|
Vous étiez des morts mais Dieu vous a donné
la vie, nous a donné la vie, Il a pardonné tous nos péchés.
Voilà une, sinon la clef de notre prière, de la prière
que Jésus nous laisse, adressée au Père, une prière
qui n’enferme ni ne s’enferme sur elle-même et ce n’est
pas pour rien que les demandes sont au pluriel et non au singulier. Une
prière de communion qui invite à demander ensemble, à
transformer ensemble toute sa vie concrète en prière, qui
invite à bien remettre les choses à leur place, à
leur juste place pour travailler ensemble, dès à présent
à ce que progresse le « royaume » de ce Dieu Vivant
venu nous rejoindre par Jésus.
Notre Père céleste, non un Dieu évanescent et indifférent,
retiré dans quelques lieux inaccessibles voire dans l’imaginaire
de l’homme, non un Dieu qui serait notre propriété
privée exclusive et excluante, Gott mit uns, « Dieu avec
nous », était-il écrit sur le ceinturon des SS, mais
Notre Père qui nous a donné la vie, de qui nous recevons
la vie que nous ne nous donnons pas à nous même. Alors, que
ton Nom soit sanctifié, le nom par lequel nous existons, le nom
qui traduit la personne dans son altérité, sa singularité
et sa dignité, d’ailleurs, lorsque l’on veut exclure
quelqu’un, bien souvent il n’y a plus de nom mais celle-là,
ce type là. Que ton règne vienne, non dans un douteux triomphalisme
ou dans quelques virtualités imaginaires, mais bien concrètement
entre nous, dans la justice et la justesse de nos relations et d’abord
tout au fond de nos cœurs, mais pour cela donne nous de quoi nous
sustenter par le pain quotidien qui peut se partager, non s’accumuler,
par le pain de ta Parole, le pain partagé de l’eucharistie
qui devient alors vie partagée, élargie, dilatée.
Et pardonne nous aussi comme nous pardonnons nous même. Apparemment
impossible ou bien si ton pardon est à la mesure du notre, nous
n’irons pas très loin, à moins que de notre part,
le désir de pardon, le fait de pardonner à notre petite
mesure n’ouvre des brèches, un avenir, dans lesquels vont
s’engouffrer le pardon et l’amour de Dieu qui ne pourront
que rejaillir en nous, entre nous. Ne nous laisse pas non plus entrer
en tentation. Le péché est tapi à la porte de ton
cœur, dit Dieu à Caïn jaloux d’Abel, sauras-tu
le dominer ? Oui, notre petit combat spirituel au quotidien peut ne pas
être sans incidences sur l’équilibre du monde, la paix
du monde qui commence au fond d’un cœur plus unifié,
simplifié, pacifié comme le disait un jour le patriarche
Athénagoras. Et pour cela, délivre nous du Malin, de toutes
les formes de cette culture de mort dont parlait Jean-Paul II. Je te propose
entre la vie et la mort, lisons nous dans le Deutéronome, choisis
donc la Vie ! Oui, nous étions des morts mais Dieu nous a donné
la vie nous dit aujourd’hui saint Paul, alors osons la demander
cette vie mais ensemble, pas tout seul ni pour soi seul car, je le rappelle,
les demandes du Notre Père sont au pluriel et il ne s’agit
pas de dire comme le fils prodigue et ingrat, mais pardonné, donne
moi ma part d’héritage qui me revient, mais donne nous !
Oui, demandez et vous recevrez insiste Jésus, grâce au trait
d’humour enjoué de l’histoire de l’ami importun
à qui l’on cède non par amitié mais pour s’en
débarrasser. Qui de nous ne l’a jamais fait ? Alors, si vous
le faites et donnez à qui vous demande en vous cassant les pieds,
vous qui êtes mauvais, à plus forte raison, dit saint Mathieu,
le Père qui est dans les cieux donnera-t-il de bonnes choses à
qui les lui demande et saint Luc précise aujourd’hui, assez
différemment, « à plus forte raison, votre Père
qui est dans les cieux donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux
(notez le pluriel) qui le lui demande. » Et voilà une autre
clef sinon la pointe de l’Evangile de ce dimanche. Demandez ensemble
et vous recevrez, pas n’importe comment, pas comme d’égoïstes
enfants suppliant le Dieu de leurs rêves de combler leurs caprices
et d’agir à leur place. Demandez ensemble et vous recevrez,
pas n’importe quoi, mais pas moins que l’Esprit Saint, l’Amour
qui uni le Père et le Fils et qui est communion pouvant nous unir
à Dieu et entre nous dans plus de justesse, de justice et de paix.
Désirons alors recevoir vraiment cet Esprit qui pourra nous déranger
comme l’ami importun, mais qui pourra aussi transformer notre vie
en prière vivante et continuelle si tant est qu’on lui cède
un peu de place, qu’on lui ouvre un peu la porte, qu’on le
laisse travailler en étant attentif à ses inspirations qui
bien souvent, et en cela nous les reconnaîtrons, se conjuguerons
avec simplicité, humilité, joie sereine et paix discrète
qui ouvrent sur la vie, une vie autrement plus large que nous le pensions.
Vous étiez des morts, mais Dieu vous a donné la vie, l’Esprit
de vie qui fait de toute votre vie une prière, qui fait de vous
des vivants, ensemble, en marche comme des pèlerins de saint Jacques
de Compostelle, en marche chacun selon son espèce et à son
rythme vers le royaume de Dieu, ce règne, ce dynamisme de Vie trinitaire.
F Philippe-Joseph
|
|