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L'Eglise fait ans cesse mémoire des Mirabilia Dei,
de la Geste du Salut dans le Christ. Au de la célébration
du Mystère du Salut, il y a un Mémorial, l'Eucharistie :
" Vous ferez cela en mémoire de Moi ".
En lisant l'Ecriture, je remarque combien souvent, dans
les relations entre Dieu et les hommes, il est fait appel à la
mémoire, au souvenir : Dieu, dans la Bible, dit sans cesse à
l'homme: " Souviens-toi Pourquoi m'oublies-tu?" - et l'homme
dit à Dieu : " Souviens-toi d'avoir pitié Pourquoi
m'oublier, toi mon Roc? " - " Souviens-toi, Seigneur de tes
miséricordes De mes péchés de jeunesse ne te souviens
plus mais souviens-toi de moi" (Ps.24) Le fidèle, sans cesse,
confesse : " Je me souviens de tes préceptes Je me souviens,
la nuit, de ton Nom ; " (Ps.118/52,55)
Est-ce donc si important de se souvenir, de faire mémoire? Sans
mémoire, peut-il y avoir du sens ?
Pour trouver ma route et aller d'un lieu à un autre, il faut bien
que je me souvienne du point de départ et du point d'arrivée;
c'est cette mémoire qui va m'orienter dans la bonne direction et
qui me permet ainsi d'arriver au but. L'être humain aura besoin
de faire mémoire, de se souvenir de son origine et de son terme
pour trouver le sens de sa vie. Pour assurer la cohésion d'une
famille et la rassembler dans l'unité, n'est-il pas essentiel de
faire mémoire des parents qui ont été à son
commencement?
Nos communautés monastiques se rassemblent dans la mémoire,
le souvenir de leurs fondateurs. Nous aimons nommer tous nos frères
et défunts dont la vivante mémoire contribue tellement à
enraciner nos communautés dans le
ciel, c'est-à-dire à les enraciner, dans le Christ et par
l'Esprit, dans le cur du Père . Dans ces pages nous faisons
mémoire de la pâque de notre fr. Guy qui aura fait à
Dieu l'honneur d'être heureux à son service, tout
simplement, et cela est beau pour Dieu et pour nous. Son regard et son
sourire, jusqu'au bout, restent dans la mémoire de notre et demeurent
pour nous le signe heureux de sa vie donnée.
Ainsi l'Eglise est un acte permanent et vivant de mémoire:
Elle se souvient sans cesse de son Seigneur: " Souviens-toi de J.C.
issu de la postérité de David, ressuscité des morts,
selon mon Evangile" (2Tim,2/8) etl'Esprit-Saint ravive sans cesse
cette mémoire. Dans l'Evangile selon saint Jean, Jésus dit
: " le Consolateur, l'Esprit-Saint, que le Père enverra en
mon Nom, vous enseignera toutes choses, et vous rappellera ( vous remettra
en mémoire) tout ce que je vous ai dit". (Jn.14/26) A la table
de la Parole, se nourrit ainsi la mémoire vivante de l'Eglise.
A la table de l'Eucharistie , par l'Esprit-Saint, le Mémorial de
la Passion et de la Résurrection du Seigneur, devient Présence
réelle de l'Amour éternel qui a conduit le Christ à
s'offrir une fois pour toutes, pour le
salut de tous. Seul l'Amour éternel de Dieu est assez puissant
pour tenir unis dans l'instant présent, le passé et l'avenir:
" Nous proclamons ta mort, Seigneur Jésus- Nous célébrons
ta Résurrection - Nous attendons ta
venue dans la gloire " Seul l'Amour indéfectible de Dieu qui
transcende le temps peut faire mémoire de l'Avenir , du retour
du Seigneur; seul Lui en sait et en connaît l'accomplissement qui
sera, pour l'humanité et pour la
création, la plénitude accomplie du salut. Ainsi, dans l'annonce
de l'Evangile, dans la célébration des Sacrements,
dans sa Prière, l'Eglise vit de cette Mémoire. Sa mission
première et universelle est de se souvenir elle-même du cur
du Père, du Christ, cur du monde et , ainsi, de maintenir
vivante au cur de l'humanité, la
mémoire du Salut en Jésus-Christ. La Règle de saint
Benoît nous invite à " fuir l'oubli ": "Voici
le premier
degré d'humilité: se remettant toujours devant les yeux
la crainte de Dieu, il consiste à fuir tout à fait l'oubli
et à se rappeler sans cesse tout ce que Dieu a commandé."(
RB 7/10-11)
Au cur de l'Eglise et pour l'humanité, par l'Opus Dei et
la célébration des Mystères, ne faisons-nous pas
sans cesse mémoire, n'assurons-nous pas, par vocation, le souvenir
vivant de l'Amour Sauveur. Encore faut-il que
nous n'oubliions jamais le cur de Dieu, l'infini de son amour de
Père, que nous l'apprenions pour nous-mêmes et le retenions
en nous comme le trésor précieux qui nous a été
révélé par Jésus, pour le diffuser autour
de
nous, à chacun et à chacune, et d'abord à l'intérieur
de notre communauté.Oui, fuir l'oubli du cur de Dieu. Comment
? Il n'y a pas de truc! cette mémoire-là, ce souvenir-là
ne relève pas d'un procédé mnémotechnique.
Il
s'agit d'une expérience à faire , offerte à chacun
: celle de la découverte du cur de Dieu plus grand que notre
cur - pour reprendre l'expression de saint Jean - et cela, à
partir de la blessure de notre cur. Chacun de
nous en effet, sait bien qu'il ne va pas à Dieu, en vérité,
à partir de sa force, mais à partir de sa faiblesse, de
sa pauvreté, de son impuissance, qui, si souvent, est celle de
son péché .
Saint Benoît le sait bien qui, dans le chapitre sur L'observance
du Carême, nous invite à " nous appliquer à la
prière avec larmes, à la lecture, à la componction
du cur et au renoncement et à attendre la sainte Pâque
avec
la joie du désir spirituel " Nous voilà conviés
, dans notre marche vers Pâques, à durer dans la mémoire
du cur de Dieu à qui, si souvent, nous redisons avec le psalmiste
: " Tu ne veux pas de sacrifices, si je
t'offrais des holocaustes, tu 'y prendrais nul plaisir ; ce que je dois
offrir à Dieu, c'est la contrition de mon cur : un cur
brisé de honte, Seigneur, tu ne le repousses pas. " (Ps.50/18-19)
" Fuir l'oubli du cur de Dieu ", c'est - dit autrement
- faire l'expérience de son Pardon reçu et du pardon offert
à chacun de mes frères
ou chacune de mes surs, et cela est au fondement de notre vie de
communauté . C'est ainsi que la Pâque du Seigneur restera
présente dans notre vie et la transformera.
Bonne route vers Pâques !
f. André-Jean, abbé
| Homélie du P. Abbé au obsèques
du f. Guy |
Le 27 octobre, la communauté célébrait les obsèques
de notre frère Guy.
voici l'homélie donnée par le Père Abbé.
Notre f. Guy, tous ces derniers temps, c'était un regard et un
sourire, dès qu'il prenait conscience de la présence de
l'un ou l'autre près de lui.
Il nous étonnait par ce sourire et, comme pour en percevoir la
source, que de fois lui ai-je demandé : "Guy, tu es en paix
? Tu as le cur en paix ?"
et sa réponse était
toujours la même : "Oh oui, dans le profond
"
Ce regard, ce sourire ne seraient-ils que le reflet d'un tempérament
heureux et paisible ? Ils sont plus que cela. Ils ont traversé
l'épreuve de la maladie, de la douleur et, parfois, bien forte,
ils ont leur histoire que jalonnent pour nous, aujourd'hui, tant de souvenirs
que nous gardons de notre frère.
Guy au jardin, en train de ramasser les tomates ou de désherber
et tailler une roseraie
Guy, pendant le temps libre après déjeuner : en hiver, marchant
de son pas long et rapide, avec son béret, enveloppé dans
sa cape. En été, assis à l'ombre, un livre entre
les mains
Guy, au chur ou présidant l'Eucharistie, commentant l'Ecriture
avec l'Ecriture
ça coulait de source, pour lui ; Guy chantant
un répons ou une préface de sa voix claire ; Guy, l'homme
de la louange : "Père, Seigneur du ciel et de la terre, je
proclame ta
louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l'as
révélé aux tout petits
"
Guy, au parloir, écoutant longuement ceux qui venaient à
lui
Guy, avec quelques frères dans une course en montagne et l'Eucharistie
célébrée au sommet : la messe sur le monde, comme
il disait
Guy, dans sa cellule de moine et, sur sa petite table de bois, rien d'autre
que sa Bible où il écoute la Parole, la joie de sa vie de
moine.
C'est, en définitive, je le crois, à la table de la Parole
et de l'Eucharistie, autour du Livre et du Calice, qu'il faut chercher,
pour notre frère Guy, la source de ce regard et de ce sourire qu'il
a gardés jusqu'au bout et qu'il nous laisse.
Comme ce matin où nous croyions sa dernière heure arrivée
Nous étions deux ou trois près de lui et je lui murmurais
dans l'oreille : "F. Guy, ne crains rien, tu vaux plus que tous les
moineaux du monde ! C'est l'Evangile d'aujourd'hui
" Et voilà
qu'il ouvre les yeux tout grands avec son merveilleux sourire ! La Parole
de vie jaillissait de la profondeur de son cur qu'elle avait visité,
si longuement travaillé, blessé, blessé d'amour.
Du fond, du point lumineux et pur qui est le plus vrai d'un être,
la Parole écoutée, entendue, se levait comme la semence
de vie, pour éveiller ou réveiller l'Homme nouveau en éclairant
et transfigurant son visage. Oui, sans doute, ce regard, ce sourire étaient
les fruits de l'écoute de la Parole, chez notre frère.
"Ecoute, mon fils, incline l'oreille de ton cur
"
ce sont les premiers mots de la règle de saint Benoît et
le dernier : "Tu parviendras".
En effet : "Qui pourra nous séparer de l'amour du Christ ?
J'en ai la certitude, ni la mort, ni la vie, ni le présent, ni
l'avenir, ni aucune créature, rien ne pourra nous séparer
de l'amour de Dieu qui est en Jésus-Christ notre Seigneur".
Cette certitude de Paul dans sa lettre aux Romains que nous avons entendue
il y a un instant, c'était celle du f. Guy qui voit maintenant
celui dont il était sûr. Il disait il y a peu : "Je
me prépare à la rencontre ; l'important, c'est le Christ
!" - "Et qu'est-ce que tu feras alors ?" - "Tu sais,
c'est Lui, le Christ qui se mettra à ma portée
"
F. Guy est parvenu, maintenant, à voir Celui qu'il a passé
sa vie à écouter, en scrutant Sa Parole. Notre pèlerinage
dans la foi, ici bas, est le temps de l'écoute pour naître
à l'éternité de la vision. L'enfant, dans le sein
de sa mère, ne communique-t-il pas déjà avec elle
par l'oreille, avant de le faire par le regard ? Ainsi, le disciple qu'est
le moine, "cheminant dans la foi, non dans la claire vision
"
vit de la parole de Dieu qu'il écoute avec l'oreille de son cur,
avant qu'au-delà de la mort, enfin déchiré le voile
de la foi, il puisse contempler le Visage tant désiré du
Christ qu'il a choisi de préférer à tout. C'est alors
qu'il est vraiment né, intégralement né à
la lumière qui divinise, comme dit encore le Prologue de la Règle,
heureux, joyeux, du bonheur et de la joie de Dieu.
L'un de nous, actuellement absent du monastère, m'écrivait
: "En communauté, f. Guy a toujours été un rappel
de ce qu'est l'essentiel de notre vie. C'est un homme qui aura fait à
Dieu l'honneur d'être heureux à son service, tout simplement
et cela est beau pour Dieu et pour nous".
Merci, Guy, pour ton regard et ton sourire qui sont comme ton testament
et qui nous disent à tous et, tout particulièrement, à
nos frères plus jeunes, qu'être moine aujourd'hui est un
chemin de vraie joie et de plénitude, lorsque "à mesure
que l'on progresse dans la conversion et la foi, le cur se dilate
et l'on court dans la voie des commandements de Dieu, avec la douceur
ineffable de l'amour
" même quand il faut "participer
- et tu en as su quelque chose - par la patience aux souffrances du Christ
pour avoir part à son Royaume".
En terminant, je te laisse la parole dans cette brève homélie
où tu commentais le geste de la pauvre veuve de l'Evangile qui
jette deux piécettes dans le trésor du Temple :
" L'Esprit-Saint nous donne de verser chaque jour dans le Cur
du Père les deux piécettes de notre pauvre amour pour Lui
et pour nos frères. "Elle a donné tout ce qu'elle avait
pour vivre" (Luc 21,4). Reçois moi, Seigneur et je vivrai.
"
Amen !
f. André-Jean, abbé.
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Notre frère Guy de Maurepas est né le 7 septembre 1932 à
Strasbourg où son père était en garnison, mais sa
famille était originaire du Languedoc, exactement à Vias
non loin d'Agde, qu'elle rejoignit avec la guerre de 1939. A partir de
1943 Guy est à l'alumnat d'En Calcat jusqu'en 1946 ; élève,
il chante avec les enfants et déjà aime chanter au cours
des liturgies. Il termine ses études secondaires à Montpellier
et Béziers.
Il commence des études de Droit, mais se dirige finalement vers
l'Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr où il est admis
en 1952 dans la promotion "Union Française". Après
les deux ans, il passe l'année 1955 à l'Ecole d'Application
de Saint Maixent. Aussitôt, sous-lieutenant, il est affecté
au 159e Régiment de Chasseurs Alpins qu'il rejoint en Algérie
où il opère dans la région de TiziOuzou (Kabylie)
et il y reste trois ans. Quand il en parlera plus tard, il rappellera
volontiers le rôle quasi humanitaire pour la population, dispensaire,
écoles
En 1959, il rentre en métropole et demande Briançon, toujours
attiré par la haute montagne mais, à sa déception,
il est affecté, comme instructeur cette fois, à Saint-Cyr
Coëtquidam. C'est là que mûrit sa vocation, née
durant la guerre d'Algérie. Il achève les huit années
prévues par le contrat avec l'armée et se présente
à En Calcat le 20 septembre 1960 pour entrer au noviciat. Le 28
décembre 1960, il prononce ses premiers vux et après
ses études sacerdotales, il est ordonné prêtre le
12 septembre 1970. Plus tard, il aimera rappeler ces années d'étude
; il estimait avoir bénéficié d'une excellente formation
grâce à l'équipe de moines professeurs très
compétents de l'époque.
A partir de ce moment, il ne cessera plus de travailler dans la commission
de liturgie très active à cette époque d'application
du Concile Vatican II ; il s'agissait en effet d'élaborer le nouvel
Office en français, de trouver avec le Frère Denis les éléments
nouveaux, hymnes, répons, antiennes
: travail considérable
auquel En Calcat avait été préparé par l'édition
du "Livre d'Heures" composé dix ans avant le Concile
par l'équipe du Père Dominique. Pendant trente ans, dans
ce travail de la commission liturgique, le frère Guy sera présent
et jouera un rôle modérateur ; "on peut lui être
reconnaissant de l'équilibre de notre liturgie actuelle",
dit le Prieur de l'époque : équilibre entre français
et latin, entre grégorien et nouveautés, entre les différentes
Heures de l'office.
Ce travail de commission ne prenait pas tout son temps. Non seulement
très fidèle à l'office divin dont il n'a cessé
d'être chantre avec une joie non dissimulée, mais fidèle
aussi à une "lectio divina" puisée surtout sinon
uniquement dans l'Ecriture sainte. Sur la table de sa cellule, on ne voyait
en entrant que la Bible ouverte et une seule étagère où
ses notes et commentaires des psaumes étaient rangés avec
soin.
"Equilibre aussi entre liturgie et travail manuel au jardin potager,
infatigable, bêchant, sarclant, récoltant puis apportant
les légumes en quantité à la cuisine ; quelques mois
avant sa mort, il y travaillait encore toute l'après-midi, même
en période de grosse chaleur. Emploi du temps sans bavure ni temps
perdu", conclut un frère. Une exception cependant qui était
pour lui une très grande joie : avec quelques frères aussi
courageux que lui, faire annuellement quelque ascension d'un 3 000 mètres
dans les Pyrénées.
Pendant cinq ans, il seconda le P. Joël, alors maître des novices,
et enseigna la liturgie aux plus jeunes ; il sut s'adapter par "une
présence discrète, réconfortante, apaisante",
dit aujourd'hui l'un de ses anciens novices. Puis, à partir de
1994, il aida le P. Paul à la direction des Oblats, et finalement
le remplaça. Au cours de ces années de responsabilité
des Oblats, il eut une influence personnelle par les entretiens spirituels
avec chacun de ceux qui s'adressaient à lui, "son sourire
permanent mettait de la joie au cur", écrit une oblate.
Fin 1997, il sera atteint par un cancer des ganglions, traité par
ablation et une radiothérapie pénible. Une certaine rémission
permit d'espérer le mal maîtrisé malgré deux
petites récidives jugulées ; il disait lui-même :
"Je suis guéri" ! Pourtant un oblat écrit : "Après
la première étape de sa maladie, il semblait hors de danger
; il ne me cacha pas qu'il aspirait à aller dans l'autre vie".
La récidive sur les os apparaît en juin 2001 ; la douleur
devient progressivement "intolérable" et on s'applique
désormais à la soulager grâce aux dernières
découvertes dans ce domaine. Veillé jour et nuit, très
encouragé par le P. Abbé et ses frères ainsi que
plusieurs membres de sa famille, il reste conscient de ce qui ne saurait
tarder, il garde pourtant son sourire quand on le visite ou quand on prie
avec lui ; il le gardera jusqu'à l'avant veille de son dernier
souffle.
Quelques oblats m'ont fait part des paroles qu'ils avaient retenues de
lui ; elles peuvent nous aider à nous faire une idée de
sa façon de parler :
- "C'est en psalmodiant qu'on devient un priant".
- "Passer de la captation à l'oblation".
- "Si on se prive de tous les plaisirs, on n'aura plus l'occasion
de rendre grâces".
- "Tout homme a droit à l'honneur ; loue le prochain, même
dans ce qu'il n'a pas".
Ou encore un oblat résume ainsi son souvenir : "Dans son approche
vis-à-vis de l'autre, sa grande foi, son sourire fraternel, même
dans les moments de souffrance physique ; lorsqu'il donnait la communion,
son sourire toujours présent, plein d'attention et d'affection
pour l'autre
".
Pour clore ces souvenirs, le meilleur est de reproduire ici ce qu'écrit
le P. Abbé dans le faire part de son décès : "Passionné
des Ecritures, ne préférant rien à la lectio et à
l'uvre de Dieu, F. Guy fut chantre, responsable du jardin et succéda
au P. Paul comme responsable des Oblats du monastère. En communauté,
il a été toujours un rappel de l'essentiel de notre vie.
C'est un homme qui aura fait à Dieu l'honneur d'être heureux
à son service, tout simplement, et cela est beau pour Dieu et pour
nous. Son regard et son sourire, jusqu'au bout, demeurent pour nous le
signe heureux de sa vie donnée".
f. Marie-Bernard
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SAGESSE ET CHEVEUX BLANCS :
ENQUÊTE DANS L'ANCIEN TESTAMENT |
" Qu'elle est belle, la sagesse des anciens ! " (Si 25, 5).
Ben Sira semble exprimer là ce que dit la sagesse de toutes les
nations ! Y a-t-il besoin d'une enquête biblique sur un tel thème
? La figure universelle du sage n'est elle pas celle d'un vieillard à
longue barbe blanche ? Toute sagesse ne naît-elle pas de l'expérience,
du temps et de son uvre de maturation ?
Bien conscient de la menace d'un ronron qui serait fort préjudiciable
à notre revue et à la vivacité spirituelle de ses
lecteurs, j'ai tout de même voulu tenter cette enquête, fort
de la conviction que la parole de Dieu ne saurait ronronner, et j'ai rouvert
des livres, les livres de sagesse, évidemment, et d'autres.
A la recherche de sages vieillards
J'ai d'abord cherché dans la Bible de sages vieillards : n'y en
aurait-il point parmi nos premiers pères, parmi les Patriarches
?
Hélas, qu'Adam ne fut point sage, tout le monde le sait : sans
doute était il jeune à l'époque, trop jeune, et Eve
plus encore. Mais tous ces vieillards vénérables qui comptaient
leurs années par centaines, ces recordmen de longévité
dont Mathusalem, avec ses 969 ans, est le champion ? Non, il n'est pas
écrit qu'aucun fut un sage. Le rescapé du déluge,
l'unique, Noé, fut-il un sage ? Il ne semble pas : il boit et s'exhibe
nu au grand dam de ses enfants !
Certes, Abraham ne peut être un sage, parce que la sagesse va de
pair avec la stabilité, comme le savent toutes les mamans du monde
: qu'est-ce qu'un enfant sage ? C'est celui qui ne se carapatte pas dès
qu'on tourne les talons : sage comme une image, immobile comme sur la
photo ; or Abraham bouge tout le temps, de Haran à Sichem, de Sichem
à Bethel, de Bethel en Egypte, d'Egypte au Negev, du Negev à
Mambré, de Mambré à Gérar, à Bersabée
Ne parlons pas de Sara dans son grand âge, qui trouve le moyen de
pouffer de rire au moment où Dieu, en grande pompe angélique
et trinitaire, annonce solennellement la promesse qui va changer la face
de ce monde ! Par voie de conséquence et d'hérédité
malheureuse, rien à espérer d'Isaac, marqué jusque
dans son nom de cette rigolade impie de sa maman. Jacob ? Toute la tradition
voit en lui le modèle de l'arnaqueur, trompant son père
avec l'aide de Rébecca sa mère, trompant Laban son beau
père, qui l'avait bien mérité ; c'est encore pour
tromper Esaü qu'il feint la seule sagesse qu'on lui connaisse : "
Monseigneur sait que les enfants sont délicats et que je dois penser
aux brebis et aux vaches qui allaitent ; si on les surmène un seul
jour, tout le bétail va mourir ! ". La tradition monastique
est d'une bienveillance complice, qui retient la sagesse et oublie la
feinte de son auteur.
Des douze fils de Jacob, un seul mérite une attention particulière,
Joseph ; ce n'est pas la Genèse qui lui décerne le titre
de sage mais il semble reçu à l'examen au repêchage,
dans le Nouveau Testament : Etienne déclare que " Dieu lui
donna grâce et sagesse devant Pharaon, roi d'Egypte " ; évidemment,
c'est un diacre qui parle, un ministre des tables : Joseph le grand intendant
n'avait-il pas su pourvoir à sept années de vaches maigres
? Ceci vaut bien un éloge, sans doute, mais ne fait pas avancer
notre enquête : Joseph à ce moment là n'est pas un
vieillard, puisque Jacob est encore de ce monde pour longtemps.
La sagesse par la racine
En fait, il faut constater que la Genèse ignore la racine HKM,
hakham, "sage", hokhma, "la sagesse" (on prononce
[rhakam], ou [rharham], c'est selon, très guttural en tout cas,
pas roulé du tout). A ce propos, je me souviens de ma joie en découvrant
le mot hébreu : voilà que je le connaissais déjà,
que je le reconnaissais, parce que j'avais lu et relu "Le trésor
de Rakham le Rouge" (Tintin fut et reste pour moi un trésor
de sagesse)
et donc je ne l'oublierai plus jamais.
Cette racine est elle donc incontournable ? N'est-ce pas là une
étroitesse de philologue ? La sagesse n'est peut-être qu'un
concept commode et tardif pour qualifier les gens intelligents, habiles,
avisés, voire rusés, comme notre père Jacob ? Méfiez
vous : à raisonner ainsi, vous ne tarderez pas à prendre
pour modèle du sage le premier "avisé" du Livre,
au chapitre 3 de la Genèse, le serpent lui même ; on sait
l'importance, dans l'exégèse rabbinique, du principe de
première occurrence. Qui plus est, à la différence
d'autres mots du même registre, cette racine HKM, dès les
premières traductions bibliques, fait l'objet d'un traitement remarquable
: la LXX dans son ensemble (l'entreprise s'étale sur plusieurs
siècles) va respecter presque toujours l'équivalence Hakhamsophos,
Hokhmasophia (les rares exceptions concernent un personnage auquel nous
reviendrons).
Alors, dans quel livre apparaît donc cette racine pour la première
fois ? Dans l'Exode !
Vous allez penser : Moïse, bien sûr, voilà le sage vieillard,
le modèle, lui qui reçut la Loi et la transmit au peuple
! De fait, dans le Nouveau Testament, Etienne, encore lui - et lui seul
-, nous parle de la sagesse de Moïse, mais cette sagesse n'est pas
celle que l'on pense : " La fille de Pharaon le recueillit et l'éleva
comme son propre fils ; ainsi Moïse fut-il instruit dans toute la
sagesse des Egyptiens ". Double erreur d'aiguillage : d'une part,
il s'agit de Moïse tout jeune, d'autre part, il s'agit de la sagesse
des Egyptiens ! Au fond, cet Etienne n'est guère orthodoxe, qui
ne voit de sagesse qu'en Egypte, pour Joseph et pour Moïse, comme
si la sagesse pouvait venir de l'étranger ! Il y a des moments
où l'on saisit comment certaines provocations, dans certains contextes
sensibles, ont pu aboutir à une lapidation.
Nous laissons Etienne et revenons à l'Exode, puisque des hakhamim
y apparaissent. Où ? Aux chapitres 35-36. Tiens ? Mais il s'agit
de ces chapitres très ennuyeux, que l'on ne lit jamais, où
l'on nous décrit, avec force détails, toute la fabrication
de la Demeure, la Tente de la Rencontre, avec un raffinement insensé
de lingerie bizarre ? Certes, mais c'est là que l'on rencontre
le premier sage : il s'appelle Beçaléel et, avec lui, Oholiab,
et d'autres encore dont nous ne savons plus les noms. Qui sont-ils ? Des
artisans, des artistes, des orfèvres, des brocheurs, des ciseleurs,
des brodeurs
La sagesse est toujours à l'uvre
Cette première occurrence est une clé indispensable pour
l'étude de la sagesse biblique.
Les sages sont des artisans, pas des fainéants.
Les sages sont des artisans, pas des savants.
Les sages sont des artisans, pas des gourous.
La sagesse n'est pas tant étude qu'apprentissage.
La sagesse n'est pas tant savoir que savoir faire.
Si loin que l'on remonte, jusqu'en Dieu, " qui seul est sage "
(Rm 16, 27), l'on trouve effectivement la sagesse associée au "faire",
à la création. Ainsi par exemple de la première apparition
d'une Sagesse personnifiée, dans le magnifique poème du
livre des Proverbes (8, 2231). C'est en cela que la sagesse est universelle,
adamique et non abrahamique ou mosaïque : elle tient à l'humain
créateur, créé à l'image d'un Dieu Créateur.
" Mon père travaille jusqu'à maintenant, et moi aussi,
je travaille ", dit Jésus (Jn 5, 17). toute civilisation se
fait, s'élabore, se construit, se travaille, par la sagesse de
ceux qui, en elle, font, labourent, construisent, travaillent. Un proverbe
fort apprécié des scribes (il revient jusqu'à trois
fois dans certains manuscrits grecs des Proverbes) dit clairement que
la sagesse relève du travail plus que du naturel : " Commencement
de la sagesse : acquiers la sagesse ! " (Pr 4, 7), c'est-à-dire
: "retrousse tes manches et mets toi au boulot, on n'a rien sans
rien". La sagesse traduit ainsi un engagement délibéré
dans la transformation du monde ; rien de plus éloigné de
la sagesse qu'un retrait vis-à-vis des tâches humaines les
plus quotidiennes, ou une prétention à ne s'occuper que
des choses de l'esprit.
Les livres de sagesse ont pour premier objet cette sphère du labeur
qui concerne l'homme comme la femme (y a-t-il plus belle icône du
travail quotidien que le portrait de la maîtresse de maison qui
couronne le livre des Proverbes [31, 1031] ?) ; c'est pourquoi le paresseux
y tient une telle place.
En échouant à trouver des figures de sages vieillards parmi
nos premiers pères, notre enquête dévoile l'originalité
de cette notion de sagesse. La sagesse a quelque chose à voir avec
le "faire", le travail, la réalisation, le monde visible,
où l'on se salit les mains. Et puisque le travail selon la Bible
est une notion ambiguë (sinon, pourquoi, à la différence
de tant de cultures antiques, ferait-on tant de cas du repos sabbatique
?), il n'est pas surprenant que la sagesse à son tour soit frappée
d'ambiguïté, comme l'illustre à merveille la figure
biblique emblématique du Sage, celle de Salomon.
Salomon le Sage
Pourquoi lui plutôt qu'un autre ? et de fait, ce n'est pas un modèle
irréprochable qu'on nous offre là !
Salomon le Sage est une charnière dans l'histoire du peuple juif
: Salomon a beaucoup travaillé, fait, construit, plus qu'aucun
autre avant lui : Qohélet prend tout un chapitre, le deuxième,
pour nous raconter son uvre immense et sa grande sagesse. En Salomon
la civilisation juive accède à la visibilité ; l'uvre
est considérable : uvre politique, administrative, diplomatique,
culturelle, et tout à la fois uvre industrielle, grands travaux,
commerce international. Le royaume est devenu visible, il a été
forgé, ciselé, brodé, manifesté ; ce faisant,
il accède à la reconnaissance parmi les autres nations,
les autres cultures, les autres sagesses. Qui dit sagesse en effet dit
sagesses ! Impossible de prétendre à l'une sans reconnaître
les autres : la sagesse n'existe qu'en dialogue. L'uvre de Salomon
est d'avoir fait entrer Israël dans ce concert des nations : témoins
le roi de Tyr, la reine de Saba, et la fille de Pharaon accordée
en mariage. Mais cette confrontation à l'universel se paie d'une
tension formidable, tension éminemment religieuse.
Qui dit sagesse dit sagesses
Ce rapport de la sagesse à l'universel, aux nations, nous l'avions
pressenti en remarquant qu'Etienne ne parlait de "sages" qu'en
Egypte, à propos de Joseph et de Moïse. C'est encore très
remarquable pour Daniel, autre figure de "sage", dont toute
la geste se passe à Babylone. Au fond, il est impossible, ou insignifiant,
d'être sage chez soi, parmi les siens : la confrontation seule fait
paraître une sagesse digne de ce nom.
Dans cette confrontation, la question de l'âge a peu de place, les
figures bibliques nous le montrent clairement : Joseph, Moïse en
Egypte, Daniel et ses jeunes compatriotes à Babylone. De même,
la sagesse de Salomon n'est nullement le couronnement de son grand âge,
tout au contraire, et Ben Sira le souligne lorsqu'il fait l'éloge
de Salomon : " Comme tu as été sage en ta jeunesse
! " (47, 14). tout Israël sait que Salomon a aussi mal fini
qu'il avait bien commencé ; par sa faute l'unité du peuple
élu a été perdue.
C'est précisément en cela que réside l'habileté
pleine d'audace de Qohélet, lorsqu'il se met en scène sous
les traits d'un Salomon chargé d'années, tirant le bilan
de son grand uvre et de sa grande sagesse. Lorsqu'il conclut que
l'une et l'autre sont vanité, Salomon Qohélet semble bien
près de se saborder lui même. Il exprime ainsi d'une façon
très étonnante et pathétique le désarroi de
la sagesse juive vieillissante, regardant tout ce qui se fait sous le
soleil, confrontée par force aux philosophies dominantes, stoïcisme,
épicurisme, scepticisme, et tentée de renoncer désormais
au dangereux engagement de la sagesse. Un siècle plus tard à
Alexandrie - la datation des deux livres reste en fait très discutée,
l'auteur du Livre de la Sagesse de Salomon renouera le dialogue avec beaucoup
de vigueur.
Sagesse, dialogue et conseil
Que retenir pour notre enquête de ce qui peut sembler un excursus,
une échappée, cette relation obligée de la sagesse
aux sagesses, à la confrontation, à l'universel ? Ceci peut-être
: que la sagesse n'appartient ni à l'ancien, ni au jeune, mais
qu'elle fonde le dialogue qu'ils peuvent engager. Un proverbe le dit :
" Ne se fier qu'à soi même, c'est folie ; seule la sagesse
permet d'en réchapper " (Pr 28, 26), ou bien encore : "
Le fer aiguise le fer ; l'homme s'aiguise à rencontrer son prochain
" (Pr 27, 17).
Ben Sira place l'ouverture à l'autre au plus haut degré
de la sagesse : " L'idéal du sage, c'est une oreille qui écoute
". Lorsqu'elle apparaît en Israël avec la figure royale
de Salomon, la sagesse est inséparable de la structure du "conseil".
Autour du roi, ses conseillers, des sages, des hommes qui écoutent
et regardent tout ce qui se fait sous le soleil, qui sont les yeux et
les oreilles de celui qui, par fonction, ne pourra plus ni entendre ni
voir les réalités les plus humbles de son royaume. Le conseil
est l'unique voie de gouvernement pour le roi : " Mieux vaut un enfant
pauvre et sage qu'un roi vieux et insensé qui ne sait plus prendre
conseil " (Qo 4, 13). tant et si bien que le traducteur grec des
Proverbes met dans la bouche de Bethsabée instruisant Salomon un
proverbe qui dit jusqu'où va le rôle du conseil : "
Fais toutes choses avec conseil, trinque avec conseil ! " (l'original
hébreu, attribué à la mère de Lemuel, roi
de Massa, est assez différent ; Pr 31, 4). Saint Benoît,
qui se défie des vertus du vin, et peu soucieux d'encourager l'Abbé
à arroser ses conseillers, se réfère à un
parallèle tiré de Ben Sira : " Fais tout avec conseil,
et, la chose accomplie, tu n'auras pas à t'en repentir " (RB
3, 13 ; cf. Si 32, 19).
En guise de conclusion
Le recul du temps, de l'âge, de l'expérience, n'est pas le
ressort fondamental de la sagesse biblique. Une fois pour toutes, il faut
renoncer à sacraliser le passé et ses nostalgies : "
Ne dis pas : "Comment se fait-il que le passé fut meilleur
que le présent ?" car ce n'est pas la sagesse qui te fait
poser cette question ! " (Qo 7, 8).
Deux pistes restent ouvertes à tous les âges : celle du travail
personnel patient, de la création continuée, de l'engagement
pour la transformation du monde, et celle du dialogue avec la sagesse
des autres. Au carrefour de ces deux chemins, la Sagesse elle même
nous attend.
Le jeune s'entendra dire : " tiens toi dans la compagnie des anciens
; si tu trouves un sage, attache toi à lui ! " (Si 6, 34),
et l'ancien : " Si tu es un homme âgé, prends la parole,
car cela te revient, mais sache ce que tu dis, et n'empêche pas
la musique ! " (Si 32, 3).
Mais toute parole se tait lorsque s'élève la Parole, toute
sagesse pâlit lorsque resplendit la Sagesse.
f. David
 |
| La communion par la diminution |
"Mon Dieu, il m'était doux, au milieu de l'effort, de sentir
qu'en me développant moi même, j'augmentais la prise que
vous avez sur moi ; il m'était doux, encore, sous la poussée
intérieure de la vie, ou parmi le jeu favorable des événements,
de m'abandonner à votre Providence. Faites qu'après avoir
découvert la joie d'utiliser toute croissance pour vous faire,
ou pour vous laisser grandir en moi, j'accède sans trouble à
cette dernière phase de la communion au cours de laquelle je vous
posséderai en diminuant en vous.
Après vous avoir aperçu comme Celui qui est un "plus
moi même" faites, mon heure étant venue que je vous
reconnaisse sous les espèces de chaque puissance, étrangère
ou ennemie, qui semblera vouloir me détruire ou me supplanter.
Lorsque sur mon corps (et bien plus sur mon esprit) commencera à
marquer l'usure de l'âge ; quand fondra sur moi du dehors, ou naîtra
en moi, du dedans, le mal qui amoindrit ou emporte ;
à ce
moment dernier surtout, où je sentirai que je m'échappe
à moi même, absolument passif aux mains des grandes forces
inconnues qui m'ont formé ; donnez moi, mon Dieu, de comprendre
que c'est Vous ".
P. Teilhard de Chardin, Le milieu divin, p. 95.
| simples propos sur la présence |
1. La Présence de Dieu parmi nous, les cieux la chantent et la
Bible en est un journal. De cette Présence, le Peuple de la Bible
a une conscience vive ; il n'en finit pas de la nommer (1) : ta Présence,
ta Face, ton Nom, ta Gloire, ta Lumière, ton Jour, ton Repos, ta
Vérité, ta Montagne, mon Rocher. Chaque matin, étonné,
il la redécouvre et il en tressaille en éclats de joie :
"Tu rassasies tout vivant. Je m'éveille : tu es là,
tu me sondes et tu me connais ; ma parole n'est pas encore sur mes lèvres
et déjà tu la sais tout entière. Je me loge au plus
loin de la mer : même là ta main me saisit" (2). La
Bible raconte mille expériences de la Présence de Dieu ;
de cette Présence, elle énumère les exigences et
elle tient les chroniques (3) ; vers cette Présence elle fait monter
un immense soupir : "Toute la création, jusqu'à ce
jour, gémit en travail d'enfantement" (Romains, 8).
Quand le premier, le Seigneur nous aime, notre foi crie-t-elle vers lui
: "Viens" ? A notre temps si affamé d'un regard de considération,
les chrétiens savent-ils désigner les signes de la Présence
aimante du Seigneur ? (4)
Présence "ordinaire"
de Dieu, chère aux Psaumes.
2. La présence du Seigneur, nous ne la sentons pas toujours. Comme
le Royaume de Dieu, elle est déjà là, levée
bien avant nous, et pas encore là. Car, sans fin, des malheurs
et des abus - les mêmes qu'hier et également bien d'autres
- tiennent le devant de la scène. Parmi les chaos, les questions,
les illusions médiatiques, devant les foules lasses, sans pain
et sans horizon, notre époque a du mal à apercevoir la présence
de Dieu qui est justice. Alors Dieu fait remonter à nos mémoires
les Paroles pour les temps d'épreuve, celles d'autres Psaumes,
des Prophètes, du Juste persécuté et brisé,
les Chants du Serviteur souffrant et Sauveur (Isaïe 42, 49, 50, 52,
53). Dans l'absence visible de Dieu, sa présence profonde est sous-jacente.
Ainsi, en pleine glaciation scientiste du XIXe siècle finissant,
avait surgi l'aventure inattendue de quelques grandes solitudes qui ouvrirent
de proche en proche de grandes communions ; la postérité
spirituelle de Thérèse de Lisieux, de Charles de Foucauld,
de Paul Claudel témoigne de la patiente présence de Dieu.
Même le livre blasé de Qohélet, avec ses désenchantements
devant les finitudes et les décrépitudes de la vie "parle,
lui, en son cur" devant Dieu présent. Quel que soit
l'écrit biblique ! Quels que soient la situation du croyant, ses
questions, ses peurs, ses déchirements, sa psychologie ! (5)
Présence voilée de Dieu.
3. Présence de Dieu absolue et insaisissable ! Notre foi sait
depuis toujours que la Présence de Dieu nous dépasse et
elle a dit cela dans les langages des siècles successifs. Sur l'Arche
d'Alliance entre Dieu et son peuple, nul ne pouvait poser sa main sans
en mourir : l'Arche ballottait sur une charrette à bufs et
l'un des convoyeurs voulut la retenir dans sa chute, il mourut d'avoir
touché le meuble sacré
La Présence est indescriptible
: elle ne se trouve ni dans la tornade, ni dans les éclairs, ni
dans l'éruption du Sinaï, mais on la devine après la
brise
Lorsque le général envahisseur romain Pompée
voulut la voir au plus caché du Temple de Jérusalem, il
ne rencontra que du vide ! Personne ne saurait confisquer le Vent
Ni la Tente de la Réunion au désert, ni le Temple de Salomon,
ni aucune de nos églises, encore moins aucune de nos préférences
pieuses, n'enferment l'Esprit, qui souffle où il veut !
La présence de Dieu, nous la trouvons sur le visage de tout homme,
de toute femme, de tout enfant : "Adam est à l'image et ressemblance
de Dieu". Dieu donne sa Présence à toutes les Nations
: en toutes "il éveille des justes" ; il les juge toutes
avec justice. Quand "les fidèles" manquent à leur
vocation d'annoncer la Présence de Dieu en tout homme, des mal-croyants
le font à leur place, autrement ! Des militants ou des poètes
amorcent des libérations ; des foules sont remuées par des
guetteurs d'espérance ; Hugo (6), Bécaud, Tolstoï et
des prophètes "hors du camp" (Nombres, 11). Cela suscite-t-il
notre action de grâce ?
4. La célébration eucharistique propose aux chrétiens
le temps par excellence de la présence de Dieu. Il est là
de bien des manières (Hébreux, 1) et, si nous y sommes attentifs,
magnifiquement ! Vers le Père, tout le culte est tourné
; autour du Père (du Père présent à tous les
hommes), nous convergeons en une réunion de famille ; nos premiers
siècles disaient tout simplement : c'est la réunion la synaxe.
Au Père monte notre offrande des biens que nous avons reçu
de Lui. En rencontrant nos frères - deux ou trois, ou une multitude
- réunis en son Nom, nous trouvons la Présence de Jésus
(Matthieu, 18). Devant nous l'autel signifie la solidité de la
présence de Dieu et l'inégalable grandeur du Sacrifice du
Christ. Alors, la première réaction de l'Assemblée
chrétienne, avec à sa tête le prêtre envoyé
par l'Eglise des Apôtres, est la confusion du cur et la demande
de pardon.
Aussitôt, par des chants, les lectures bibliques et les Psaumes
(encore les Psaumes !), nous recevons la Parole de Dieu. Intensité
de cette parole, qu'il s'agit d'assimiler dans nos vies et donc, d'abord,
de "manger" (mange le livre, insiste l'Apocalypse). Quarante
siècles de rumination juive et chrétienne - du temps d'Abraham
au temps de l'homélie de notre Dimanche - nous y préparent.
Notre cur entend-il Celui qui se tient à sa porte et qui
frappe, qui désire entrer pour souper avec nous et faire chez nous
sa demeure (Apocalypse, 3 ; Jean, 14) ? Réelle Présence
du Seigneur à la Table de sa Parole !
5. En Jésus, le don de Dieu va plus loin encore ! Par la fraction
du pain, ce pain qui est son Corps ; par son Corps rompu, par le Sacrifice
accompli une fois pour toutes (Hébreux, 9), Jésus "notre
convive et notre rançon" se fait "notre nourriture"
Communion, summum de la Présence ! Là Jésus continue
à recevoir les essoufflés et les à bout de souffle,
les pauvres, les petits, les sans voix, les enfants et il leur donne force.
Il console, il illumine, il entraîne dans sa propre prière
au Père. Le repas du Seigneur ne se sépare pas du service
fraternel, du lavement des pieds des hôtes, de l'engagement à
l'imitation du Sauveur.
"Heureux les invités aux Noces de l'Agneau !" (Apocalypse,
19) leur festin se poursuit sur les places pour chanter Dieu qui appelle
les gens ; aux champs et aux chantiers, car le travail aussi a goût
d'oraison ; dans les cités et les solidarités, car la démocratie
et la paix sont les fruits de l'amitié (7). Et de saison liturgique
en saison liturgique, la Prière des Heures scande les jours et
les nuits par la célébration en tout temps de la Présence
de Dieu (8).
Edmond Durand
(1) Dieu ou Yahweh Dieu ou le Seigneur : environ 12 000 fois dans la Bible.
(2) Revenir toujours aux Psaumes.
(3) Annales, récits simples ou épiques, proverbes, poèmes,
lois, louanges, etc.
(4) Ces signes alertent les disciples d'Abraham : Juifs, Chrétiens,
Musulmans
Pendant l'Avent 2001, une exposition dans une paroisse
de Graulhet (tarn), évoquait ces Présences. On y citait
le Coran : "C'est Lui qui fait surgir la clarté de l'aurore
qui a placé pour vous les étoiles
", etc.
(5) La présence de Dieu est toujours là, mais nous, où
sommes nous ? Naguère un assemblage de prières commençait
par nous prier nous mêmes : "Mettons nous en présence
de Dieu".
(6) Pendant 150 ans, dans combien d'écoles Victor Hugo a fait rencontrer
à des générations des images et des personnages de
la Bible, un peu de la vision biblique du monde !
(7) Fin 2001, dans la "Croix", articles de Kerhuel, Boissonnat,
Jean Rigal, etc.
(8) L'Eucharistie du Dimanche est au centre de la vie chrétienne
ensemble. Redécouverte de la Messe et renouveaux d'Eglise s'appellent.
Voir, dans les années 1930, tant d'écrits pour les jeunes
chrétiens, comme : "Sur la route avec le Bon Dieu
Le
Christ sur tous nos chemins
Notre Messe et notre vie
"
et la belle série sur l'Histoire de la Messe (dans la Revue des
Jeunes, repliée à Pau en 1940).
Nos années 2000 pourraient avec profit redire l'immense portée
de l'anamnèse (mémoire et présence du Christ) et
de l'épiclèse (appel à l'action bouleversante de
l'Esprit de Dieu sur nos Messes et sur le Monde)
 |
| La Géorgie, une Eglise très ancienne |
La Géorgie, qui occupe le centre et l'ouest du Caucase, avec une
façade au climat presque tropical sur la Mer Noire, possède
une superficie d'environ 70 000 km2, amputée à l'heure actuelle
de la province de l'Abkhazie et menacée par les tentations séparatistes
de plusieurs régions (Ossétie, Adjarie, Akhalkalak). Pays
de très ancienne civilisation, puisque son histoire connue remonte
au IIIe millénaire avant notre ère, elle eut à l'est
et à l'ouest des foyers de culture dont l'attraction et le rayonnement
étaient déjà grands au premier millénaire
avant l'ère chrétienne. Les peuples grecs, dont les historiens
et les poètes ont vanté les beautés et les richesses
du pays, en faisaient un but de voyage, un comptoir commercial et un lieu
de villégiature apprécié en raison du charme de ses
paysages variés et de la douceur du climat de la façade
maritime. Le mythe de Prométhée, enchaîné par
Zeus, fut implanté sur les sommets du Caucase géorgien,
et la recherche de la Toison d'Or entraîna l'expédition de
Jason en Colchide, l'ouest de la Géorgie actuelle.
C'est aux environs des années 330 qu'apparaissent les premiers
signes fiables d'une christianisation du pays que des légendes,
dénuées de toute vraisemblance, voudraient faire remonter
à l'âge apostolique. Selon l'historiographie reçue,
sainte Nino, une captive chrétienne grecque convertit le roi Mirian
qui imposa le christianisme comme religion d'Etat. Une chrétienté
prospère et bien organisée se développa rapidement
à partir du IVe siècle. Dans la dépendance hiérarchique
d'Antioche, cette Eglise devint autocéphale au milieu du Ve siècle,
avec l'institution par le roi Vahtang Ier (446-499) d'un catholicos à
Mtskheta, la capitale religieuse, où subsiste encore une très
ancienne église du vie siècle. Les catholicos continuèrent
cependant, jusqu'au VIII siècle, à recevoir la consécration
du patriarche d'Antioche. Les relations de cette Eglise du Caucase avec
celle d'Antioche n'altérèrent cependant jamais son identité
tout à fait caractéristique. Celle-ci tient avant tout à
sa langue, le géorgien, que l'on ne peut rattacher ni au groupe
des langues indo-européennes, ni à ceux des langues sémitiques
et ouralo-altaïques, mais à celui du groupe caucasique (svane,
tchane et géorgien). Langue à déclinaisons, mais
sans genres, avec un alphabet de trente-huit lettres qui souvent mettent
à mal les bouches occidentales, elle se singularise surtout par
la formation du verbe dont la complexité provient de la nécessité
agglutiner en lui et autour de lui des lettres désignant le sujet
de la phrase et les compléments de toutes sortes.
Dans cet idiome s'est développée, dès le ve siècle
de notre ère, une riche littérature religieuse : version
biblique vraisemblablement effectuée à partir de manuscrits
grecs, traductions d'uvres hagiographiques, liturgiques et patristiques.
Ces textes géorgiens anciens, très étudiés
à l'heure actuelle, offrent un grand intérêt, puisqu'ils
sont souvent les témoins d'uvres disparues dans leur langue
originelle, ou encore parce qu'ils conservent une version géorgienne
de qualité meilleure que celle d'ouvrages connus en grec. Les moines
géorgiens, en Géorgie même (Chio-Mghvimé, Garedja,
Handza, etc.), mais aussi dans les couvents de Palestine (Saint Sabas,
Saint Chariton, Sainte-Croix) et de l'empire byzantin (Sainte-Catherine
du Sinaï, l'Olympe de Bithynie, l'Iviron de l'Athos), eurent accès
en ces lieux au patrimoine culturel de diverses Eglises et le firent passer
dans leur langue. Pour la liturgie, ils transmirent même à
leur Eglise le rite hiérosolymitain du IV -V ème siècle
qui était aussi célébré en partie au couvent
de Saint-Sabas. Les textes liturgiques anciens en langue géorgienne,
et particulièrement les textes hymnographiques, sont donc d'une
valeur inestimable, car d'une part ils mettent sous nos yeux un modèle
de prière toujours et uniquement expressif, lors de chaque célébration,
de l'ensemble des événements de l'économie du salut,
et d'autre part parce qu'ils renvoient à la prière de l'Eglise
mère, Jérusalem, dont les textes liturgiques et les usages
ont influencé ceux de toutes les Eglises du bassin méditerranéen.
Cependant depuis le Xe siècle, en raison de l'influence très
forte de la culture grecque, le rite byzantin célébré
en langue géorgienne est devenu celui de l'Eglise géorgienne.
Jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, la Géorgie demeura
un royaume indépendant dont l'histoire fut traversée d'incessantes
luttes contre les envahisseurs Huns, Khazars, Arabes, Grecs, Turcs, Mongols
et Perses. Face à des agressions continuelles, le roi Irakli se
décida, en 1783, à se placer sous la protection de la Russie
par un traité qui sauvegardait l'indépendance et la personnalité
de son pays. Croyant à la parole donnée et au pacte signé,
il se jetait en fait dans la gueule du loup. Les tsars successifs n'eurent
d'autre politique vis à vis de la Géorgie que celle d'une
colonisation rampante. En 1801, le pays était annexé à
l'empire russe ; les sursauts continuels et les rébellions du peuple
géorgien tout au long du XIXe siècle ne purent modifier
la situation. Le dernier avatar, début d'une terreur sanglante
qui élimina et déporta de très nombreux habitants,
fut l'instauration en 1921 de la République Socialiste Soviétique
de Géorgie qui s'est écroulée en 1989, avec la disparition
de l'URSS. Durant toute cette période tsariste et communiste, l'Eglise
géorgienne fut, elle aussi, privée de sa liberté
et placée sous la juridiction du patriarcat de Moscou.
Après un si long esclavage, la renaissance ne peut être que
très lente. La République de Géorgie, peuplée
à l'heure actuelle d'environ cinq millions d'habitants, connaît
depuis 1989 une suite de soubresauts politiques qui ne font qu'enfoncer
la population dans le dénuement au profit d'une classe dirigeante.
Ce pays, comme l'Arménie voisine, est en réalité
la victime du conflit économique entre les grandes puissances.
Par où s'écoulera le pétrole d'Azerbaidjan et des
ex-républiques soviétiques d'Asie centrale dont, par la
Mer Caspienne, la Géorgie est, comme l'Arménie, le débouché
géographique normal ?
L'Eglise géorgienne, si longtemps coupée des autres Eglises
et interdite de tout développement propre, est déchirée
aujourd'hui entre partisans d'une ouverture sur l'extérieur et
moines traditionalistes qui s'opposent au catholicos Ilia II : elle a
dû sortir du Conseil cuménique des Eglises pour éviter
de nouveaux déchirements, l'cuménisme étant
encore compris comme une hérésie protestante. Puisse la
Vierge Marie, magnifiquement exaltée dans tant d'hymnes géorgiennes
reçues de la première hymnographie de la Jérusalem
du IVe-Ve siècle, aider ce peuple, très attaché à
son pays et cette Eglise autocéphale enracinée dans une
très ancienne tradition, à revivre pleinement.
Toi, la toison de la sainte Ondée du ciel
Que revêtit le Pasteur des brebis,
Marie, Servante, Mère et Vierge, Ciel des cieux,
Unique pont de Dieu pour son avènement chez les hommes,
Trame vénérable de notre économie,
Dans laquelle, d'une manière ineffable,
Tu tissas le vêtement du Seigneur,
Nous te prions, sainte Reine,
Ne cesse pas d'intercéder pour le salut de nos âmes.
Petit prolongement bibliographique :
Bernadette Martin-Hisard, Christianisme et Eglise dans le monde géorgien,
pp. 549603 du volume Histoire du Christianisme, tome 4, Paris, Desclée,
1993.
Bernard Outtier, Langue et littérature géorgiennes, pp.
261296 du volume Christianismes Orientaux, Paris, Le Cerf, 1993.
Charles Renoux, Hymnographie Liturgique géorgienne I, Paris, Le
Cerf, 2000.
f Athanase
| "INTERNOVICIAT DE SUBIACO" |
L'expression désigne une session de formation qui regroupe chaque
année, pendant huit jours, les novices, postulants et jeunes profès
temporaires des monastères de la congrégation de Subiaco
(Belloc, En Calcat, Fleury, Landévennec, Tournay, La Pierre-qui-Vire
et Chauveroche) ainsi que des bénédictines associées
ou ayant des liens particuliers avec notre congrégation (Dourgne,
Urt, Vénières, BouzylaForêt, Kerbeneat, Prailles,
Saint Thierry, Martigné).
Les thèmes abordés sont les grands fondements de la vie
monastique : règle de saint Benoît ; lectio divina ; combat
spirituel; liturgie, etc.
Cette année, 33 participants - dont 7 maîtres et maîtresses
des novices - ont suivi la session qui se tenait à Sainte Scholastique
de Dourgne du 7 au 14 novembre 2001. Le thème en était :
la Règle de saint Benoît vue sous trois angles différents
:
1) Sur Lazare, de Saint Thierry, dont la compétence en la
matière est bien connue, nous a fait assister à la naissance
des règles monastiques et nous a appris à les lire.
2) Le Père Abbé André-Jean, d'En Calcat, et Mère
Françoise Romaine, ancienne abbesse de Dourgne, ont témoigné
de la façon dont ils avaient vécu la Règle dans leur
charge abbatiale.
3) Tout au long de la session, chaque noviciat a présenté
le "fondateur de sa communauté", ou celui qui en a marqué
les origines. Le but était de voir comment l'esprit de la Règle
pouvait s'incarner dans une époque et un contexte donnés.
Les frères d'En Calcat qui ont suivi la session répondent
ici à quelques questions.
o Après avoir entendu l'enseignement de Sur Lazare, comment
répondriez vous à la question : qu'est ce qu'une règle
monastique ? Comment naît-elle ?
La règle, historiquement, c'est d'abord l'Abbé, celui sous
l'autorité de qui se met soit un jeune moine soit une communauté
fraternelle : c'est lui qui dit comment dans le concret de chaque jour
aller à Dieu ; et c'est cela le rôle d une règle monastique
: donner les moyens concrets, c'est à dire correspondant à
la situation géographique, climatique, ecclésiale, communautaire,
etc.
Quand la communauté dure, il faut assurer une certaine continuité
de ces moyens et l'on met par écrit les usages pratiqués
et reconnus comme utiles pour atteindre le but ; ces usages
sont évidemment dépendants du but et des conditions pratiques
des moines : si les premiers moines avaient pour coutume d'échanger
les règles d'un monastère à l'autre, ils avaient
aussi pour principe d'écrire une règle pour chaque monastère,
chaque règle puisant dans une tradition disponible en fonction
de ses besoins propres.
Q. Il y a donc, dans la littérature monastique ancienne des textes
très divers : des récits de "Vies" ; des textes
de doctrine spirituelle ; des Règles proprement dites. Les liens
entre ces différents textes sont-ils importants pour les comprendre
?
En effet, il est difficile de parler des règles sans évoquer
aussi les autres types de textes de la tradition monastique, qui les complètent
et les éclairent : ainsi les vies de moines (telle la célèbre
Vie d'Antoine par saint Athanase) donnent aux moines un horizon, un exemple
de vie monastique accomplie, qui n'est pas à imiter mais dont le
récit aiguillonne le désir de progresser. Les textes de
doctrine spirituelle donnent sous une forme théorique les grands
axes de la vie spirituelle telle que la conçoit un monachisme particulier
: ainsi par exemple la Vie d'un moine nous dira quelle était son
humilité, et comment il la mettait en pratique ; la doctrine spirituelle
nous enseignera quels sont les divers degrés de l'humilité
; et la règle dira comment dans les conditions particulières
d'un monachisme on vivra cette humilité. Il faut ajouter à
tous ces textes ce qui en est la source : les apophtegmes qui relatent
l'exemple d'une pratique de l'humilité outrée mais qui en
fait comprendre la mesure et le sens.
Pour parler de la Règle de saint Benoît, il faut tenir compte
du fait qu'elle est composée d'une règle proprement dite
(principalement les chapitres 8 à 71) insérée dans
des textes de doctrine spirituelle (par exemple le Prologue, les chapitres
4, 7, 72) qui permettent de comprendre la portée spirituelle de
la Règle et de ne pas la lire comme un règlement.
En pratique, aujourd'hui nous lisons la Règle de saint Benoît
tout entière comme un texte de doctrine spirituelle : elle fixe
les axes de notre vie monastique, mais les usages particuliers de nos
communautés sont consignés dans des coutumiers ou nos Constitutions
qui jouent aujourd'hui le rôle de règle au sens propre du
terme.
Q. La question du "murmure" (des moines qui manifestent leur
mécontentement) revient souvent dans les règles monastiques.
Pourquoi ? En parlent-elles toutes de la même façon ?
L'homme murmure quand il est sollicité dans sa confiance. Les Hébreux
au désert n'ont cessé de murmurer contre Dieu, dans leur
long chemin de libération. On ne commence à devenir moine
que le jour où l'on se surprend à murmurer : signe que l'on
est atteint, touché, affecté. On est alors invité
à la conversion
Il est intéressant de remarquer que les règles monastiques
situent le murmure là où se trouve leur moyen privilégié
de conversion. Au désert, c'est dans l'obéissance et la
relation personnelle du disciple à son Abba. Chez saint Augustin,
c'est à propos de la vie fraternelle, parce qu'elle est pour lui
par excellence, chemin vers Dieu. Chez saint Benoît, c'est partout
!
Q. Vous vous êtes racontés les uns aux autres l'histoire
de vos fondateurs. Qu'est ce que cela vous a apporté?
Chaque monastère devait présenter en une vingtaine de minutes
l'histoire de ses origines. Nous avons réparti ces exposés
tout au long de la session : ils étaient suivis d'un échange
où chacun pouvait réagir librement et donner ses impressions.
Ce fut l'occasion de très bonnes rencontres.
Le fait de nous raconter les uns aux autres l'histoire de nos fondateurs
nous a permis de mieux connaître ce qui marque l'origine de nos
diverses communautés. Pour les "nouveaux", ceux qui participaient
pour la première fois à ce genre de session, ce fut une
véritable découverte. Pour les "anciens" c'était
une façon de connaître par le dedans des communautés
qu'ils avaient peut-être visitées au cours d'un précédent
inter noviciat, mais qu'ils ne connaissaient encore que de façon
superficielle.
Quelle diversité dans les chemins qui ont conduit à la fondation
de chacune de nos communautés ! Et nous avons pu voir combien ces
chemins étaient marqués par leur époque. Mais le
fait de pouvoir échanger ensuite, de vive voix, avec les novices,
le père maître ou la mère maîtresse qui les
avaient présentés, nous permettait de voir comment la communauté
vivait aujourd'hui l'intuition de son fondateur. Il y a des adaptations...
Q. Et en particulier pour ce qui concerne la fondation de Dourgne et
En Calcat ?
Nous avons été heureux de travailler ce sujet pour pouvoir
le présenter à d'autres. C'est un excellent moyen de mieux
connaître ses origines. Nous nous sommes bien impliqués dans
ce travail : chacun exposait une partie de cette histoire des commencements.
Sur Marie Céline intervenant au milieu de nos exposés
pour préciser le rôle de Marie Cronier et parler ensuite
de l'essor de la communauté de Dourgne.
Pour moi, en particulier, j'ai été frappé par les
difficultés de mise en uvre et par l'espérance forte
de nos fondateurs, Dom Romain Banquet et Mère Marie Cronier.
Q. Qu'avez vous retenu de l'enseignement du Père Abbé André-Jean
et de Mère Françoise Romaine ?
Pour essayer de résumer ce qui m'a le plus marqué dans ces
interventions, je retiendrai la réflexion que nous a proposée
le Père Abbé sur le thème de l'altérité.
Il a posé tout d'abord l'écoute et la patience comme chemin
de l'altérité. Il a ensuite évoqué le chemin
personnel, l'itinéraire du désir en chacun de nous. Partant
de l'ouverture du cur et de l'accompagnement, il nous a invités
à méditer sur la confiance, sur l'amour et l'obéissance
mutuelles dans leur interrelation. Et de nous proposer avec foi de fuir
l'oubli du cur de Dieu.
Quant à Mère Françoise Romaine, ce qui m'a le plus
touché dans son intervention, c'est le partage qu'elle nous a fait,
entre autres choses, du secret d'une de ses plus grandes joies d'abbesse
: la réconciliation de deux surs !
J'ai été frappé par l'ouverture et la simplicité
de ces deux intervenants dans leur partage : ce qui constitue peut-être
le plus bel enseignement.
Q. En plus de l'enseignement, il y a eu les rencontres entre vous, et
puis peut-être aussi quelques sorties ?
Avant de nous quitter, Sur Lazare nous a dit : "J'ai apprécié
votre compagnie, car autant vous avez su être attentifs durant mes
cours, autant vous avez su profiter des moments de détente."
Et ils sont importants les moments de détente de l'inter noviciat.
C'est l'occasion de faire connaissance avec les nouveaux visages, de revoir
ceux qui sont déjà embellis d'un capuchon ou d'un voile
flambant neuf ou déjà un peu usé.
Ces moments de détente, ce sont les pauses entre les conférences
qui se déroulent autour d' un copieux petit goûter ainsi
que les repas. Mais il y a aussi le dimanche qui est consacré à
la découverte de la région du monastère qui reçoit
la session. Cette année, nous sommes allés visiter la cité
de Carcassonne ; puis à Prouilhe, nous avons vu la chambre de saint
Dominique, et les dominicaines nous ont chaleureusement reçus pour
le dîner. N'oublions pas de remercier notre Sur Eau qui, parée
de sa blanche robe floconneuse, a eu la gentillesse de nous accompagner
tout au long
de cette après-midi, ce qui ajouta encore de la gaieté dans
nos curs.
Enfin, le dernier jour de la session, ceux qui le désiraient sont
montés à la chapelle saint Ferréol, et ont ainsi
pu admirer le beau tableau que constitue la complicité de nos deux
monastères, bâtis d'un même élan au milieu de
la campagne tarnaise.
Le noviciat
 |
Dans les pages précédentes, vous avez pu lire les lignes
consacrées à la mémoire de notre frère Guy
; j'ai reçu des témoignages de quelques uns d'entre vous
et je les en remercie, car ils m'ont permis de compléter le portrait
que j'ai essayé de retracer. Il faut maintenant continuer la route
entreprise et ainsi balisée.
Par ailleurs sont arrivées plusieurs informations de diverses oblatures
dont je vous fais part dans le cas où elles pourraient intéresser
l'un ou l'autre d'entre vous :
1) D'abord, par ordre chronologique, le bureau du SOB fait savoir que
le comité diocésain GVE (Groupement de Vie Evangélique)
de Paris invite à "découvrir l'oblature bénédictine"
à la date du Dimanche 7 avril 2002 au Prieuré Sainte Bathilde,
7 rue d'Issy, 92170 Vanves (Tél. 01 46 42 46 20). La journée
commence par l'accueil à 9h30 et l'Eucharistie à 10h30 ;
puis repas (tiré du sac), l'office du milieu du jour à 14h
suivi des conférences portant sur saint Benoît, sa Règle,
son message et l'oblature ; Vêpres à 17h30.
2) Les 14 et 15 juin 2002 aura lieu la 30e Rencontre du Groupe de réflexion
et d'étude dénommé "l'Aventure" longtemps
animé par le P. Saget de l'abbaye de Clervaux ; elle se tiendra
au monastère Notre-Dame d'Hurtebise, B. 6870 Saint-Hubert, Belgique.
Les thèmes annoncés sont :
- "Un nouveau millénaire, des forces neuves pour l'Evangile".
Sujet 1 Une lecture parallèle de la Règle de saint Benoît
et de la lettre apostolique.
- "Au début du nouveau millénaire", par Jean-Paul
II, avec Aude Thiriet, oblate de Jouarre. Sujet 2 Comment mettre en uvre
les appels de cette Lettre, avec Anne-Marie Batt, oblate de Clervaux.
3) Les 22 et 23 juin 2002 se tiendra à l'abbaye de La Rochette
la rencontre Sud-Oblats animée par le P. Philippe (moine cistercien
de Tamié). Cette abbaye se trouve en Savoie, à Belmont Tramonet.
Les personnes qui désirent y participer pourront, pendant la retraite
à En Calcat, retirer un coupon d'inscription qui précise
les moyens d'accès, à adresser à :
Sur Hôtelière, Abbaye de La Rochette
73330 Belmont Tramonet (Tél. 04 76 37 05 10).
Informations
Rappel des dates retenues pour les retraites et réunions d'oblats
de 2002 à En Calcat :
18-19-20 mars : Première Retraite
12-13-14 juillet : Journées Bénédictines
18-19-20 octobre : Deuxième Retraite (identique)
Nous recommandons à vos prières deux oblates décédées
au cours de l'année écoulée 2001 :
- Mlle Yvonne Rimailho, de Toulouse, décédée en août
2001 à l'âge de 84 ans ; elle était oblate de l'abbaye
depuis 1946.
- Mlle Angèle Raffi, décédée en septembre
2001, à l'âge de 91 ans ; elle était oblate de l'abbaye
depuis 1956.
La Messe sera célébrée à leur intention au
cours de notre prochaine rencontre qui se tiendra à l'abbaye les
18 et 19 mars 2002 pour la première retraite.
A tous, bonne Semaine Sainte et joyeuse fête de Pâques !
f. Marie-Bernard
OCTOBRE 2001
01. Le Fr. Daniel se rend à Bouvine près de Lille pour rejoindre
un groupe de méditation, à l'invitation d'un professeur
de yoga indien qui compte de nombreux disciples en occident, T.K.V. Desikachar.
La rencontre et le partage d'expériences furent chaleureux et féconds.
L'auditoire de 140 personnes, enseignants et pratiquants le yoga, furent
très touchés de cette rencontre.
02. Le Fr. Anselme revient de Paris où il a été
invité pour représenter la communauté à une
réunion d'Oïkocrédit, société coopérative
cuménique de développement. Les nombreux membres de
cette société dont le siège est à Amsterdam
sont préoccupés d'être solidaires, y compris financièrement,
des activités créatrices d'emploi, ou de logement social
ou de protection de l'environnement. Ils se veulent acteurs d'une économie
solidaire capable de rendre à l'argent sa fonction première
: être au service de l'homme.
04. dans le même ordre d'idées, le Fr. Olivier revient d'une
réunion de plusieurs associations réfléchissant sur
la précarité. Il nous rend compte aussi de notre adhésion
à "Agir ici", une association qui vise à agir
sur les opinions publiques en vue d'un développement solidaire
du Nord et du Sud.
06. Le Fr. Athanase rentre de Géorgie et d'Arménie où
il poursuit des travaux de recherche. Il nous peint malheureusement un
tableau très sombre de la situation économique de ces pays
minés par la corruption. Du point de vue religieux, malgré
le grand succès du voyage du pape, l'unité n'est sûrement
pas pour demain.
08. Le Fr. Guy s'affaiblit régulièrement, même si
ses douleurs ont diminué sous l'effet du traitement.
Le Père Abbé est revenu d'une réunion de supérieurs
majeurs à Chevilly la Rue. Il est difficile de persuader Rome que
ces réunions devraient être ouvertes aux supérieures,
majeures elles aussi. - Le Père Abbé de Ganagobie est désormais
le président de la Conférence Monastique de France, celui
de Saint-Benoît sur Loire restant le président du STIM (studium
inter monastique).
11. Le Fr. Marie-Bernard nous parle du Bec-Hellouin où il vient
de prêcher la retraite des Surs bénédictines
olivétaines. - Retour heureux du Fr. Marie-rançois après
avoir complété sa convalescence par un séjour en
famille.
13. Les Fr. Alain, David et Emmanuel reviennent d'une session de chant
à Kergonan. Beau pays, communauté très vivante, excellent
accueil. Ils ont travaillé sur le nouvel antiphonaire grégorien.
On a découvert que beaucoup de si bécarres, dans l'ancien,
sont une invention du P. Gajard. On va les supprimer ainsi que les points
et les épisèmes. On vise, par là, à rendre
au grégorien son dynamisme originel.
Le Fr. Guy est de plus en plus fatigué.
18. Le Père Abbé est rentré de Belloc où
il est allé faire la "visite canonique".
Le Fr. Olric est revenu enthousiasmé d'une réunion interreligieuse
(Musulmans, Juifs, Catholiques et Protestants) pour la paix, à
Mazamet. Un vrai moment d'espérance.
Le Fr. Emmanuel a participé à l'Assemblée Générale
des libraires Siloé. Le P. Dupleix y a fait une journée
de formation sur le catéchuménat.
20. Email du Fr. Jean-Luc, actuellement à Bouaké. Il nous
confirme la bonne arrivée du Fr. Jean Decoville et le bon déroulement
des deux professions solennelles qui viennent d'avoir lieu.
Les Fr. Alain et Emmanuel se rendent à Bordeaux pour l'ordination
de Mgr Silouane (roumain orthodoxe, auxiliaire du métropolite Josef).
Ils y rencontreront Mgr Josef et Mgr Serafim.
23. Le Fr. Irénée nous présente le programme élaboré,
pour 2002, par la commission chargée de notre "formation permanente".
C'est la guérison qui fournira le thème d'ensemble. Il y
aura quatre sessions. Les trois premières seront animées
par les PP. Galigné, Debergé et Rieux, de l'Institut Catholique
de Toulouse. La quatrième réunira divers "témoins"
qualifiés pour parler de la guérison.
Il se trouve d'ailleurs que, cette semaine, a lieu, chez nous, sous la
direction du Fr. Albert, une session
réunissant les Frères et Surs infirmiers/ères
des communautés monastiques qui ont voulu s'y inscrire. Il y aura
vingt-trois participants, dont des cisterciens et des moines de la Congrégation
de Solesmes. Beaucoup d'infirmiers n'ont pas eu d'expérience médicale
avant leur entrée au monastère. Il y aura une importante
intervention du Dr de Bataille qui exerce à Rangueil et est un
remarquable gérontologue.
25. Le Fr. Guy est mort ce soir à 19h, dans sa chambre de notre
infirmerie. Né en 1932, il était entré dans notre
alumnat en 1943. Puis il avait suivi, pendant quelques années,
la carrière militaire avant d'entrer au noviciat en 1959. Il était
prêtre depuis 1970 et son décès laisse un grand vide.
Ce même soir, nous recevons au chapitre le P. Wladimir, abbé
de Lérins, qui participe à la session des infirmiers/ères
organisée cette semaine. Il nous parle de sa communauté,
37 moines si l'on compte les 5 de Sénanque et 5 autres dans une
fondation en Italie. Le 16e centenaire de la fondation de Lérins
aura lieu en 2005 et sera l'occasion de publier les textes anciens jusqu'ici
non traduits en français.
26. Le Père Abbé étant rentré de Belloc,
nous pouvons évoquer ensemble la personnalité du Fr. Guy,
échanger les souvenirs les plus marquants que nous gardons de lui.
On parlera beaucoup de son sourire, de son enthousiasme pour la liturgie,
de son amour de la montagne, des diverses activités qui furent
les siennes. Par ailleurs, nous recevons déjà beaucoup de
fax qui nous disent, chacun à sa manière, qu'on aimait le
rencontrer. Ses obsèques auront lieu demain.
NOVEMBRE
03. Le P. Wladimir, moine de Tyniec (Pologne), nous envoie trois exemplaires,
en polonais, du livre du Fr. Bertrand Rollin sur la Règle de saint
Benoît.
05. Le P. Marc (Barroux), archiviste de sa communauté fait chez
nous un séjour de quelques jours et nous donne des nouvelles. -
Le Fr. Michel Marie revient d'une journée à Jeunesse Lumière
où il continue d'apporter son aide. Il y constate beaucoup de dynamisme.
06. Une session inter noviciats commence demain à Sainte Scholastique.
Malgré une hospitalisation qui doit encore durer quelques jours,
le Fr. André est en assez bonne forme.
Installation à la porterie d'un système d'alarme avec vidéo.
Nous recevons assez souvent des "visiteurs" indésirables
07. Le Fr. Michel-Marie (maître des novices) nous assure que la
session inter noviciats se passe très bien,
grâce en particulier aux apports de l'infatigable Sr Lazare (de
Saint-Thierry).
12. Le Fr. Jérôme revient de Notre-Dame d'Orient où
il a prêché la retraite.
Nous allons nous interroger ces jours-ci, au chapitre, sur la priorité
que nous entendons donner aux divers chantiers qui se présentent
comme des nécessités pour les années qui viennent,
mais qui ne peuvent être entrepris que l'un après l'autre.
Mise au propre de l'église ? Amélioration de notre hôtellerie
intérieure ? Création d'une structure d'accueil pour les
groupes de jeunes ?
17. Le Fr. François qui nous a rejoints après de nombreuses
années d'enseignement à Lyon, nous parle des Dominicains
chez qui il a résidé à Lyon (place Gailleton), et
de la vie théologique particulièrement vivante en cette
ville et sa région.
20. Le P. Zacharie, ami africain de Ludwig Pechen, nous passe un film
aux images très fortes qui témoigne des événements
dramatiques qui se sont déroulés au Burundi et auxquels
il a été directement mêlé avec les jeunes dont
il s'occupait et dont beaucoup ont été massacrés.
Nous accueillons aussi nos amis de Germagno et notamment le Fr. Angelo
qui va faire chez nous un stage prolongé de formation monastique.
Nous apprendrons à le connaître, mais le Fr. Serafino, que
nous avons le plaisir de revoir, nous explique sa situation actuelle d'étudiant
à Novare (à 70 km) : belle expérience de contact
avec le diocèse, mais absence de trois jours par semaine.
21. Le Fr. Jean-Baptiste va passer les mois d'hiver chez les Surs
de Blan (à quelques kilomètres), comme aumônier auprès
des Surs et, surtout, des personnes qu'elles accueillent.
22. Le Fr. Paul-Marie nous rend compte de la réunion festive à
laquelle il a participé, à Castres, pour le 20e "Ensemble"
: 250 personnes d'origines très diversifiées. Très
bonnes ambiance et organisation.
24. Le Fr. Daniel participe à une réunion cuménique
à Albi. Le Fr. Athanase doit s'absenter pour un colloque à
l'occasion du 17e centenaire de l'adoption du christianisme par l'Arménie.
- Le Fr. André doit de nouveau être hospitalisé.
27. Le Fr. Marie-Bernard se rend à Dzogbégan pour le 40e
anniversaire de la fondation. Il ne reviendra qu'après Noël
et le Nouvel An.
Arrivé de Montserrat (Espagne), le Fr. Christian, de Dzogbégan,
nous parle de son expérience là-bas où il doit apprendre
le catalan pour suivre les offices et où il se forme comme maître
de chant. Il nous raconte une visite enneigée à Poblet.
29. Au nom de la communauté, le Fr. Daniel, notre prieur, remercie
chaleureusement le Père Abbé à l'occasion du cinquième
anniversaire de son élection.
DÉCEMBRE
0410. Nos réunions du soir sont principalement occupées
par la discussion (cf. supra) sur ce qui nous semble prioritaire dans
les perspectives de travaux qui se présentent à nous.
Dans le même temps s'opère une réorganisation du travail
de la cuisine. Le Fr. Silouane en garde la direction, mais le médecin
demande à ce qu'il soit déchargé autant que possible
de la manutention. Il s'occupera donc moins de la cuisine et prendra,
à la comptabilité, une partie du travail du P. Xavier.
11. Des vux arrivent déjà d'un peu partout. Nous
recevons, de Mgr Andrei (Roumanie) un exemplaire de la semaine religieuse
qui évoque le séjour ici, cet été, d'Aurelian
et de Cosmin. C'est un lien précieux d'amitié qui s'établit
entre notre communauté et ce diocèse orthodoxe pour une
meilleure connaissance mutuelle de nos Eglises.
18. Le noviciat a préparé une crèche très
originale où Jésus naît sur la lune, "au clair
de la terre". Le tout est accompagné d'un texte (non signé)
de Nicolas, postulant. Génération marquée par le
film "2001, odyssée de l'espace" sans doute
19. Passage éclair du P. Thierry qui doit rejoindre Rome dès
demain.
22. Ludwig Peschen, Père Blanc, prolonge son année sabbatique
sous la forme d'un "temps de probation".
Les vux nombreux qui arrivent pour Noël évoquent très
souvent le souvenir du Fr. Guy, sa présence efficace et discrète
auprès de ceux qui lui demandaient conseil.
24. Nos Surs de Sainte Scholastique nous offrent, pour Noël,
une magnifique chasuble accompagnée de plusieurs feuilles chargées
de signatures et de réflexions.
27. Lettre du Fr. Jean-Luc, actuellement à Bouaké et qui
prévoit d'être ici fin janvier avec le Fr. Hermann, prieur
de ce monastère.
29. Rehospitalisation du Fr. André (c'est la troisième
fois en peu de temps) pour la fragilité de ses os.
Passage du Fr. Bernard de La Pierre-Qui-Vire. L'élection prochaine
d'un nouveau Père Abbé constitue un moment important de
la vie communautaire et une raison supplémentaire de nous sentir
proches, dans la prière, de cette communauté dont la nôtre
est issue.
30. Comme c'est la tradition, nous recevons nos voisins, nombreux à
venir, pour un apéritif de "bonne année"
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