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J'ai été élevé en Amérique comme catholique
et je trouvais de plus en plus que rien de ce qui donne habituellement
un sens à la vie des gens (travail, famille, etc.) ne semblait
avoir de sens pour moi. Mon église paroissiale ne m'apportait pas
un grand soutien spirituel. Je voyais bien que j'avais plus de doute que
de foi, et que sans la foi je ne pouvais pas avoir de vie spirituelle.
C'est alors que je rencontrai un maître Zen qui m'impressionna profondément
et je découvris que le bouddhisme soutenait mon doute, m'invitant
à demeurer avec lui, m'offrant aussi un entraînement spécifique.
Je suis allé au Japon et je me suis impliqué dans le bouddhisme
Zen, mais plus j'approfondissais le bouddhisme Zen et plus le christianisme
et le catholicisme m'intéressaient. Lors de visites aux Etats-Unis,
je visitais des monastères chrétiens. Le Programme d'Echange
Spirituel a été ma première occasion de faire un
plus long séjour dans un monastère chrétien et je
fus particulièrement heureux de le faire en Italie où la
tradition monastique est si vivante.
Je fus moi aussi profondément impressionné par le sens de
l'harmonie et de la communauté qui existe à Camaldoli. Cette
harmonie contrastait avec l'atmosphère parfois pleine de controverses
que j'avais trouvée dans les monastères Zen en Occident.
Ce n'est pas le cas au Japon. Là la culture insiste sur l'harmonie
de groupe et il n'est pas nécessaire d'insister tellement sur ce
point dans les monastères. Cela fait tout simplement partie de
la culture. Les sociétés qui insistent sur l'individualisme
ont bien du mal avec les groupes : les supérieurs deviennent des
tyrans de la discipline et les autres, des rebelles. C'était donc
très impressionnant de découvrir cette harmonie d'ensemble
à Camaldoli.
En tant qu'Américain qui a été accueilli au Japon
depuis près de 35 ans, je voudrais aborder la troisième
question du point de vue de ce que le monachisme chrétien peut
apporter à la culture monastique bouddhiste non au Japon, mais
bien à l'Ouest. Si le bouddhisme perd son côté contemplatif,
il mourra. Il doit développer la vie monastique en Occident. La
tendance Zen en Occident est d'être une tradition laïque. Mais
je ne peux pas envisager une tradition contemplative qui ne soit pas enracinée
dans la vie monastique. Si donc la méditation bouddhiste doit continuer,
nous devrons développer une structure monastique en Occident. Les
traditions monastiques qui se sont développées en Asie ne
conviennent pas à l'Occident. L'Occident a une culture différente,
une autre conception de l'individu. Le monachisme bouddhiste devra étudier
de près les caractéristiques du monachisme occidental et
tâcher de les appliquer d'une manière qui ne sacrifie pas
cet élément important de la vie spirituelle bouddhiste.
Qu'est-ce que le bouddhisme peut apporter au christianisme ? Le Prieur
Général des Camaldules disait que la vocation contemplative
est l'expression d'une dynamique humaine qui précède toutes
les religions ; le but de la vie monastique est de créer un vide
qui permette d'être ouvert à la présence de Dieu.
Cette référence à un vide et à une présence
m'a particulièrement impressionné. Le bouddhisme a beaucoup
à dire sur ces deux éléments. Dans la règle
de Saint Romuald, j'ai été impressionné par ses conseils
: " Veille sur tes pensées " et " Contente-toi de
rester assis dans ta cellule ". Le bouddhisme a aussi beaucoup à
dire sur la mort à soi-même et il le fait d'une manière
très organisée et systématique, offrant une méthode
où le processus est ramené à ses plus simples éléments.
Je ne sais pas si le bouddhisme a beaucoup à apporter à
la spiritualité chrétienne, mais il peut offrir des méthodes
spirituelles, et une plus grande variété de méthodes
est toujours un avantage.
Le Zen en Occident peut apprendre quelque chose de l'architecture même
du monachisme catholique. Je trouve qu'il y a un soutien extrêmement
favorable dans la construction en pierre d'un monastère catholique
et dans l'atmosphère que ceci crée : on s'y sent puissamment
soutenu dans sa recherche spirituelle.
Il est important de ne jamais rien exagérer. Je doute que le bouddhisme
américain ou européen tire profit de la construction de
basiliques. Il devrait trouver une voie intermédiaire.
En ce qui concerne la question de l'égalité et de la fraternité,
je trouve que la société japonaise a tendance à être
très hiérarchisée, mais non rigide. La hiérarchie
est quelque chose de si essentiel dans la culture que les gens s'y meuvent
à l'aise. A Camaldoli, j'ai vu l'Abbé sortir les poubelles
avec le plus humble membre de la communauté. Ce sens de la fraternité
dans un monastère catholique est aussi quelque chose à quoi
nous devrions réfléchir.
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