946 ; élève, il chante avec les enfants et déjà aime chanter au cours des liturgies. Il termine ses études secondaires à Montpellier et Béziers.
Il commence des études de Droit, mais se dirige finalement vers l'Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr où il est admis en 1952 dans la promotion "Union Française". Après les deux ans, il passe l'année 1955 à l'Ecole d'Application de Saint Maixent. Aussitôt, sous-lieutenant, il est affecté au 159e Régiment de Chasseurs Alpins qu'il rejoint en Algérie où il opère dans la région de TiziOuzou (Kabylie) et il y reste trois ans. Quand il en parlera plus tard, il rappellera volontiers le rôle quasi humanitaire pour la population, dispensaire, écoles…
En 1959, il rentre en métropole et demande Briançon, toujours attiré par la haute montagne mais, à sa déception, il est affecté, comme instructeur cette fois, à Saint-Cyr Coëtquidam. C'est là que mûrit sa vocation, née durant la guerre d'Algérie. Il achève les huit années prévues par le contrat avec l'armée et se présente à En Calcat le 20 septembre 1960 pour entrer au noviciat. Le 28 décembre 1960, il prononce ses premiers vœux et après ses études sacerdotales, il est ordonné prêtre le 12 septembre 1970. Plus tard, il aimera rappeler ces années d'étude ; il estimait avoir bénéficié d'une excellente formation grâce à l'équipe de moines professeurs très compétents de l'époque.
A partir de ce moment, il ne cessera plus de travailler dans la commission de liturgie très active à cette époque d'application du Concile Vatican II ; il s'agissait en effet d'élaborer le nouvel Office en français, de trouver avec le Frère Denis les éléments nouveaux, hymnes, répons, antiennes… : travail considérable auquel En Calcat avait été préparé par l'édition du "Livre d'Heures" composé dix ans avant le Concile par l'équipe du Père Dominique. Pendant trente ans, dans ce travail de la commission liturgique, le frère Guy sera présent et jouera un rôle modérateur ; "on peut lui être reconnaissant de l'équilibre de notre liturgie actuelle", dit le Prieur de l'époque : équilibre entre français et latin, entre grégorien et nouveautés, entre les différentes Heures de l'office.
Ce travail de commission ne prenait pas tout son temps. Non seulement très fidèle à l'office divin dont il n'a cessé d'être chantre avec une joie non dissimulée, mais fidèle aussi à une "lectio divina" puisée surtout sinon uniquement dans l'Ecriture sainte. Sur la table de sa cellule, on ne voyait en entrant que la Bible ouverte et une seule étagère où ses notes et commentaires des psaumes étaient rangés avec soin.
"Equilibre aussi entre liturgie et travail manuel au jardin potager, infatigable, bêchant, sarclant, récoltant puis apportant les légumes en quantité à la cuisine ; quelques mois avant sa mort, il y travaillait encore toute l'après-midi, même en période de grosse chaleur. Emploi du temps sans bavure ni temps perdu", conclut un frère. Une exception cependant qui était pour lui une très grande joie : avec quelques frères aussi courageux que lui, faire annuellement quelque ascension d'un 3 000 mètres dans les Pyrénées.
Pendant cinq ans, il seconda le P. Joël, alors maître des novices, et enseigna la liturgie aux plus jeunes ; il sut s'adapter par "une présence discrète, réconfortante, apaisante", dit aujourd'hui l'un de ses anciens novices. Puis, à partir de 1994, il aida le P. Paul à la direction des Oblats, et finalement le remplaça. Au cours de ces années de responsabilité des Oblats, il eut une influence personnelle par les entretiens spirituels avec chacun de ceux qui s'adressaient à lui, "son sourire permanent mettait de la joie au cœur", écrit une oblate.
Fin 1997, il sera atteint par un cancer des ganglions, traité par ablation et une radiothérapie pénible. Une certaine rémission permit d'espérer le mal maîtrisé malgré deux petites récidives jugulées ; il disait lui-même : "Je suis guéri" ! Pourtant un oblat écrit : "Après la première étape de sa maladie, il semblait hors de danger ; il ne me cacha pas qu'il aspirait à aller dans l'autre vie". La récidive sur les os apparaît en juin 2001 ; la douleur devient progressivement "intolérable" et on s'applique désormais à la soulager grâce aux dernières découvertes dans ce domaine. Veillé jour et nuit, très encouragé par le P. Abbé et ses frères ainsi que plusieurs membres de sa famille, il reste conscient de ce qui ne saurait tarder, il garde pourtant son sourire quand on le visite ou quand on prie avec lui ; il le gardera jusqu'à l'avant veille de son dernier souffle.
Quelques oblats m'ont fait part des paroles qu'ils avaient retenues de lui ; elles peuvent nous aider à nous faire une idée de sa façon de parler :
- "C'est en psalmodiant qu'on devient un priant".
- "Passer de la captation à l'oblation".
- "Si on se prive de tous les plaisirs, on n'aura plus l'occasion de rendre grâces".
- "Tout homme a droit à l'honneur ; loue le prochain, même dans ce qu'il n'a pas".
Ou encore un oblat résume ainsi son souvenir : "Dans son approche vis-à-vis de l'autre, sa grande foi, son sourire fraternel, même dans les moments de souffrance physique ; lorsqu'il donnait la communion, son sourire toujours présent, plein d'attention et d'affection pour l'autre…".
Pour clore ces souvenirs, le meilleur est de reproduire ici ce qu'écrit le P. Abbé dans le faire part de son décès : "Passionné des Ecritures, ne préférant rien à la lectio et à l'œuvre de Dieu, F. Guy fut chantre, responsable du jardin et succéda au P. Paul comme responsable des Oblats du monastère. En communauté, il a été toujours un rappel de l'essentiel de notre vie. C'est un homme qui aura fait à Dieu l'honneur d'être heureux à son service, tout simplement, et cela est beau pour Dieu et pour nous. Son regard et son sourire, jusqu'au bout, demeurent pour nous le signe heureux de sa vie donnée".

f. Marie-Bernard


SAGESSE ET CHEVEUX BLANCS :
ENQUÊTE DANS L'ANCIEN TESTAMENT


" Qu'elle est belle, la sagesse des anciens ! " (Si 25, 5).
Ben Sira semble exprimer là ce que dit la sagesse de toutes les nations ! Y a-t-il besoin d'une enquête biblique sur un tel thème ? La figure universelle du sage n'est elle pas celle d'un vieillard à longue barbe blanche ? Toute sagesse ne naît-elle pas de l'expérience, du temps et de son œuvre de maturation ?
Bien conscient de la menace d'un ronron qui serait fort préjudiciable à notre revue et à la vivacité spirituelle de ses lecteurs, j'ai tout de même voulu tenter cette enquête, fort de la conviction que la parole de Dieu ne saurait ronronner, et j'ai rouvert des livres, les livres de sagesse, évidemment, et d'autres.
A la recherche de sages vieillards
J'ai d'abord cherché dans la Bible de sages vieillards : n'y en aurait-il point parmi nos premiers pères, parmi les Patriarches ?
Hélas, qu'Adam ne fut point sage, tout le monde le sait : sans doute était il jeune à l'époque, trop jeune, et Eve plus encore. Mais tous ces vieillards vénérables qui comptaient leurs années par centaines, ces recordmen de longévité dont Mathusalem, avec ses 969 ans, est le champion ? Non, il n'est pas écrit qu'aucun fut un sage. Le rescapé du déluge, l'unique, Noé, fut-il un sage ? Il ne semble pas : il boit et s'exhibe nu au grand dam de ses enfants !
Certes, Abraham ne peut être un sage, parce que la sagesse va de pair avec la stabilité, comme le savent toutes les mamans du monde : qu'est-ce qu'un enfant sage ? C'est celui qui ne se carapatte pas dès qu'on tourne les talons : sage comme une image, immobile comme sur la photo ; or Abraham bouge tout le temps, de Haran à Sichem, de Sichem à Bethel, de Bethel en Egypte, d'Egypte au Negev, du Negev à Mambré, de Mambré à Gérar, à Bersabée… Ne parlons pas de Sara dans son grand âge, qui trouve le moyen de pouffer de rire au moment où Dieu, en grande pompe angélique et trinitaire, annonce solennellement la promesse qui va changer la face de ce monde ! Par voie de conséquence et d'hérédité malheureuse, rien à espérer d'Isaac, marqué jusque dans son nom de cette rigolade impie de sa maman. Jacob ? Toute la tradition voit en lui le modèle de l'arnaqueur, trompant son père avec l'aide de Rébecca sa mère, trompant Laban son beau père, qui l'avait bien mérité ; c'est encore pour tromper Esaü qu'il feint la seule sagesse qu'on lui connaisse : " Monseigneur sait que les enfants sont délicats et que je dois penser aux brebis et aux vaches qui allaitent ; si on les surmène un seul jour, tout le bétail va mourir ! ". La tradition monastique est d'une bienveillance complice, qui retient la sagesse et oublie la feinte de son auteur.
Des douze fils de Jacob, un seul mérite une attention particulière, Joseph ; ce n'est pas la Genèse qui lui décerne le titre de sage mais il semble reçu à l'examen au repêchage, dans le Nouveau Testament : Etienne déclare que " Dieu lui donna grâce et sagesse devant Pharaon, roi d'Egypte " ; évidemment, c'est un diacre qui parle, un ministre des tables : Joseph le grand intendant n'avait-il pas su pourvoir à sept années de vaches maigres ? Ceci vaut bien un éloge, sans doute, mais ne fait pas avancer notre enquête : Joseph à ce moment là n'est pas un vieillard, puisque Jacob est encore de ce monde pour longtemps.
La sagesse par la racine
En fait, il faut constater que la Genèse ignore la racine HKM, hakham, "sage", hokhma, "la sagesse" (on prononce [rhakam], ou [rharham], c'est selon, très guttural en tout cas, pas roulé du tout). A ce propos, je me souviens de ma joie en découvrant le mot hébreu : voilà que je le connaissais déjà, que je le reconnaissais, parce que j'avais lu et relu "Le trésor de Rakham le Rouge" (Tintin fut et reste pour moi un trésor de sagesse)… et donc je ne l'oublierai plus jamais.
Cette racine est elle donc incontournable ? N'est-ce pas là une étroitesse de philologue ? La sagesse n'est peut-être qu'un concept commode et tardif pour qualifier les gens intelligents, habiles, avisés, voire rusés, comme notre père Jacob ? Méfiez vous : à raisonner ainsi, vous ne tarderez pas à prendre pour modèle du sage le premier "avisé" du Livre, au chapitre 3 de la Genèse, le serpent lui même ; on sait l'importance, dans l'exégèse rabbinique, du principe de première occurrence. Qui plus est, à la différence d'autres mots du même registre, cette racine HKM, dès les premières traductions bibliques, fait l'objet d'un traitement remarquable : la LXX dans son ensemble (l'entreprise s'étale sur plusieurs siècles) va respecter presque toujours l'équivalence Hakhamsophos, Hokhmasophia (les rares exceptions concernent un personnage auquel nous reviendrons).
Alors, dans quel livre apparaît donc cette racine pour la première fois ? Dans l'Exode !
Vous allez penser : Moïse, bien sûr, voilà le sage vieillard, le modèle, lui qui reçut la Loi et la transmit au peuple ! De fait, dans le Nouveau Testament, Etienne, encore lui - et lui seul -, nous parle de la sagesse de Moïse, mais cette sagesse n'est pas celle que l'on pense : " La fille de Pharaon le recueillit et l'éleva comme son propre fils ; ainsi Moïse fut-il instruit dans toute la sagesse des Egyptiens ". Double erreur d'aiguillage : d'une part, il s'agit de Moïse tout jeune, d'autre part, il s'agit de la sagesse des Egyptiens ! Au fond, cet Etienne n'est guère orthodoxe, qui ne voit de sagesse qu'en Egypte, pour Joseph et pour Moïse, comme si la sagesse pouvait venir de l'étranger ! Il y a des moments où l'on saisit comment certaines provocations, dans certains contextes sensibles, ont pu aboutir à une lapidation.
Nous laissons Etienne et revenons à l'Exode, puisque des hakhamim y apparaissent. Où ? Aux chapitres 35-36. Tiens ? Mais il s'agit de ces chapitres très ennuyeux, que l'on ne lit jamais, où l'on nous décrit, avec force détails, toute la fabrication de la Demeure, la Tente de la Rencontre, avec un raffinement insensé de lingerie bizarre ? Certes, mais c'est là que l'on rencontre le premier sage : il s'appelle Beçaléel et, avec lui, Oholiab, et d'autres encore dont nous ne savons plus les noms. Qui sont-ils ? Des artisans, des artistes, des orfèvres, des brocheurs, des ciseleurs, des brodeurs…
La sagesse est toujours à l'œuvre
Cette première occurrence est une clé indispensable pour l'étude de la sagesse biblique.
Les sages sont des artisans, pas des fainéants.
Les sages sont des artisans, pas des savants.
Les sages sont des artisans, pas des gourous.
La sagesse n'est pas tant étude qu'apprentissage.
La sagesse n'est pas tant savoir que savoir faire.
Si loin que l'on remonte, jusqu'en Dieu, " qui seul est sage " (Rm 16, 27), l'on trouve effectivement la sagesse associée au "faire", à la création. Ainsi par exemple de la première apparition d'une Sagesse personnifiée, dans le magnifique poème du livre des Proverbes (8, 2231). C'est en cela que la sagesse est universelle, adamique et non abrahamique ou mosaïque : elle tient à l'humain créateur, créé à l'image d'un Dieu Créateur. " Mon père travaille jusqu'à maintenant, et moi aussi, je travaille ", dit Jésus (Jn 5, 17). toute civilisation se fait, s'élabore, se construit, se travaille, par la sagesse de ceux qui, en elle, font, labourent, construisent, travaillent. Un proverbe fort apprécié des scribes (il revient jusqu'à trois fois dans certains manuscrits grecs des Proverbes) dit clairement que la sagesse relève du travail plus que du naturel : " Commencement de la sagesse : acquiers la sagesse ! " (Pr 4, 7), c'est-à-dire : "retrousse tes manches et mets toi au boulot, on n'a rien sans rien". La sagesse traduit ainsi un engagement délibéré dans la transformation du monde ; rien de plus éloigné de la sagesse qu'un retrait vis-à-vis des tâches humaines les plus quotidiennes, ou une prétention à ne s'occuper que des choses de l'esprit.
Les livres de sagesse ont pour premier objet cette sphère du labeur qui concerne l'homme comme la femme (y a-t-il plus belle icône du travail quotidien que le portrait de la maîtresse de maison qui couronne le livre des Proverbes [31, 1031] ?) ; c'est pourquoi le paresseux y tient une telle place.
En échouant à trouver des figures de sages vieillards parmi nos premiers pères, notre enquête dévoile l'originalité de cette notion de sagesse. La sagesse a quelque chose à voir avec le "faire", le travail, la réalisation, le monde visible, où l'on se salit les mains. Et puisque le travail selon la Bible est une notion ambiguë (sinon, pourquoi, à la différence de tant de cultures antiques, ferait-on tant de cas du repos sabbatique ?), il n'est pas surprenant que la sagesse à son tour soit frappée d'ambiguïté, comme l'illustre à merveille la figure biblique emblématique du Sage, celle de Salomon.
Salomon le Sage
Pourquoi lui plutôt qu'un autre ? et de fait, ce n'est pas un modèle irréprochable qu'on nous offre là !
Salomon le Sage est une charnière dans l'histoire du peuple juif : Salomon a beaucoup travaillé, fait, construit, plus qu'aucun autre avant lui : Qohélet prend tout un chapitre, le deuxième, pour nous raconter son œuvre immense et sa grande sagesse. En Salomon la civilisation juive accède à la visibilité ; l'œuvre est considérable : œuvre politique, administrative, diplomatique, culturelle, et tout à la fois œuvre industrielle, grands travaux, commerce international. Le royaume est devenu visible, il a été forgé, ciselé, brodé, manifesté ; ce faisant, il accède à la reconnaissance parmi les autres nations, les autres cultures, les autres sagesses. Qui dit sagesse en effet dit sagesses ! Impossible de prétendre à l'une sans reconnaître les autres : la sagesse n'existe qu'en dialogue. L'œuvre de Salomon est d'avoir fait entrer Israël dans ce concert des nations : témoins le roi de Tyr, la reine de Saba, et la fille de Pharaon accordée en mariage. Mais cette confrontation à l'universel se paie d'une tension formidable, tension éminemment religieuse.
Qui dit sagesse dit sagesses
Ce rapport de la sagesse à l'universel, aux nations, nous l'avions pressenti en remarquant qu'Etienne ne parlait de "sages" qu'en Egypte, à propos de Joseph et de Moïse. C'est encore très remarquable pour Daniel, autre figure de "sage", dont toute la geste se passe à Babylone. Au fond, il est impossible, ou insignifiant, d'être sage chez soi, parmi les siens : la confrontation seule fait paraître une sagesse digne de ce nom.
Dans cette confrontation, la question de l'âge a peu de place, les figures bibliques nous le montrent clairement : Joseph, Moïse en Egypte, Daniel et ses jeunes compatriotes à Babylone. De même, la sagesse de Salomon n'est nullement le couronnement de son grand âge, tout au contraire, et Ben Sira le souligne lorsqu'il fait l'éloge de Salomon : " Comme tu as été sage en ta jeunesse ! " (47, 14). tout Israël sait que Salomon a aussi mal fini qu'il avait bien commencé ; par sa faute l'unité du peuple élu a été perdue.
C'est précisément en cela que réside l'habileté pleine d'audace de Qohélet, lorsqu'il se met en scène sous les traits d'un Salomon chargé d'années, tirant le bilan de son grand œuvre et de sa grande sagesse. Lorsqu'il conclut que l'une et l'autre sont vanité, Salomon Qohélet semble bien près de se saborder lui même. Il exprime ainsi d'une façon très étonnante et pathétique le désarroi de la sagesse juive vieillissante, regardant tout ce qui se fait sous le soleil, confrontée par force aux philosophies dominantes, stoïcisme, épicurisme, scepticisme, et tentée de renoncer désormais au dangereux engagement de la sagesse. Un siècle plus tard à Alexandrie - la datation des deux livres reste en fait très discutée, l'auteur du Livre de la Sagesse de Salomon renouera le dialogue avec beaucoup de vigueur.
Sagesse, dialogue et conseil
Que retenir pour notre enquête de ce qui peut sembler un excursus, une échappée, cette relation obligée de la sagesse aux sagesses, à la confrontation, à l'universel ? Ceci peut-être : que la sagesse n'appartient ni à l'ancien, ni au jeune, mais qu'elle fonde le dialogue qu'ils peuvent engager. Un proverbe le dit : " Ne se fier qu'à soi même, c'est folie ; seule la sagesse permet d'en réchapper " (Pr 28, 26), ou bien encore : " Le fer aiguise le fer ; l'homme s'aiguise à rencontrer son prochain " (Pr 27, 17).
Ben Sira place l'ouverture à l'autre au plus haut degré de la sagesse : " L'idéal du sage, c'est une oreille qui écoute ". Lorsqu'elle apparaît en Israël avec la figure royale de Salomon, la sagesse est inséparable de la structure du "conseil". Autour du roi, ses conseillers, des sages, des hommes qui écoutent et regardent tout ce qui se fait sous le soleil, qui sont les yeux et les oreilles de celui qui, par fonction, ne pourra plus ni entendre ni voir les réalités les plus humbles de son royaume. Le conseil est l'unique voie de gouvernement pour le roi : " Mieux vaut un enfant pauvre et sage qu'un roi vieux et insensé qui ne sait plus prendre conseil " (Qo 4, 13). tant et si bien que le traducteur grec des Proverbes met dans la bouche de Bethsabée instruisant Salomon un proverbe qui dit jusqu'où va le rôle du conseil : " Fais toutes choses avec conseil, trinque avec conseil ! " (l'original hébreu, attribué à la mère de Lemuel, roi de Massa, est assez différent ; Pr 31, 4). Saint Benoît, qui se défie des vertus du vin, et peu soucieux d'encourager l'Abbé à arroser ses conseillers, se réfère à un parallèle tiré de Ben Sira : " Fais tout avec conseil, et, la chose accomplie, tu n'auras pas à t'en repentir " (RB 3, 13 ; cf. Si 32, 19).
En guise de conclusion
Le recul du temps, de l'âge, de l'expérience, n'est pas le ressort fondamental de la sagesse biblique. Une fois pour toutes, il faut renoncer à sacraliser le passé et ses nostalgies : " Ne dis pas : "Comment se fait-il que le passé fut meilleur que le présent ?" car ce n'est pas la sagesse qui te fait poser cette question ! " (Qo 7, 8).
Deux pistes restent ouvertes à tous les âges : celle du travail personnel patient, de la création continuée, de l'engagement pour la transformation du monde, et celle du dialogue avec la sagesse des autres. Au carrefour de ces deux chemins, la Sagesse elle même nous attend.
Le jeune s'entendra dire : " tiens toi dans la compagnie des anciens ; si tu trouves un sage, attache toi à lui ! " (Si 6, 34), et l'ancien : " Si tu es un homme âgé, prends la parole, car cela te revient, mais sache ce que tu dis, et n'empêche pas la musique ! " (Si 32, 3).
Mais toute parole se tait lorsque s'élève la Parole, toute sagesse pâlit lorsque resplendit la Sagesse.

f. David


La communion par la diminution


"Mon Dieu, il m'était doux, au milieu de l'effort, de sentir qu'en me développant moi même, j'augmentais la prise que vous avez sur moi ; il m'était doux, encore, sous la poussée intérieure de la vie, ou parmi le jeu favorable des événements, de m'abandonner à votre Providence. Faites qu'après avoir découvert la joie d'utiliser toute croissance pour vous faire, ou pour vous laisser grandir en moi, j'accède sans trouble à cette dernière phase de la communion au cours de laquelle je vous posséderai en diminuant en vous.
Après vous avoir aperçu comme Celui qui est un "plus moi même" faites, mon heure étant venue que je vous reconnaisse sous les espèces de chaque puissance, étrangère ou ennemie, qui semblera vouloir me détruire ou me supplanter. Lorsque sur mon corps (et bien plus sur mon esprit) commencera à marquer l'usure de l'âge ; quand fondra sur moi du dehors, ou naîtra en moi, du dedans, le mal qui amoindrit ou emporte ; … à ce moment dernier surtout, où je sentirai que je m'échappe à moi même, absolument passif aux mains des grandes forces inconnues qui m'ont formé ; donnez moi, mon Dieu, de comprendre que c'est Vous ".

P. Teilhard de Chardin, Le milieu divin, p. 95.

 

simples propos sur la présence


1. La Présence de Dieu parmi nous, les cieux la chantent et la Bible en est un journal. De cette Présence, le Peuple de la Bible a une conscience vive ; il n'en finit pas de la nommer (1) : ta Présence, ta Face, ton Nom, ta Gloire, ta Lumière, ton Jour, ton Repos, ta Vérité, ta Montagne, mon Rocher. Chaque matin, étonné, il la redécouvre et il en tressaille en éclats de joie : "Tu rassasies tout vivant. Je m'éveille : tu es là, tu me sondes et tu me connais ; ma parole n'est pas encore sur mes lèvres et déjà tu la sais tout entière. Je me loge au plus loin de la mer : même là ta main me saisit" (2). La Bible raconte mille expériences de la Présence de Dieu ; de cette Présence, elle énumère les exigences et elle tient les chroniques (3) ; vers cette Présence elle fait monter un immense soupir : "Toute la création, jusqu'à ce jour, gémit en travail d'enfantement" (Romains, 8).
Quand le premier, le Seigneur nous aime, notre foi crie-t-elle vers lui : "Viens" ? A notre temps si affamé d'un regard de considération, les chrétiens savent-ils désigner les signes de la Présence aimante du Seigneur ? (4) … Présence "ordinaire" de Dieu, chère aux Psaumes.

2. La présence du Seigneur, nous ne la sentons pas toujours. Comme le Royaume de Dieu, elle est déjà là, levée bien avant nous, et pas encore là. Car, sans fin, des malheurs et des abus - les mêmes qu'hier et également bien d'autres - tiennent le devant de la scène. Parmi les chaos, les questions, les illusions médiatiques, devant les foules lasses, sans pain et sans horizon, notre époque a du mal à apercevoir la présence de Dieu qui est justice. Alors Dieu fait remonter à nos mémoires les Paroles pour les temps d'épreuve, celles d'autres Psaumes, des Prophètes, du Juste persécuté et brisé, les Chants du Serviteur souffrant et Sauveur (Isaïe 42, 49, 50, 52, 53). Dans l'absence visible de Dieu, sa présence profonde est sous-jacente. Ainsi, en pleine glaciation scientiste du XIXe siècle finissant, avait surgi l'aventure inattendue de quelques grandes solitudes qui ouvrirent de proche en proche de grandes communions ; la postérité spirituelle de Thérèse de Lisieux, de Charles de Foucauld, de Paul Claudel témoigne de la patiente présence de Dieu.
Même le livre blasé de Qohélet, avec ses désenchantements devant les finitudes et les décrépitudes de la vie "parle, lui, en son cœur" devant Dieu présent. Quel que soit l'écrit biblique ! Quels que soient la situation du croyant, ses questions, ses peurs, ses déchirements, sa psychologie ! (5) … Présence voilée de Dieu.

3. Présence de Dieu absolue et insaisissable ! Notre foi sait depuis toujours que la Présence de Dieu nous dépasse et elle a dit cela dans les langages des siècles successifs. Sur l'Arche d'Alliance entre Dieu et son peuple, nul ne pouvait poser sa main sans en mourir : l'Arche ballottait sur une charrette à bœufs et l'un des convoyeurs voulut la retenir dans sa chute, il mourut d'avoir touché le meuble sacré… La Présence est indescriptible : elle ne se trouve ni dans la tornade, ni dans les éclairs, ni dans l'éruption du Sinaï, mais on la devine après la brise… Lorsque le général envahisseur romain Pompée voulut la voir au plus caché du Temple de Jérusalem, il ne rencontra que du vide ! Personne ne saurait confisquer le Vent… Ni la Tente de la Réunion au désert, ni le Temple de Salomon, ni aucune de nos églises, encore moins aucune de nos préférences pieuses, n'enferment l'Esprit, qui souffle où il veut !
La présence de Dieu, nous la trouvons sur le visage de tout homme, de toute femme, de tout enfant : "Adam est à l'image et ressemblance de Dieu". Dieu donne sa Présence à toutes les Nations : en toutes "il éveille des justes" ; il les juge toutes avec justice. Quand "les fidèles" manquent à leur vocation d'annoncer la Présence de Dieu en tout homme, des mal-croyants le font à leur place, autrement ! Des militants ou des poètes amorcent des libérations ; des foules sont remuées par des guetteurs d'espérance ; Hugo (6), Bécaud, Tolstoï et des prophètes "hors du camp" (Nombres, 11). Cela suscite-t-il notre action de grâce ?

4. La célébration eucharistique propose aux chrétiens le temps par excellence de la présence de Dieu. Il est là de bien des manières (Hébreux, 1) et, si nous y sommes attentifs, magnifiquement ! Vers le Père, tout le culte est tourné ; autour du Père (du Père présent à tous les hommes), nous convergeons en une réunion de famille ; nos premiers siècles disaient tout simplement : c'est la réunion la synaxe. Au Père monte notre offrande des biens que nous avons reçu de Lui. En rencontrant nos frères - deux ou trois, ou une multitude - réunis en son Nom, nous trouvons la Présence de Jésus (Matthieu, 18). Devant nous l'autel signifie la solidité de la présence de Dieu et l'inégalable grandeur du Sacrifice du Christ. Alors, la première réaction de l'Assemblée chrétienne, avec à sa tête le prêtre envoyé par l'Eglise des Apôtres, est la confusion du cœur et la demande de pardon.
Aussitôt, par des chants, les lectures bibliques et les Psaumes (encore les Psaumes !), nous recevons la Parole de Dieu. Intensité de cette parole, qu'il s'agit d'assimiler dans nos vies et donc, d'abord, de "manger" (mange le livre, insiste l'Apocalypse). Quarante siècles de rumination juive et chrétienne - du temps d'Abraham au temps de l'homélie de notre Dimanche - nous y préparent. Notre cœur entend-il Celui qui se tient à sa porte et qui frappe, qui désire entrer pour souper avec nous et faire chez nous sa demeure (Apocalypse, 3 ; Jean, 14) ? Réelle Présence du Seigneur à la Table de sa Parole !

5. En Jésus, le don de Dieu va plus loin encore ! Par la fraction du pain, ce pain qui est son Corps ; par son Corps rompu, par le Sacrifice accompli une fois pour toutes (Hébreux, 9), Jésus "notre convive et notre rançon" se fait "notre nourriture" Communion, summum de la Présence ! Là Jésus continue à recevoir les essoufflés et les à bout de souffle, les pauvres, les petits, les sans voix, les enfants et il leur donne force. Il console, il illumine, il entraîne dans sa propre prière au Père. Le repas du Seigneur ne se sépare pas du service fraternel, du lavement des pieds des hôtes, de l'engagement à l'imitation du Sauveur.
"Heureux les invités aux Noces de l'Agneau !" (Apocalypse, 19) leur festin se poursuit sur les places pour chanter Dieu qui appelle les gens ; aux champs et aux chantiers, car le travail aussi a goût d'oraison ; dans les cités et les solidarités, car la démocratie et la paix sont les fruits de l'amitié (7). Et de saison liturgique en saison liturgique, la Prière des Heures scande les jours et les nuits par la célébration en tout temps de la Présence de Dieu (8).

Edmond Durand

(1) Dieu ou Yahweh Dieu ou le Seigneur : environ 12 000 fois dans la Bible.
(2) Revenir toujours aux Psaumes.
(3) Annales, récits simples ou épiques, proverbes, poèmes, lois, louanges, etc.
(4) Ces signes alertent les disciples d'Abraham : Juifs, Chrétiens, Musulmans… Pendant l'Avent 2001, une exposition dans une paroisse de Graulhet (tarn), évoquait ces Présences. On y citait le Coran : "C'est Lui qui fait surgir la clarté de l'aurore… qui a placé pour vous les étoiles…", etc.
(5) La présence de Dieu est toujours là, mais nous, où sommes nous ? Naguère un assemblage de prières commençait par nous prier nous mêmes : "Mettons nous en présence de Dieu".
(6) Pendant 150 ans, dans combien d'écoles Victor Hugo a fait rencontrer à des générations des images et des personnages de la Bible, un peu de la vision biblique du monde !
(7) Fin 2001, dans la "Croix", articles de Kerhuel, Boissonnat, Jean Rigal, etc.
(8) L'Eucharistie du Dimanche est au centre de la vie chrétienne ensemble. Redécouverte de la Messe et renouveaux d'Eglise s'appellent. Voir, dans les années 1930, tant d'écrits pour les jeunes chrétiens, comme : "Sur la route avec le Bon Dieu… Le Christ sur tous nos chemins… Notre Messe et notre vie…" et la belle série sur l'Histoire de la Messe (dans la Revue des Jeunes, repliée à Pau en 1940).
Nos années 2000 pourraient avec profit redire l'immense portée de l'anamnèse (mémoire et présence du Christ) et de l'épiclèse (appel à l'action bouleversante de l'Esprit de Dieu sur nos Messes et sur le Monde)…


La Géorgie, une Eglise très ancienne


La Géorgie, qui occupe le centre et l'ouest du Caucase, avec une façade au climat presque tropical sur la Mer Noire, possède une superficie d'environ 70 000 km2, amputée à l'heure actuelle de la province de l'Abkhazie et menacée par les tentations séparatistes de plusieurs régions (Ossétie, Adjarie, Akhalkalak). Pays de très ancienne civilisation, puisque son histoire connue remonte au IIIe millénaire avant notre ère, elle eut à l'est et à l'ouest des foyers de culture dont l'attraction et le rayonnement étaient déjà grands au premier millénaire avant l'ère chrétienne. Les peuples grecs, dont les historiens et les poètes ont vanté les beautés et les richesses du pays, en faisaient un but de voyage, un comptoir commercial et un lieu de villégiature apprécié en raison du charme de ses paysages variés et de la douceur du climat de la façade maritime. Le mythe de Prométhée, enchaîné par Zeus, fut implanté sur les sommets du Caucase géorgien, et la recherche de la Toison d'Or entraîna l'expédition de Jason en Colchide, l'ouest de la Géorgie actuelle.
C'est aux environs des années 330 qu'apparaissent les premiers signes fiables d'une christianisation du pays que des légendes, dénuées de toute vraisemblance, voudraient faire remonter à l'âge apostolique. Selon l'historiographie reçue, sainte Nino, une captive chrétienne grecque convertit le roi Mirian qui imposa le christianisme comme religion d'Etat. Une chrétienté prospère et bien organisée se développa rapidement à partir du IVe siècle. Dans la dépendance hiérarchique d'Antioche, cette Eglise devint autocéphale au milieu du Ve siècle, avec l'institution par le roi Vahtang Ier (446-499) d'un catholicos à Mtskheta, la capitale religieuse, où subsiste encore une très ancienne église du vie siècle. Les catholicos continuèrent cependant, jusqu'au VIII siècle, à recevoir la consécration du patriarche d'Antioche. Les relations de cette Eglise du Caucase avec celle d'Antioche n'altérèrent cependant jamais son identité tout à fait caractéristique. Celle-ci tient avant tout à sa langue, le géorgien, que l'on ne peut rattacher ni au groupe des langues indo-européennes, ni à ceux des langues sémitiques et ouralo-altaïques, mais à celui du groupe caucasique (svane, tchane et géorgien). Langue à déclinaisons, mais sans genres, avec un alphabet de trente-huit lettres qui souvent mettent à mal les bouches occidentales, elle se singularise surtout par la formation du verbe dont la complexité provient de la nécessité agglutiner en lui et autour de lui des lettres désignant le sujet de la phrase et les compléments de toutes sortes.
Dans cet idiome s'est développée, dès le ve siècle de notre ère, une riche littérature religieuse : version biblique vraisemblablement effectuée à partir de manuscrits grecs, traductions d'œuvres hagiographiques, liturgiques et patristiques. Ces textes géorgiens anciens, très étudiés à l'heure actuelle, offrent un grand intérêt, puisqu'ils sont souvent les témoins d'œuvres disparues dans leur langue originelle, ou encore parce qu'ils conservent une version géorgienne de qualité meilleure que celle d'ouvrages connus en grec. Les moines géorgiens, en Géorgie même (Chio-Mghvimé, Garedja, Handza, etc.), mais aussi dans les couvents de Palestine (Saint Sabas, Saint Chariton, Sainte-Croix) et de l'empire byzantin (Sainte-Catherine du Sinaï, l'Olympe de Bithynie, l'Iviron de l'Athos), eurent accès en ces lieux au patrimoine culturel de diverses Eglises et le firent passer dans leur langue. Pour la liturgie, ils transmirent même à leur Eglise le rite hiérosolymitain du IV -V ème siècle qui était aussi célébré en partie au couvent de Saint-Sabas. Les textes liturgiques anciens en langue géorgienne, et particulièrement les textes hymnographiques, sont donc d'une valeur inestimable, car d'une part ils mettent sous nos yeux un modèle de prière toujours et uniquement expressif, lors de chaque célébration, de l'ensemble des événements de l'économie du salut, et d'autre part parce qu'ils renvoient à la prière de l'Eglise mère, Jérusalem, dont les textes liturgiques et les usages ont influencé ceux de toutes les Eglises du bassin méditerranéen. Cependant depuis le Xe siècle, en raison de l'influence très forte de la culture grecque, le rite byzantin célébré en langue géorgienne est devenu celui de l'Eglise géorgienne.
Jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, la Géorgie demeura un royaume indépendant dont l'histoire fut traversée d'incessantes luttes contre les envahisseurs Huns, Khazars, Arabes, Grecs, Turcs, Mongols et Perses. Face à des agressions continuelles, le roi Irakli se décida, en 1783, à se placer sous la protection de la Russie par un traité qui sauvegardait l'indépendance et la personnalité de son pays. Croyant à la parole donnée et au pacte signé, il se jetait en fait dans la gueule du loup. Les tsars successifs n'eurent d'autre politique vis à vis de la Géorgie que celle d'une colonisation rampante. En 1801, le pays était annexé à l'empire russe ; les sursauts continuels et les rébellions du peuple géorgien tout au long du XIXe siècle ne purent modifier la situation. Le dernier avatar, début d'une terreur sanglante qui élimina et déporta de très nombreux habitants, fut l'instauration en 1921 de la République Socialiste Soviétique de Géorgie qui s'est écroulée en 1989, avec la disparition de l'URSS. Durant toute cette période tsariste et communiste, l'Eglise géorgienne fut, elle aussi, privée de sa liberté et placée sous la juridiction du patriarcat de Moscou.
Après un si long esclavage, la renaissance ne peut être que très lente. La République de Géorgie, peuplée à l'heure actuelle d'environ cinq millions d'habitants, connaît depuis 1989 une suite de soubresauts politiques qui ne font qu'enfoncer la population dans le dénuement au profit d'une classe dirigeante. Ce pays, comme l'Arménie voisine, est en réalité la victime du conflit économique entre les grandes puissances. Par où s'écoulera le pétrole d'Azerbaidjan et des ex-républiques soviétiques d'Asie centrale dont, par la Mer Caspienne, la Géorgie est, comme l'Arménie, le débouché géographique normal ?
L'Eglise géorgienne, si longtemps coupée des autres Eglises et interdite de tout développement propre, est déchirée aujourd'hui entre partisans d'une ouverture sur l'extérieur et moines traditionalistes qui s'opposent au catholicos Ilia II : elle a dû sortir du Conseil Œcuménique des Eglises pour éviter de nouveaux déchirements, l'œcuménisme étant encore compris comme une hérésie protestante. Puisse la Vierge Marie, magnifiquement exaltée dans tant d'hymnes géorgiennes reçues de la première hymnographie de la Jérusalem du IVe-Ve siècle, aider ce peuple, très attaché à son pays et cette Eglise autocéphale enracinée dans une très ancienne tradition, à revivre pleinement.
Toi, la toison de la sainte Ondée du ciel
Que revêtit le Pasteur des brebis,
Marie, Servante, Mère et Vierge, Ciel des cieux,
Unique pont de Dieu pour son avènement chez les hommes,
Trame vénérable de notre économie,
Dans laquelle, d'une manière ineffable,
Tu tissas le vêtement du Seigneur,
Nous te prions, sainte Reine,
Ne cesse pas d'intercéder pour le salut de nos âmes.


Petit prolongement bibliographique :
Bernadette Martin-Hisard, Christianisme et Eglise dans le monde géorgien, pp. 549603 du volume Histoire du Christianisme, tome 4, Paris, Desclée, 1993.
Bernard Outtier, Langue et littérature géorgiennes, pp. 261296 du volume Christianismes Orientaux, Paris, Le Cerf, 1993.
Charles Renoux, Hymnographie Liturgique géorgienne I, Paris, Le Cerf, 2000.

f Athanase

 

"INTERNOVICIAT DE SUBIACO"

 

L'expression désigne une session de formation qui regroupe chaque année, pendant huit jours, les novices, postulants et jeunes profès temporaires des monastères de la congrégation de Subiaco (Belloc, En Calcat, Fleury, Landévennec, Tournay, La Pierre-qui-Vire et Chauveroche) ainsi que des bénédictines associées ou ayant des liens particuliers avec notre congrégation (Dourgne, Urt, Vénières, BouzylaForêt, Kerbeneat, Prailles, Saint Thierry, Martigné).
Les thèmes abordés sont les grands fondements de la vie monastique : règle de saint Benoît ; lectio divina ; combat spirituel; liturgie, etc.

Cette année, 33 participants - dont 7 maîtres et maîtresses des novices - ont suivi la session qui se tenait à Sainte Scholastique de Dourgne du 7 au 14 novembre 2001. Le thème en était : la Règle de saint Benoît vue sous trois angles différents :
1) Sœur Lazare, de Saint Thierry, dont la compétence en la matière est bien connue, nous a fait assister à la naissance des règles monastiques et nous a appris à les lire.
2) Le Père Abbé André-Jean, d'En Calcat, et Mère Françoise Romaine, ancienne abbesse de Dourgne, ont témoigné de la façon dont ils avaient vécu la Règle dans leur charge abbatiale.
3) Tout au long de la session, chaque noviciat a présenté le "fondateur de sa communauté", ou celui qui en a marqué
les origines. Le but était de voir comment l'esprit de la Règle pouvait s'incarner dans une époque et un contexte donnés.

Les frères d'En Calcat qui ont suivi la session répondent ici à quelques questions.
o Après avoir entendu l'enseignement de Sœur Lazare, comment répondriez vous à la question : qu'est ce qu'une règle monastique ? Comment naît-elle ?
La règle, historiquement, c'est d'abord l'Abbé, celui sous l'autorité de qui se met soit un jeune moine soit une communauté fraternelle : c'est lui qui dit comment dans le concret de chaque jour aller à Dieu ; et c'est cela le rôle d une règle monastique : donner les moyens concrets, c'est à dire correspondant à la situation géographique, climatique, ecclésiale, communautaire, etc.
Quand la communauté dure, il faut assurer une certaine continuité de ces moyens et l'on met par écrit les usages pratiqués
et reconnus comme utiles pour atteindre le but ; ces usages
sont évidemment dépendants du but et des conditions pratiques des moines : si les premiers moines avaient pour coutume d'échanger les règles d'un monastère à l'autre, ils avaient aussi pour principe d'écrire une règle pour chaque monastère, chaque règle puisant dans une tradition disponible en fonction de ses besoins propres.

Q. Il y a donc, dans la littérature monastique ancienne des textes très divers : des récits de "Vies" ; des textes de doctrine spirituelle ; des Règles proprement dites. Les liens entre ces différents textes sont-ils importants pour les comprendre ?
En effet, il est difficile de parler des règles sans évoquer aussi les autres types de textes de la tradition monastique, qui les complètent et les éclairent : ainsi les vies de moines (telle la célèbre Vie d'Antoine par saint Athanase) donnent aux moines un horizon, un exemple de vie monastique accomplie, qui n'est pas à imiter mais dont le récit aiguillonne le désir de progresser. Les textes de doctrine spirituelle donnent sous une forme théorique les grands axes de la vie spirituelle telle que la conçoit un monachisme particulier : ainsi par exemple la Vie d'un moine nous dira quelle était son humilité, et comment il la mettait en pratique ; la doctrine spirituelle nous enseignera quels sont les divers degrés de l'humilité ; et la règle dira comment dans les conditions particulières d'un monachisme on vivra cette humilité. Il faut ajouter à tous ces textes ce qui en est la source : les apophtegmes qui relatent l'exemple d'une pratique de l'humilité outrée mais qui en fait comprendre la mesure et le sens.
Pour parler de la Règle de saint Benoît, il faut tenir compte du fait qu'elle est composée d'une règle proprement dite (principalement les chapitres 8 à 71) insérée dans des textes de doctrine spirituelle (par exemple le Prologue, les chapitres 4, 7, 72) qui permettent de comprendre la portée spirituelle de la Règle et de ne pas la lire comme un règlement.
En pratique, aujourd'hui nous lisons la Règle de saint Benoît tout entière comme un texte de doctrine spirituelle : elle fixe les axes de notre vie monastique, mais les usages particuliers de nos communautés sont consignés dans des coutumiers ou nos Constitutions qui jouent aujourd'hui le rôle de règle au sens propre du terme.

Q. La question du "murmure" (des moines qui manifestent leur mécontentement) revient souvent dans les règles monastiques. Pourquoi ? En parlent-elles toutes de la même façon ?
L'homme murmure quand il est sollicité dans sa confiance. Les Hébreux au désert n'ont cessé de murmurer contre Dieu, dans leur long chemin de libération. On ne commence à devenir moine que le jour où l'on se surprend à murmurer : signe que l'on est atteint, touché, affecté. On est alors invité à la conversion
Il est intéressant de remarquer que les règles monastiques situent le murmure là où se trouve leur moyen privilégié de conversion. Au désert, c'est dans l'obéissance et la relation personnelle du disciple à son Abba. Chez saint Augustin, c'est à propos de la vie fraternelle, parce qu'elle est pour lui par excellence, chemin vers Dieu. Chez saint Benoît, c'est partout !

Q. Vous vous êtes racontés les uns aux autres l'histoire de vos fondateurs. Qu'est ce que cela vous a apporté?
Chaque monastère devait présenter en une vingtaine de minutes l'histoire de ses origines. Nous avons réparti ces exposés tout au long de la session : ils étaient suivis d'un échange où chacun pouvait réagir librement et donner ses impressions. Ce fut l'occasion de très bonnes rencontres.
Le fait de nous raconter les uns aux autres l'histoire de nos fondateurs nous a permis de mieux connaître ce qui marque l'origine de nos diverses communautés. Pour les "nouveaux", ceux qui participaient pour la première fois à ce genre de session, ce fut une véritable découverte. Pour les "anciens" c'était une façon de connaître par le dedans des communautés qu'ils avaient peut-être visitées au cours d'un précédent inter noviciat, mais qu'ils ne connaissaient encore que de façon superficielle.
Quelle diversité dans les chemins qui ont conduit à la fondation de chacune de nos communautés ! Et nous avons pu voir combien ces chemins étaient marqués par leur époque. Mais le fait de pouvoir échanger ensuite, de vive voix, avec les novices, le père maître ou la mère maîtresse qui les avaient présentés, nous permettait de voir comment la communauté vivait aujourd'hui l'intuition de son fondateur. Il y a des adaptations...

Q. Et en particulier pour ce qui concerne la fondation de Dourgne et En Calcat ?
Nous avons été heureux de travailler ce sujet pour pouvoir le présenter à d'autres. C'est un excellent moyen de mieux connaître ses origines. Nous nous sommes bien impliqués dans ce travail : chacun exposait une partie de cette histoire des commencements. Sœur Marie Céline intervenant au milieu de nos exposés pour préciser le rôle de Marie Cronier et parler ensuite de l'essor de la communauté de Dourgne.
Pour moi, en particulier, j'ai été frappé par les difficultés de mise en œuvre et par l'espérance forte de nos fondateurs, Dom Romain Banquet et Mère Marie Cronier.

Q. Qu'avez vous retenu de l'enseignement du Père Abbé André-Jean et de Mère Françoise Romaine ?
Pour essayer de résumer ce qui m'a le plus marqué dans ces interventions, je retiendrai la réflexion que nous a proposée le Père Abbé sur le thème de l'altérité. Il a posé tout d'abord l'écoute et la patience comme chemin de l'altérité. Il a ensuite évoqué le chemin personnel, l'itinéraire du désir en chacun de nous. Partant de l'ouverture du cœur et de l'accompagnement, il nous a invités à méditer sur la confiance, sur l'amour et l'obéissance mutuelles dans leur interrelation. Et de nous proposer avec foi de fuir l'oubli du cœur de Dieu.
Quant à Mère Françoise Romaine, ce qui m'a le plus touché dans son intervention, c'est le partage qu'elle nous a fait, entre autres choses, du secret d'une de ses plus grandes joies d'abbesse : la réconciliation de deux sœurs !
J'ai été frappé par l'ouverture et la simplicité de ces deux intervenants dans leur partage : ce qui constitue peut-être le plus bel enseignement.

Q. En plus de l'enseignement, il y a eu les rencontres entre vous, et puis peut-être aussi quelques sorties ?
Avant de nous quitter, Sœur Lazare nous a dit : "J'ai apprécié votre compagnie, car autant vous avez su être attentifs durant mes cours, autant vous avez su profiter des moments de détente."
Et ils sont importants les moments de détente de l'inter noviciat. C'est l'occasion de faire connaissance avec les nouveaux visages, de revoir ceux qui sont déjà embellis d'un capuchon ou d'un voile flambant neuf ou déjà un peu usé.
Ces moments de détente, ce sont les pauses entre les conférences qui se déroulent autour d' un copieux petit goûter ainsi que les repas. Mais il y a aussi le dimanche qui est consacré à la découverte de la région du monastère qui reçoit la session. Cette année, nous sommes allés visiter la cité de Carcassonne ; puis à Prouilhe, nous avons vu la chambre de saint Dominique, et les dominicaines nous ont chaleureusement reçus pour le dîner. N'oublions pas de remercier notre Sœur Eau qui, parée de sa blanche robe floconneuse, a eu la gentillesse de nous accompagner tout au long
de cette après-midi, ce qui ajouta encore de la gaieté dans nos cœurs.
Enfin, le dernier jour de la session, ceux qui le désiraient sont montés à la chapelle saint Ferréol, et ont ainsi pu admirer le beau tableau que constitue la complicité de nos deux monastères, bâtis d'un même élan au milieu de la campagne tarnaise.

Le noviciat


PAGE DES OBLATS

Dans les pages précédentes, vous avez pu lire les lignes consacrées à la mémoire de notre frère Guy ; j'ai reçu des témoignages de quelques uns d'entre vous et je les en remercie, car ils m'ont permis de compléter le portrait que j'ai essayé de retracer. Il faut maintenant continuer la route entreprise et ainsi balisée.
Par ailleurs sont arrivées plusieurs informations de diverses oblatures dont je vous fais part dans le cas où elles pourraient intéresser l'un ou l'autre d'entre vous :
1) D'abord, par ordre chronologique, le bureau du SOB fait savoir que le comité diocésain GVE (Groupement de Vie Evangélique) de Paris invite à "découvrir l'oblature bénédictine" à la date du Dimanche 7 avril 2002 au Prieuré Sainte Bathilde, 7 rue d'Issy, 92170 Vanves (Tél. 01 46 42 46 20). La journée commence par l'accueil à 9h30 et l'Eucharistie à 10h30 ; puis repas (tiré du sac), l'office du milieu du jour à 14h suivi des conférences portant sur saint Benoît, sa Règle, son message et l'oblature ; Vêpres à 17h30.
2) Les 14 et 15 juin 2002 aura lieu la 30e Rencontre du Groupe de réflexion et d'étude dénommé "l'Aventure" longtemps animé par le P. Saget de l'abbaye de Clervaux ; elle se tiendra au monastère Notre-Dame d'Hurtebise, B. 6870 Saint-Hubert, Belgique. Les thèmes annoncés sont :
- "Un nouveau millénaire, des forces neuves pour l'Evangile". Sujet 1 Une lecture parallèle de la Règle de saint Benoît et de la lettre apostolique.
- "Au début du nouveau millénaire", par Jean-Paul II, avec Aude Thiriet, oblate de Jouarre. Sujet 2 Comment mettre en œuvre les appels de cette Lettre, avec Anne-Marie Batt, oblate de Clervaux.
3) Les 22 et 23 juin 2002 se tiendra à l'abbaye de La Rochette la rencontre Sud-Oblats animée par le P. Philippe (moine cistercien de Tamié). Cette abbaye se trouve en Savoie, à Belmont Tramonet. Les personnes qui désirent y participer pourront, pendant la retraite à En Calcat, retirer un coupon d'inscription qui précise les moyens d'accès, à adresser à :
Sœur Hôtelière, Abbaye de La Rochette
73330 Belmont Tramonet (Tél. 04 76 37 05 10).
Informations
Rappel des dates retenues pour les retraites et réunions d'oblats de 2002 à En Calcat :
18-19-20 mars : Première Retraite
12-13-14 juillet : Journées Bénédictines
18-19-20 octobre : Deuxième Retraite (identique)

Nous recommandons à vos prières deux oblates décédées au cours de l'année écoulée 2001 :
- Mlle Yvonne Rimailho, de Toulouse, décédée en août 2001 à l'âge de 84 ans ; elle était oblate de l'abbaye depuis 1946.
- Mlle Angèle Raffi, décédée en septembre 2001, à l'âge de 91 ans ; elle était oblate de l'abbaye depuis 1956.
La Messe sera célébrée à leur intention au cours de notre prochaine rencontre qui se tiendra à l'abbaye les 18 et 19 mars 2002 pour la première retraite.

A tous, bonne Semaine Sainte et joyeuse fête de Pâques !



f. Marie-Bernard


La vie à Saint Benoît

OCTOBRE 2001
01. Le Fr. Daniel se rend à Bouvine près de Lille pour rejoindre un groupe de méditation, à l'invitation d'un professeur de yoga indien qui compte de nombreux disciples en occident, T.K.V. Desikachar. La rencontre et le partage d'expériences furent chaleureux et féconds. L'auditoire de 140 personnes, enseignants et pratiquants le yoga, furent très touchés de cette rencontre.

02. Le Fr. Anselme revient de Paris où il a été invité pour représenter la communauté à une réunion d'Oïkocrédit, société coopérative œcuménique de développement. Les nombreux membres de cette société dont le siège est à Amsterdam sont préoccupés d'être solidaires, y compris financièrement, des activités créatrices d'emploi, ou de logement social ou de protection de l'environnement. Ils se veulent acteurs d'une économie solidaire capable de rendre à l'argent sa fonction première : être au service de l'homme.

04. dans le même ordre d'idées, le Fr. Olivier revient d'une réunion de plusieurs associations réfléchissant sur la précarité. Il nous rend compte aussi de notre adhésion à "Agir ici", une association qui vise à agir sur les opinions publiques en vue d'un développement solidaire du Nord et du Sud.

06. Le Fr. Athanase rentre de Géorgie et d'Arménie où il poursuit des travaux de recherche. Il nous peint malheureusement un tableau très sombre de la situation économique de ces pays minés par la corruption. Du point de vue religieux, malgré le grand succès du voyage du pape, l'unité n'est sûrement pas pour demain.

08. Le Fr. Guy s'affaiblit régulièrement, même si ses douleurs ont diminué sous l'effet du traitement.
Le Père Abbé est revenu d'une réunion de supérieurs majeurs à Chevilly la Rue. Il est difficile de persuader Rome que ces réunions devraient être ouvertes aux supérieures, majeures elles aussi. - Le Père Abbé de Ganagobie est désormais le président de la Conférence Monastique de France, celui de Saint-Benoît sur Loire restant le président du STIM (studium inter monastique).

11. Le Fr. Marie-Bernard nous parle du Bec-Hellouin où il vient de prêcher la retraite des Sœurs bénédictines olivétaines. - Retour heureux du Fr. Marie-rançois après avoir complété sa convalescence par un séjour en famille.
13. Les Fr. Alain, David et Emmanuel reviennent d'une session de chant à Kergonan. Beau pays, communauté très vivante, excellent accueil. Ils ont travaillé sur le nouvel antiphonaire grégorien. On a découvert que beaucoup de si bécarres, dans l'ancien, sont une invention du P. Gajard. On va les supprimer ainsi que les points et les épisèmes. On vise, par là, à rendre au grégorien son dynamisme originel.
Le Fr. Guy est de plus en plus fatigué.

18. Le Père Abbé est rentré de Belloc où il est allé faire la "visite canonique".
Le Fr. Olric est revenu enthousiasmé d'une réunion interreligieuse (Musulmans, Juifs, Catholiques et Protestants) pour la paix, à Mazamet. Un vrai moment d'espérance.
Le Fr. Emmanuel a participé à l'Assemblée Générale des libraires Siloé. Le P. Dupleix y a fait une journée de formation sur le catéchuménat.

20. Email du Fr. Jean-Luc, actuellement à Bouaké. Il nous confirme la bonne arrivée du Fr. Jean Decoville et le bon déroulement des deux professions solennelles qui viennent d'avoir lieu.
Les Fr. Alain et Emmanuel se rendent à Bordeaux pour l'ordination de Mgr Silouane (roumain orthodoxe, auxiliaire du métropolite Josef). Ils y rencontreront Mgr Josef et Mgr Serafim.

23. Le Fr. Irénée nous présente le programme élaboré, pour 2002, par la commission chargée de notre "formation permanente". C'est la guérison qui fournira le thème d'ensemble. Il y aura quatre sessions. Les trois premières seront animées par les PP. Galigné, Debergé et Rieux, de l'Institut Catholique de Toulouse. La quatrième réunira divers "témoins" qualifiés pour parler de la guérison.
Il se trouve d'ailleurs que, cette semaine, a lieu, chez nous, sous la direction du Fr. Albert, une session
réunissant les Frères et Sœurs infirmiers/ères des communautés monastiques qui ont voulu s'y inscrire. Il y aura vingt-trois participants, dont des cisterciens et des moines de la Congrégation de Solesmes. Beaucoup d'infirmiers n'ont pas eu d'expérience médicale avant leur entrée au monastère. Il y aura une importante intervention du Dr de Bataille qui exerce à Rangueil et est un remarquable gérontologue.

25. Le Fr. Guy est mort ce soir à 19h, dans sa chambre de notre infirmerie. Né en 1932, il était entré dans notre alumnat en 1943. Puis il avait suivi, pendant quelques années, la carrière militaire avant d'entrer au noviciat en 1959. Il était prêtre depuis 1970 et son décès laisse un grand vide.
Ce même soir, nous recevons au chapitre le P. Wladimir, abbé de Lérins, qui participe à la session des infirmiers/ères organisée cette semaine. Il nous parle de sa communauté, 37 moines si l'on compte les 5 de Sénanque et 5 autres dans une fondation en Italie. Le 16e centenaire de la fondation de Lérins aura lieu en 2005 et sera l'occasion de publier les textes anciens jusqu'ici non traduits en français.

26. Le Père Abbé étant rentré de Belloc, nous pouvons évoquer ensemble la personnalité du Fr. Guy, échanger les souvenirs les plus marquants que nous gardons de lui. On parlera beaucoup de son sourire, de son enthousiasme pour la liturgie, de son amour de la montagne, des diverses activités qui furent les siennes. Par ailleurs, nous recevons déjà beaucoup de fax qui nous disent, chacun à sa manière, qu'on aimait le rencontrer. Ses obsèques auront lieu demain.

NOVEMBRE

03. Le P. Wladimir, moine de Tyniec (Pologne), nous envoie trois exemplaires, en polonais, du livre du Fr. Bertrand Rollin sur la Règle de saint Benoît.

05. Le P. Marc (Barroux), archiviste de sa communauté fait chez nous un séjour de quelques jours et nous donne des nouvelles. - Le Fr. Michel Marie revient d'une journée à Jeunesse Lumière où il continue d'apporter son aide. Il y constate beaucoup de dynamisme.

06. Une session inter noviciats commence demain à Sainte Scholastique. Malgré une hospitalisation qui doit encore durer quelques jours, le Fr. André est en assez bonne forme.
Installation à la porterie d'un système d'alarme avec vidéo. Nous recevons assez souvent des "visiteurs" indésirables…

07. Le Fr. Michel-Marie (maître des novices) nous assure que la session inter noviciats se passe très bien,
grâce en particulier aux apports de l'infatigable Sr Lazare (de Saint-Thierry).
12. Le Fr. Jérôme revient de Notre-Dame d'Orient où il a prêché la retraite.
Nous allons nous interroger ces jours-ci, au chapitre, sur la priorité que nous entendons donner aux divers chantiers qui se présentent
comme des nécessités pour les années qui viennent, mais qui ne peuvent être entrepris que l'un après l'autre. Mise au propre de l'église ? Amélioration de notre hôtellerie intérieure ? Création d'une structure d'accueil pour les groupes de jeunes ?

17. Le Fr. François qui nous a rejoints après de nombreuses années d'enseignement à Lyon, nous parle des Dominicains chez qui il a résidé à Lyon (place Gailleton), et de la vie théologique particulièrement vivante en cette ville et sa région.

20. Le P. Zacharie, ami africain de Ludwig Pechen, nous passe un film aux images très fortes qui témoigne des événements dramatiques qui se sont déroulés au Burundi et auxquels il a été directement mêlé avec les jeunes dont il s'occupait et dont beaucoup ont été massacrés.
Nous accueillons aussi nos amis de Germagno et notamment le Fr. Angelo qui va faire chez nous un stage prolongé de formation monastique. Nous apprendrons à le connaître, mais le Fr. Serafino, que nous avons le plaisir de revoir, nous explique sa situation actuelle d'étudiant à Novare (à 70 km) : belle expérience de contact avec le diocèse, mais absence de trois jours par semaine.

21. Le Fr. Jean-Baptiste va passer les mois d'hiver chez les Sœurs de Blan (à quelques kilomètres), comme aumônier auprès des Sœurs et, surtout, des personnes qu'elles accueillent.

22. Le Fr. Paul-Marie nous rend compte de la réunion festive à laquelle il a participé, à Castres, pour le 20e "Ensemble" : 250 personnes d'origines très diversifiées. Très bonnes ambiance et organisation.

24. Le Fr. Daniel participe à une réunion œcuménique à Albi. Le Fr. Athanase doit s'absenter pour un colloque à l'occasion du 17e centenaire de l'adoption du christianisme par l'Arménie. - Le Fr. André doit de nouveau être hospitalisé.

27. Le Fr. Marie-Bernard se rend à Dzogbégan pour le 40e anniversaire de la fondation. Il ne reviendra qu'après Noël et le Nouvel An.
Arrivé de Montserrat (Espagne), le Fr. Christian, de Dzogbégan, nous parle de son expérience là-bas où il doit apprendre le catalan pour suivre les offices et où il se forme comme maître de chant. Il nous raconte une visite enneigée à Poblet.

29. Au nom de la communauté, le Fr. Daniel, notre prieur, remercie chaleureusement le Père Abbé à l'occasion du cinquième anniversaire de son élection.

DÉCEMBRE

0410. Nos réunions du soir sont principalement occupées par la discussion (cf. supra) sur ce qui nous semble prioritaire dans les perspectives de travaux qui se présentent à nous.
Dans le même temps s'opère une réorganisation du travail de la cuisine. Le Fr. Silouane en garde la direction, mais le médecin demande à ce qu'il soit déchargé autant que possible de la manutention. Il s'occupera donc moins de la cuisine et prendra, à la comptabilité, une partie du travail du P. Xavier.

11. Des vœux arrivent déjà d'un peu partout. Nous recevons, de Mgr Andrei (Roumanie) un exemplaire de la semaine religieuse qui évoque le séjour ici, cet été, d'Aurelian et de Cosmin. C'est un lien précieux d'amitié qui s'établit entre notre communauté et ce diocèse orthodoxe pour une meilleure connaissance mutuelle de nos Eglises.

18. Le noviciat a préparé une crèche très originale où Jésus naît sur la lune, "au clair de la terre". Le tout est accompagné d'un texte (non signé) de Nicolas, postulant. Génération marquée par le film "2001, odyssée de l'espace" sans doute…

19. Passage éclair du P. Thierry qui doit rejoindre Rome dès demain.

22. Ludwig Peschen, Père Blanc, prolonge son année sabbatique sous la forme d'un "temps de probation".
Les vœux nombreux qui arrivent pour Noël évoquent très souvent le souvenir du Fr. Guy, sa présence efficace et discrète auprès de ceux qui lui demandaient conseil.

24. Nos Sœurs de Sainte Scholastique nous offrent, pour Noël, une magnifique chasuble accompagnée de plusieurs feuilles chargées de signatures et de réflexions.

27. Lettre du Fr. Jean-Luc, actuellement à Bouaké et qui prévoit d'être ici fin janvier avec le Fr. Hermann, prieur de ce monastère.

29. Rehospitalisation du Fr. André (c'est la troisième fois en peu de temps) pour la fragilité de ses os.
Passage du Fr. Bernard de La Pierre-Qui-Vire. L'élection prochaine d'un nouveau Père Abbé constitue un moment important de la vie communautaire et une raison supplémentaire de nous sentir proches, dans la prière, de cette communauté dont la nôtre est issue.

30. Comme c'est la tradition, nous recevons nos voisins, nombreux à venir, pour un apéritif de "bonne année"