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Je suis venu parce qu'il y a une section internationale à Eiheiji
et que les autorités de cette section m'ont encouragé à
participer. Comme je ne suis pas très fort en langues et que je
n'ai pas une grande formation, je pensais que le programme n'était
pas pour moi, mais le chef de la section a insisté pour que je
vienne. J'ai fait ce que j'ai pu, même si ce n'était pas
grand chose. Malgré ces limites, j'espère que ce que j'y
ai acquis répond à votre attente.
A vrai dire, quand je suis arrivé, je n'étais pas sûr
de ce que je pourrais accomplir. Comme vous le savez - et que Hozumi Roshi
l'a expliqué hier - dans la tradition Soto il est courant que les
moines soient nés dans une famille liée à un temple,
et l'ordination signifie aussi la reprise du temple de la famille. Ceci
est un peu contradictoire car le mot japonais pour " ordination "
signifie littéralement " quitter sa maison ". Evidemment,
le parcours pour devenir prêtre inclut la vie monastique et la pratique
du zazen, ainsi que tout ce que peut apporter cette expérience
avant de retourner au temple de la famille. Je suis moi-même tout
simplement un produit de ce système.
Comme d'autres l'ont souligné, j'ai senti que l'accueil venait
du cur. Tout fut fait pour que nous nous sentions chez nous et considérés
comme des compagnons dans la pratique religieuse. Hier on a beaucoup parlé
de la hiérarchie et de la sévérité dans la
vie monastique zen. A Eiheiji une espèce de brimade physique fait
partie de la formation : comme dans d'autres monastères zen, la
rigueur de la vie monastique revêt souvent une sorte de militarisme.
Ce n'est que récemment que nous avons pris conscience que cette
approche était erronée et nous nous traitons maintenant
d'avantage comme des frères et des compagnons dans le Dharma que
comme des rivaux.
Eiheiji, comme d'autres monastères zen, est une institution pour
la formation. Comme il est nécessaire de condenser autant de formation
que possible en un court laps de temps, les méthodes physiques
sont utilisées pour intensifier la formation. Comme c'est cette
approche musclée de la formation monastique que j'avais expérimentée,
je n'avais jamais rencontré quelqu'un qui était entré
dans la vie monastique avec l'intention d'y demeurer pour la vie. Je n'avais
donc aucune idée de ce que ce style de vie représentait.
J'étais donc à Noci et, comme on peut s'y attendre d'un
monastère dans le sud, le mode de vie y était un peu plus
détendu. D'après les règles de la tradition de Soto,
on dit aux nouveaux moines qu'ils doivent s'harmoniser avec le groupe
- entrer dans l'eau comme du lait, pas comme de l'huile. Ma seule expérience
de vie monastique avant le programme d'Echange était la vie à
Eiheiji, mais je dois dire que c'est à Noci que j'ai expérimenté
pour la première fois cet idéal d'harmonie. Bien sûr,
il y a des raisons pour lesquelles Eiheiji n'est pas comme Noci ! La durée
du séjour dans un monastère zen est limitée, dans
un monastère chrétien elle est pour la vie entière.
Mais mon expérience à Noci me restera pour la vie.
Pendant que j'étais à Noci, les moines nous emmenèrent
à différents endroits dans les environs pour nous faire
voir la région. Je me souviens surtout d'une excursion à
Bari. Un des moines m'emmena à sa maison familiale et notre visite
fut très agréable. Nous allâmes aussi voir une nouvelle
église située près de la maison familiale de ce moine.
L'église accueille des enfants de la ville qui pour une raison
quelconque ne peuvent rester chez eux ou ont perdu leurs parents. C'était
la première fois que je voyais une institution religieuse locale
engagée dans ce genre d'activité sociale. A proprement parler,
il ne s'agit pas d'une expérience que j'ai faite au monastère,
mais j'ai été frappé par le fait qu'un moine originaire
de Bari puisse retourner dans sa ville natale et y participer à
une activité de l'église, y contribuant à sa manière
tout en restant un moine " à plein temps ".
Ceci est le neuvième Echange Spirituel, mais pour moi c'est le
premier. La chose la plus simple que je pourrai faire en rentrant à
Eiheiji, ce sera de communiquer à mes amis ce que j'ai expérimenté
ici. Pour moi comme pratiquant du zen, la chose la plus importante c'est
" ici " et c'est " maintenant ". Aussi quand j'ai
pénétré dans un monastère catholique, j'ai
essayé d'oublier que j'étais un moine zen, j'ai été
tout simplement là. J'ai noté mes impressions, mes pensées,
mes souvenirs et j'ai pris des photos. J'espère partager tout ceci
avec mes compagnons moines à Eiheiji.
Comme je l'ai dit, je me demandais pourquoi on me proposait de prendre
part à ce programme. Je ne parle pas de langues étrangères
et ma formation n'est pas très poussée. Mais vraiment, il
n'y a personne dans la tradition Soto qui ait tellement de compréhension
du processus du dialogue est-ouest. Je suis un simple moine zen et mon
séjour dans un monastère catholique a de la valeur en ce
sens que j'ai passé dix jours en essayant de vivre dans l'instant,
" juste ici ", " juste maintenant ". Mais je ne crois
pas que mon expérience s'arrêtera ici et maintenant. Ce que
je ferai dans l'avenir aura aussi son importance - et cela implique de
communiquer aux autres ce que j'ai expérimenté. Ceci a été
mon premier échange mais je ne crois pas que ce sera le dernier.
A 26 ans, je suis probablement le plus jeune dans cette pièce.
Je ne veux pas insister sur les avantages de la jeunesse - Soeur Kodaka
sera vexée si je le fais - mais même si je ne vis que jusqu'à
76 ans - la moyenne de vie pour un Japonais - j'ai encore 50 bonnes années
devant moi.
Ainsi donc, aux moines de Noci et aux organisateurs qui ont rendu ce programme
possible, j'exprime mes profonds remerciements.
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