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RAPPORT du SECRETAIRE GENERAL du DIM/MID

 

 

Pierre de Bethune osb


 



I. Rappel Historique

1977 Petersham (USA/MA) et Loppem (BE) deux réunions préparatoires, organisées par le Père Cornelius Tholens.

1978 Création de deux sous-commissions de l'A.I.M. pour le dialogue. Premières réunions à Clyde (USA/MO) en janvier et Vanves (FR) en février.

1985 A Mariastein (CH) le Père Abbé Primat Victor Dammertz nomme Pierre de Béthune responsable général des deux commissions pour le dialogue, toujours dans le cadre de l'A.I.M. La commission européenne s'engage dans une régionalisation selon les régions linguistiques. Bientôt 7 commissions régionales. Elle s'efforce d'atteindre tous les monastères par des 'personnes contact', et par un Bulletin régional, selon le modèle américain.

1994 A Göttweig (AT) le Père Abbé Jérôme Theisen propose que les commissions pour le dialogue soient désormais autonomes par rapport à l'A.I.M. Avec l'accord des deux Abbés Généraux Cisterciens c'est chose faite en septembre. Cette même année deux nouvelles commissions continentales sont crées : en Inde et Sri Lanka, et en Australie. La première réalisation du Secrétariat Générale est le lancement d'un Bulletin International en français et anglais.

II. Nouvelles des autres commissions continentales

L'Australie a désormais pour responsable le Père Michael Mifsud, Oblat bénédictin camaldule. Avec le Père John Dupuche ils assurent le contact et l'animation dialogale avec les monastères du continent austral.

L'Inde et le Sri Lanka ont maintenant une commission pour le dialogue intégrée dans l'I.S.B.F. (Indian-Sri Lankan Benedictine Federation) : le B.I.D. (Benedictine Interreligious Dialogue commission).

Dans le Sud-Est Asiatique et en Extrême-Orient il y a de nombreux contacts personnels entre des personnes monastiques chrétiennes et leurs homologues bouddhistes, mais la densité des monastères est trop faible dans ces régions pour que soit déjà possible la création d'une commission.

En Amérique Latine il y a un projet de création d'une commission brésilienne ; il y a en tout cas déjà une édition brésilienne du Bulletin International. Avec la traduction en espagnol du Bulletin, réalisée par la commission ibérique, il devient possible de diffuser ce Bulletin dans tout le continent américain, puisqu'il y a maintenant des éditions dans la langue du Québec, des Etats-Unis, de l'Amérique hispanophone et lusophone, les quatre langues principales du continent.
Notons enfin les projets de création de deux nouvelles commissions en Europe, en Pologne et en Hongrie.


III. Eléments de Programme


1. La tâche du Secrétaire Général

La tâche du Secrétaire général consiste surtout à mettre en contact les différentes commissions continentales et à faire jouer les complémentarités. Dans ce travail très neuf du dialogue nous devons tous beaucoup explorer, inventer, voire improviser. C'est pourquoi il est important de partager à tous les découvertes qui ont été faites par certains. Mais le secrétaire Général doit aussi assurer d'autres contacts : avec d'autres instances d'Eglise, avec les commissions pour le dialogue des autres ordres religieux, etc. Il y a encore beaucoup à faire pour assurer tous ces liens.
Son rôle n'est donc pas d'imposer une doctrine ou une stratégie commune. Mais il s'efforce de communiquer un esprit, fait d'humilité et d'audace, aux différentes commissions ; il doit veiller à ce que le dialogue intermonastique garde sa spécificité.
Pour tout cela des bulletins d'information et de liaison sont très importants. La rédaction et la publication des Bulletins régionaux et surtout du Bulletin International sont des tâches qu'il assure en priorité.
Mais il a encore d'autres préoccupations :


2. Etendre le mouvement

La nouvelle conscience concernant le fait des autres religions et leur signification pour la théologie et la vie spirituelle chrétiennes n'a pas encore atteint beaucoup de moniales et de moines. Or il faut dépasser un certain seuil pour que les choses avancent. Le DIM/MID doit donc continuer à dissiper les appréhensions anciennes à l'encontre des autres voies religieuses et à faire comprendre à l'ensemble de ces personnes l'importance qu'a cette découverte pour l'Eglise. Il faut contribuer à créer ainsi un 'mouvement dialogal', comme il y a eu un 'mouvement liturgique' et un 'mouvement œcuménique'. Le charisme monastique a poussé les moines et moniales en première ligne de ces domaines ; le même charisme peut contribuer à ce que des personnes monastiques prennent tout à fait leur place dans ce travail pour le dialogue des religions. Cette préoccupation peut alors devenir peu à peu un 'mouvement', c'est à dire une prise de conscience collective dans l'Eglise. En ce cas seulement peut émerger dans la communauté chrétienne un sensus fidelium qui permettra à son tour le discernement des esprits. Le temps des pionniers est passé ; il faut maintenant qu'un certain nombre de chrétiens atteigne cette nouvelle conscience pour que puisse se dégager une nouvelle évidence dans ce domaine.
Pour cela le DIM/MID s'efforce d'atteindre tous les monastères, par des 'personnes- contact', des sessions d'informations, des rencontres organisées, des expériences d'hospitalités réciproques. Les différents Bulletins donnent des informations qui peuvent aider à ouvrir les yeux sur ces nouvelles réalités, mais c'est leur diffusion qui fait souvent problème, du moins dans certains pays.


3. Assurer une approche sérieuse, voire scientifique

Les personnes monastiques qui ont une compétence académique certaine en ces domaines de l'histoire des religions sont encore très rares. La tradition d'érudition, si caractéristique pour les moines et moniales en tant de domaines, comme l'histoire ou la musique, n'existe presque pas pour les autres religions et spiritualités, alors que ces études sont probablement plus aptes à favoriser le discernement spirituel et d'autres attitudes monastiques importantes en ces temps de grands bouleversements de nos traditions spirituelles. Nous devons donc rendre les supérieurs monastiques attentifs à cette nécessité.
Pour une telle formation il y a, sur presque tous les continents, de nombreux endroits où ces disciplines peuvent y être étudiées à différents niveaux.
Un 'Institut de Dialogue' à Saint Anselme serait hautement souhaitable, parce que tout à fait conforme à sa vocation dans l'Ordre. Mais avant de parler de la création d'un tel Institut il faudrait d'abord s'assurer qu'il y a un certain nombre de moines ou moniales qui puissent y enseigner.
Ce souci de probité intellectuelle doit d'ailleurs être partagé par tous ceux qui s'engagent d'une façon ou d'une autre dans le dialogue. Cela comporte la préoccupation de connaître objectivement et autant que possible directement les autres religions qu'on rencontre pour en avoir une vision globale (et pas uniquement de certains éléments qui nous intéressent ou sont utiles, comme les méthodes de méditation). Cela suppose donc aussi l'accès aux textes, dans toute la mesure du possible.


4. Etablir des contacts permanents avec les autres croyants

Il existe déjà un certain nombre de contacts permanents. Le plus caractéristique est probablement celui du DIM européen avec le Zen Bunka qui a déjà permis l'organisation de neuf 'Echanges Spirituels Est-Ouest'. Mais il est possible de développer plus localement ce genre d'initiative. Pour cela un bon exemple est le 'Groupe de la Baume' qui regroupe des croyants chrétiens, musulmans, hindous et bouddhistes pour des réunions d'échanges réguliers. Ou encore la 'East-West Meditation Foundation' de Melbourne, la collaboration entre le MID des Etats-Unis et l'Institut Naropa de Boulder (USA/CO), ou les contacts suivis de la commission suisse avec les moines tibétains du mont Pèlerin. Ne faudrait-il pas multiplier de tels échanges permanents ? Il n'est pas nécessaire d'aller en Asie pour réaliser des 'échanges spirituels'. Il y a de nombreux monastères ou centres, surtout bouddhiques, dans nos régions. Le moment me semble venu de dépasser les contact ponctuels et de voir comment en chaque région ou sous-région il est possible de nouer une relation plus durable avec une communauté ou un centre permanent d'une autre religion. La continuité est plus difficile, mais certainement plus féconde.


5. Elaborer une théologie spirituelle du dialogue.

Parmi les nombreuses formes de dialogue [1] les commissions DIM/MID ont une place très spécifique, sinon irremplaçable. D'autres chrétiens sont bien sûr engagés sur ce chemin du dialogue au niveau de l'expérience spirituelle ; nous n'avons pas de monopole ! Mais il est de plus en plus évident que le cœur du dialogue interreligieux se situe dans le dialogue de l'expérience religieuse. Sans ce qu'on pourrait appeler la 'clef de voûte' du dialogue, l'entreprise restera fragile, sinon illusoire.
Le DIM/MID est soucieux de favoriser ce type de dialogue, c'est là sa contribution la plus spécifique au dialogue interreligieux dans l'Eglise. Mais comme il s'agit d'un domaine encore peu exploré, le langage pour exprimer de telles expériences n'est pas toujours facile à trouver. C'est pourquoi un effort particulier doit être consenti pour une telle tâche. Les écrits des pionniers (Henri Le Saux, Thomas Merton, Bede Griffiths, Christian de Chergé, et bien d'autres) nous sont déjà d'un grand secours. Il faut les étudier et continuer à trouver les mots, les expressions et les explications nécessaires pour communiquer ces découvertes, car elles sont importantes pour l'avenir de la spiritualité et de la religion.
Nous devons donc assumer à notre place cette responsabilité très particulière des moines dans l'Eglise, en élaborant une 'théologie sapientielle' issue d'une recherche spirituelle éclairée par la méditation de l'Ecriture. Cette théologie monastique, si bien définie par le Père Jean Leclercq, autre fondateur du DIM/MID, consiste en une réflexion contemplative, basée, en notre cas, sur des expériences spirituelles, vécues dans des rencontres interreligieuses directes ou dans la pratique de méthodes élaborées dans d'autres traditions. Cette délicate rencontre entre l'expérience toujours imprévisible et les données de l'Ecriture et de la Tradition ne peut être féconde que dans le cadre d'une vie spirituelle intense, comme peut le permettre un monastère.
Le recueil de témoignage réalisé pour un numéro spécial du Bulletin International est un bon exemple de la contribution précieuse que les moines et moniales peuvent apporter au développement du dialogue interreligieux. Mais ce n'est là qu'un début.

le 30/09/03


 



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