Retour

 

Fujimura, 30 ans, Eiheiji,
accueilli à l'abbaye Madonna della Scala, Noci.

 


La raison pour laquelle j'ai décidé de participer à l'Echange est qu'il y a cinq ans un moine européen a visité Eiheiji. A la fin de son séjour, il y eut une réunion informelle et nous avons discuté sur la différence entre nos deux modes de monachisme - la stabilité à vie du moine occidental et la formation relativement courte que nous suivons. Cela excita ma curiosité. Je me posais des questions au sujet d'un monastère qui assurait une place à un moine qui y restait toute sa vie. Dans la tradition du Soto, environ 100 moines entrent dans des monastères de formation chaque année. La moitié environ quitte au bout d'un an, et la plupart retournent à leur temple après 5 ans. Ceci était donc une occasion unique pour moi de voir ce qu'était un monachisme à vie.


Je partage les impressions que d'autres ont éprouvées mais j'aimerais ajouter que j'ai été impressionné par l'intense curiosité des moines au sujet de la doctrine et du style de vie du bouddhisme. J'ai aussi été impressionné par leur curiosité intellectuelle en général et la profondeur et l'étendue de leurs études. Dans tous les monastères que nous avons visités, il y avait de grandes bibliothèques. A Santa Croce à Rome, quatre parties importantes du complexe monastique étaient mentionnées, l'une d'entre elles était la bibliothèque qui contenait des livres sur une grande variété de sujets.
Comme les autres l'ont dit, c'est surtout l'hospitalité qui était remarquable, non seulement envers nous mais envers tous les hôtes. Quand je suis arrivé au monastère, j'étais assez tendu et ma gorge était serrée. Les moines m'offrirent immédiatement du sirop et du lait chaud. Il me semble que cette attitude d'hospitalité et de sollicitude n'est pas essentiellement religieuse, elle est fondamentalement humaine. Quand je retournerai au Japon, je prendrai en charge le temple familial et, comme prêtre, j'aurai à traiter avec les gens. Je voudrais mettre en pratique ce que j'ai observé au monastère de Noci, et par ma façon d'être, je voudrais communiquer cette attitude à d'autres.
L'expérience de vivre la vie monastique a été très précieuse. Quand on discute du bouddhisme et du christianisme au niveau doctrinal, le point de départ est différent et l'on s'englue dans les nombreux détails différents. Mais quand on creuse plus profond, on découvre que le but de la vie monastique est le même partout : promouvoir l'harmonie et la paix dans toute l'humanité. Nos méthodes peuvent être différentes : la prière pour les chrétiens, la méditation pour le zen. Mais partout le propos fondamental est le même. Je suis reconnaissant d'avoir pu voir par moi-même comment il s'incarne dans un monastère chrétien.
Les conflits religieux reposent sur des malentendus. C'est pour cette raison que le Programme d'Echange Spirituel est une merveilleuse occasion d'approfondir la compréhension et de diminuer les conflits. Au moins à un niveau individuel, les moines participant à ce programme peuvent arriver à certaines réponses personnelles à leurs questions, et à partir de cette base, il ne peut résulter qu'une plus grande compréhension mutuelle.
La question qui m'avait amené ici était celle de la vocation à vie en opposition à la conception de séminaire du monastère zen. Je ne suis pas arrivé à une conclusion définitive, mais ce séjour a été un vrai bienfait. Le monastère zen n'est pas une vocation à vie. Son but est de poser une base solide pour la vie spirituelle après le temps au monastère. Je devrai donc créer ma propre vie spirituelle après ma formation et pour cela l'expérience que j'ai vécue ici me sera très précieuse.



Retour