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Dernier échange spirituel juin 2005


Des veilleurs au pays de l’éveil

Ainsi ai-je envie d’intituler le récit de ce dixième échange spirituel Est-Ouest qui, pendant 24 jours, a offert à 9 religieux chrétiens occidentaux (bénédictins, trappistes et dominicains) de goûter à la vie monastique bouddhiste japonaise. Mais l’impression dominante se traduit pour moi dans cette formule lapidaire et provocatrice ; « De retour au noviciat » ou tout au moins à l’école ! Oui, si nous avons vécu principalement dans des monastères, nous avons découvert qu’ils étaient d’abord destinés à la formation des jeunes moines. Au terme d’une période d’entraînement intense de 3 à 10 ans, ils reçoivent leur habilitation comme prêtre et s’en retournent desservir le temple familial ou celui qui leur est confié. Par ailleurs, j’ai rapidement compris que nous étions ici plus pour écouter, regarder et apprendre la manière de vivre dans un monastère zen que pour engager d’emblée un échange sur l’expérience spirituelle…

Alors m’est revenue en mémoire cette remarque d’E.Kant sur l’éducation : « Si un enfant va à l’école, c’est pour s’asseoir. » Etrange qu’une pensée philosophique occidentale ait traversée alors mon esprit… Laissez-moi vous fournir pourtant deux raisons ;

Premièrement d’un point de vue très terre à terre, j’ai eu à endurer les longues heures de position assise qui ne se limitent pas aux périodes de zazen mais incluent aussi les repas, l’office du matin (choka) et les enseignements du dharma (teisho). Je devais donc simplement apprendre à m’asseoir correctement pour assumer sans trop de peine cette réalité bien matérielle. Mais au-delà, à un niveau plus spirituel, par le simple fait de s’asseoir en lotus ou seiza, selon les circonstances, je réalisais peu à peu que j’étais conduit à apprendre quelque chose de plus grand ; cette posture du corps entend entraîner la personne à recevoir librement et totalement un enseignement.


Monastère zen Soto de Eiheiji

 

Pour ma part, j’aimerais attester combien ce séjour dans plusieurs monastères m’a permis de recevoir une grande leçon de valeurs monastiques. Deux, certes, ne sont pas nouvelles pour moi mais les retrouver si pleinement vécues par des moines d’une autre tradition constitue une interpellation salutaire. La troisième, sans être toute à fait une découverte car elle fut longtemps à l’honneur dans le christianisme, invite à revisiter notre patrimoine spirituel.

1° L’hospitalité : Alors que nous étions si bien reçu à Sogen-ji, nous avons tous naturellement pensé à cette exhortation de saint Benoît dans la Régle à propos des hôtes : « Tous… seront reçus comme le Christ » (RB 53,1). Loin de vouloir « christianiser » ce monastère, nous reconnaissions simplement que leur pratique de l’accueil revêt un caractère sacré qui ne perturbe ou ne diminue en rien leur recherche spirituelle. Deux membres laïcs étaient plus spécialement chargés de veiller sur nous et de nous maintenir dans le flux assez soutenu de la vie communautaire ! Jamais ils ne manifestèrent d’irritation bien que certains d’entre nous, de temps en temps, aient perdu pied dans la succession rapide des diverses activités… Or nous partagions un moment particulier, la retraite mensuelle d’une semaine (Osesshin) où l’accent est mis sur la méditation assise (12 heures par jour) et la résolution des Koans. Mais, à nos excuses pour la gène qu’occasionnait notre présence, la réponse était invariablement ; « le zazen ne doit pas se pratiquer uniquement dans le zendo mais en toute situation ». Nous entendrons partout cette approche englobante de la vie spirituelle que je rapporte comme une perle précieuse…
Je voudrais aussi mentioner la disponibilité de l’Abbé de Sogen-ji, Shodo Harada Roshi. Il a su nous consacrer du temps malgré la retraite et aussi nous y intégrer par sa parole libre et vigoureuse. Notamment à l’ouverture de la retraite où il invitait sa communauté à profiter au mieux de ce temps « d’autant plus privilégié, ajoutait-il, que nous avons la chance de le vivre avec des moines chrétiens », premier signe d’une hospitalité du cœur que nous retrouverons partout. J’ai, entre autre, bénéficié avec frère André du même souci de l’hôte à Shogen-ji où Yamakawa Sogen Roshi réussit à nous recevoir personnellement trois fois, avec une attention toute paternelle et chaleureuse malgré un emploi du temps très chargé. Il avait eu aussi la délicatesse de demander à l’un de ses disciples, Un Ryu, de rester après l’Osesshin pour être notre interprète ; celui-ci est danois, marié à une japonaise et possède un don pour les langues ! Sa présence a permis une communication profonde entre deux univers culturels et religieux bien distincts et au fil d’échanges très riches nous avons de surcroît tissé avec lui des liens de fraternité.



Rev. Sogen YAMAKAWA Roshi, abbé du monastère de SHOGEN-JI
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