|
Voir l’Evangile de ce dimanche comme un aujourd’hui
pour nous, nous plonge dans cette foule qui entoure Jésus avec
l’humanité toute entière qui a faim d’une
vraie nourriture, celle qui met la joie et le bonheur au cœur
des femmes et des hommes, celle qui apaise notre recherche de vérité
et du sens de la vie, car tous, qui que nous sommes, nous voulons
tous vivre d’un pain qui nous nourrisse, d’un pain des
profondeurs, de nos profondeurs, d’un pain qui nous rende heureux
et qui nous pacifie.
Et Jésus, en face de cette foule, de cette foule affamée
que nous sommes, est toujours saisi de pitié. Il ne Lui a pas
suffi, en effet, de se faire l’un de nous et de vivre en tout
semblable à nous, Il veut aussi nous nourrir du vrai pain qu’Il
est Lui-même, car Il aime son œuvre, Il ne cesse de la
poursuivre de son amour depuis sa création. Le prophète
Isaïe, que nous avons entendu en commençant, nous disait
déjà cette soif de Dieu pour l’humanité
que nous sommes : « Venez à Moi et vous vivrez ! Pourquoi
vous fatiguer, pourquoi vous égarer sur des chemins qui n’apaisent
pas votre quête de joie, de paix et de tranquillité véritable
? ». Et Jésus reprendra ce cri du prophète : «
Venez à Moi, vous tous qui peinez et je vous soulagerai, et
je vous donnerai le repos. »
Pour apaiser sa faim, l’humanité seule n’a rien
que de dérisoire : cinq pains et deux poissons ! Cependant,
Jésus ne dédaigne pas cette précarité
humaine, car c’est Lui qui l’a faite en faisant l’homme.
Ce qu’Il désire, c’est que nous la Lui apportions
librement pour qu’Il transforme nos fruits de la terre et notre
travail d’hommes et de femmes ! Cinq pains, deux poissons...
‘Il les prit, leva les yeux au Ciel, prononça la bénédiction,
rompit les pains, et tous mangèrent à leur faim’.
C’est de Lui seul, en effet, que vient la nourriture capable
de nourrir l’humanité entière.
Ces gestes de Jésus, lors de la multiplication des pains, étaient
l’annonce et l’image de ce qu’Il a fait à
la Cène, le soir du Jeudi Saint, et de ce qu’Il fait
toujours au cours des siècles, comme dans l’Eucharistie
que nous célébrons en ce moment. Il lève les
yeux au Ciel parce que, au-delà du sacrifice, au-delà
du don qu’Il fait de sa propre vie (une mort selon la chair
à laquelle nous serions tenter de restreindre toute la théologie
de l’Eucharistie), ce sacrifice, ce don de sa vie est en fait
la continuation de l’acte éternel de louange qu’Il
rend au Père du Ciel : « Père, Je Te rends Grâce
! ». Et en effet, à la Cène, à la messe,
Il prononce la bénédiction, Il évoque tout l’amour
de son Père pour l’humanité, Dieu de bonté
qui créa l’univers pour que toutes les créatures
soient comblées de bienfaits et qu’elles reviennent à
Lui pour leur vrai bonheur !
Il rompt les pains et se donne Lui-même en signe de l’Unité
qui existe en Lui de tous ceux qui y participent. Il les fait son
Unique Corps, comme Il le fera de nous, dans un instant, membres d’un
unique et même Corps, nous engageant ainsi à ne faire
qu’un Corps d’Amour dans la vie : « Aimez-vous,
les uns les autres, comme Je vous ai aimés ! » ‘Et
tous mangèrent à leur faim’, car la nourriture
qu’Il donne dans ce pain, c’est Lui-même, plénitude
de toute vraie nourriture si nous la mangeons avec foi et avec amour.
Sœurs et frères, au-delà de
tout ce que la piété eucharistique a développé
au cours des siècles en Occident, le récit de la multiplication
des pains nous redit l’intention profonde de Jésus en
nous donnant l’Eucharistie que nous allons recevoir : Il est
le Vrai Pain, la vraie nourriture de l’humanité et c’est
pour cela qu’Il se donne à nous, Dieu vivant fait chair
dans la Gloire ! Il est le Vrai Pain, un Pain qui se donne pour être
mangé ! Il est le Vrai Pain, mangé dans une assemblée
de Louange au Père, comme Lui-même est Louange au Père
éternellement. Il est le Vrai Pain qui fait de nous un unique
pain, dans la prière et dans la vie, nous engageant ainsi à
nous aimer, les uns les autres, comme Il nous a aimés, Lui
qui est notre unité !
|