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Sokyu Kodaka, 78 ans, |
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| J'ai été 'ordonnée' à 55 ans,
après la mort de mon mari. Je ne suis pas devenue religieuse parce
que j'avais un sentiment religieux particulièrement fort, ou bien
pour prier pour la paix de l'âme de mon mari. Non, la raison en est
que j'avais pratiqué pendant des années la cérémonie
du thé et que j'avais entendu parler du lien profond entre le thé
et le zen. Aussi, après la mort de mon mari, ai-je suivi pendant
quatre ans les cours à une Université Rinzai à Kyoto.
Après mes études universitaires, j'ai senti que je ne pourrais
pas vraiment comprendre le Zen par l'étude seule. Le prêtre
qui m'avait 'ordonnée' refusa cependant de me laisser aller dans
un monastère, et je suis passée à une autre tradition
du bouddhisme zen. J'avais 62 ans à l'époque et me trouvais entourée de moines en formation qui avaient l'âge de mes petit-fils. La vie était si dure que je pleurais tous les jours. Pendant deux ans j'ai peiné sur le koan " Quel est le son du battement d'une main ". Je perdis 15 kilos. Après avoir quitté le monastère, je décidai de reprendre mes études à l'Hanazono et j'ai maintenant entamé le programme des études zen. C'est le président de l'université qui a insisté pour que je participe à ce programme d'Echange Spirituel. J'ai d'abord refusé parce que je pensais que je serais un poids à cause de mon âge, mais il a fort insisté et je m'y suis donc décidée. J'ai séjourné dans un monastère d'Italie du nord qui paraissait un paradis. L'Abbesse était une personne très intelligente et très belle et toutes les surs me paraissaient des anges. La chose la plus importante dans la cérémonie du thé est d'être très conscient de ce qui vous entoure, ainsi que des invités. Dans le zen le plus important est de devenir un avec ce que l'on fait, de devenir pleinement présent et conscient. J'ai tâché de maintenir cet état d'esprit dans le couvent. Comme j'avais fréquenté l'école d'un couvent catholique au Japon quand j'étais jeune, je me sentais à l'aise avec les surs. Quand je suis arrivée au monastère, l'Abbesse a mis mon réveil sur 4h.20. Les Vigiles commençaient à 4h.40. Quand je suis arrivée à l'église, l'Abbesse était déjà là, en prière. Deux jours avant de quitter le monastère, j'ai compris que l'Abbesse se levait avant 4h.20 et se rendait à l'église pour prier. Je décidai donc le dernier jour de régler mon réveil sur 4h et de me rendre rapidement à l'église - mais l'Abbesse était déjà là. Les Laudes étaient à 7h.00, le déjeuner à 8h.30, suivi du travail jusqu'à 12h.30. Le travail des Surs consistait à raccommoder des vêtements d'église et je les aidais. Au Japon nous avons toujours un thé à 10h.00, mais là les Surs travaillaient sans interruption. J'ai découvert que de coudre pendant trois heures et demie était un véritable entraînement pour moi. A 12h.40 il y avait un autre moment de prière, et ensuite le repas à 1h.00. L'Abbesse m'encourageait à faire une sieste avant les prières à 2h.40, mais c'était le seul moment où je pouvais tenir mon journal. A 5h.00 il y avait encore un temps de prière, suivi de l'étude de la Bible et de répétitions de chant. Il y avait un moment de récréation le soir au cours duquel l'Abbesse donnait aux Surs les nouvelles du jour. Tout en écoutant, elles cousaient ou tricotaient. Finalement après Complies, l'Abbesse bénissait toutes les surs. Le chant choral des surs était très beau et en grand contraste avec notre manière de chanter les sutras. A la fin de mon séjour, j'ai fait une cérémonie du thé pour les surs. Comme je n'avais pas assez de bols, je leur ai demandé d'apporter des tasses et servis le thé dans leurs tasses à café. Je leur ai laissé mon service à thé, mais il ne sera probablement pas utilisé avant que je retourne là-bas. Une chose qui m'a vraiment marquée, c'est l'attention des surs à mon endroit. Au choeur par exemple, la Soeur à côté de moi s'assurait toujours que j'étais à la bonne page dans mon livre. Elles exprimaient parfaitement le souci pour l'invité que j'avais appris dans la cérémonie du thé. A l'université, je croyais toujours que je devais faire plus d'efforts que les jeunes et je ressentais une énorme tension. Mais pendant mon séjour au monastère, toute cette tension a disparu. J'ai appris la reconnaissance au monastère. En retour j'aimerais offrir ma place au Japon à quelqu'un qui voudrait expérimenter la pratique du Zen. Je ferai tout ce que je pourrai pour leur faciliter la pratique et leur y rendre le séjour possible. |
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