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Yuho Shaku (Thomas Kirchner), 53 ans,
Université Hanazono, Kyoto,
accueilli au Sacro Eremo de Camaldoli.

 


J'ai été élevé en Amérique comme catholique et je trouvais de plus en plus que rien de ce qui donne habituellement un sens à la vie des gens (travail, famille, etc.) ne semblait avoir de sens pour moi. Mon église paroissiale ne m'apportait pas un grand soutien spirituel. Je voyais bien que j'avais plus de doute que de foi, et que sans la foi je ne pouvais pas avoir de vie spirituelle. C'est alors que je rencontrai un maître Zen qui m'impressionna profondément et je découvris que le bouddhisme soutenait mon doute, m'invitant à demeurer avec lui, m'offrant aussi un entraînement spécifique.
Je suis allé au Japon et je me suis impliqué dans le bouddhisme Zen, mais plus j'approfondissais le bouddhisme Zen et plus le christianisme et le catholicisme m'intéressaient. Lors de visites aux Etats-Unis, je visitais des monastères chrétiens. Le Programme d'Echange Spirituel a été ma première occasion de faire un plus long séjour dans un monastère chrétien et je fus particulièrement heureux de le faire en Italie où la tradition monastique est si vivante.
Je fus moi aussi profondément impressionné par le sens de l'harmonie et de la communauté qui existe à Camaldoli. Cette harmonie contrastait avec l'atmosphère parfois pleine de controverses que j'avais trouvée dans les monastères Zen en Occident. Ce n'est pas le cas au Japon. Là la culture insiste sur l'harmonie de groupe et il n'est pas nécessaire d'insister tellement sur ce point dans les monastères. Cela fait tout simplement partie de la culture. Les sociétés qui insistent sur l'individualisme ont bien du mal avec les groupes : les supérieurs deviennent des tyrans de la discipline et les autres, des rebelles. C'était donc très impressionnant de découvrir cette harmonie d'ensemble à Camaldoli.
En tant qu'Américain qui a été accueilli au Japon depuis près de 35 ans, je voudrais aborder la troisième question du point de vue de ce que le monachisme chrétien peut apporter à la culture monastique bouddhiste non au Japon, mais bien à l'Ouest. Si le bouddhisme perd son côté contemplatif, il mourra. Il doit développer la vie monastique en Occident. La tendance Zen en Occident est d'être une tradition laïque. Mais je ne peux pas envisager une tradition contemplative qui ne soit pas enracinée dans la vie monastique. Si donc la méditation bouddhiste doit continuer, nous devrons développer une structure monastique en Occident. Les traditions monastiques qui se sont développées en Asie ne conviennent pas à l'Occident. L'Occident a une culture différente, une autre conception de l'individu. Le monachisme bouddhiste devra étudier de près les caractéristiques du monachisme occidental et tâcher de les appliquer d'une manière qui ne sacrifie pas cet élément important de la vie spirituelle bouddhiste.
Qu'est-ce que le bouddhisme peut apporter au christianisme ? Le Prieur Général des Camaldules disait que la vocation contemplative est l'expression d'une dynamique humaine qui précède toutes les religions ; le but de la vie monastique est de créer un vide qui permette d'être ouvert à la présence de Dieu. Cette référence à un vide et à une présence m'a particulièrement impressionné. Le bouddhisme a beaucoup à dire sur ces deux éléments. Dans la règle de Saint Romuald, j'ai été impressionné par ses conseils : " Veille sur tes pensées " et " Contente-toi de rester assis dans ta cellule ". Le bouddhisme a aussi beaucoup à dire sur la mort à soi-même et il le fait d'une manière très organisée et systématique, offrant une méthode où le processus est ramené à ses plus simples éléments. Je ne sais pas si le bouddhisme a beaucoup à apporter à la spiritualité chrétienne, mais il peut offrir des méthodes spirituelles, et une plus grande variété de méthodes est toujours un avantage.
Le Zen en Occident peut apprendre quelque chose de l'architecture même du monachisme catholique. Je trouve qu'il y a un soutien extrêmement favorable dans la construction en pierre d'un monastère catholique et dans l'atmosphère que ceci crée : on s'y sent puissamment soutenu dans sa recherche spirituelle.
Il est important de ne jamais rien exagérer. Je doute que le bouddhisme américain ou européen tire profit de la construction de basiliques. Il devrait trouver une voie intermédiaire.
En ce qui concerne la question de l'égalité et de la fraternité, je trouve que la société japonaise a tendance à être très hiérarchisée, mais non rigide. La hiérarchie est quelque chose de si essentiel dans la culture que les gens s'y meuvent à l'aise. A Camaldoli, j'ai vu l'Abbé sortir les poubelles avec le plus humble membre de la communauté. Ce sens de la fraternité dans un monastère catholique est aussi quelque chose à quoi nous devrions réfléchir.



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