Charta Oecumenica |
Lignes directrices en vue d’une
collaboration croissante entre les Églises en Europe |
” Gloire soit rendue au Père et au Fils et au Saint Esprit ”
De nombreuses formes de collaboration œcuménique ont déjà fait leurs preuves. En fidélité à la prière du Christ: “Que tous soient un comme toi, Père, tu es en moi et que je suis en toi, qu’ils soient aussi un en nous, afin que le monde croie que tu m’as envoyé” (Jean, 17,21), nous ne devons cependant pas en rester à la situation actuelle. Mais, ayant conscience de nos fautes et en étant prêts à nous convertir, nous devons nous efforcer de vaincre les divisions qui existent encore entre nous, pour annoncer ensemble, de manière crédible, la Bonne Nouvelle de l’Évangile parmi les peuples. Dans l’écoute commune de la Parole de Dieu dans l’Écriture Sainte et appelés à confesser notre foi commune, comme à agir ensemble, en conformité avec la vérité que nous avons reconnue, nous voulons témoigner de l’amour et de l’espérance pour tous et pour toutes. Sur notre continent européen, de l’Atlantique à l’Oural, du Cap Nord à la Méditerranée, marqué plus que jamais par une pluralité culturelle, nous voulons, avec l’Évangile, nous engager pour la dignité de la personne humaine comme image de Dieu, et, comme Églises, contribuer à la réconciliation des peuples et des cultures. C’est dans ce sens que nous adoptons cette Charte comme engagement commun au dialogue et à la collaboration. Elle décrit les tâches œcuméniques fondamentales et en déduit une série de lignes directrices et d'obligations. Elle doit promouvoir, à tous les niveaux de la vie de l'Eglise, une culture œcuménique de dialogue et de collaboration et créer pour cela une norme obligatoire. Cependant, elle n’a aucun caractère magistériel, dogmatique ou canonique. Son caractère obligatoire consiste plutôt dans le devoir que se font les Églises elles-mêmes et les organisations œcuméniques signataires. Celles-ci peuvent formuler, sur la base de ce texte, des adjonctions propres et des perspectives communes qui se conjuguent concrètement avec leurs défis particuliers et les obligations qui en découlent.
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| I |
| Nous croyons “l’Église, une, sainte, catholique et apostolique” |
Avec l’Évangile de Jésus-Christ, comme cela est attesté dans la Sainte Écriture et formulé dans la confession de foi œcuménique de Nicée Constantinople (381), nous croyons au Dieu Trinité : le Père, le Fils et le Saint Esprit. Puisque nous confessons, avec ce Credo, « l’Eglise une, sainte, catholique et apostolique », notre devoir œcuménique indispensable consiste à rendre visible cette unité, qui est toujours un don de Dieu. Des différences essentielles dans la foi empêchent encore l’unité visible. Il s’agit surtout de conceptions différentes de l’Eglise et de son unité, des sacrements et des ministères. Nous ne devons pas nous en satisfaire. Jésus-Christ, sur la croix, nous a révélé son amour et le mystère de la réconciliation. A sa suite, nous voulons faire tout notre possible pour surmonter les problèmes et les obstacles qui séparent encore les Églises. Nous nous engageons:
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| II |
| Sur le chemin de la communion visible des Églises en Europe |
Nous nous engageons:
Dans l’esprit de l’Évangile, nous devons réviser ensemble l’histoire des Églises chrétiennes, qui est marquée par de nombreuses bonnes expériences, mais aussi par des divisions, des hostilités et même des conflits armés. Des fautes humaines, le manque d’amour et le mauvais usage fréquent de la foi et des Églises pour des intérêts politiques, ont sérieusement détérioré la crédibilité du témoignage chrétien. L’œcuménisme commence dès lors pour les chrétiennes et les chrétiens par le renouvellement des cœurs et la disponibilité à la pénitence et à la conversion. La réconciliation a déjà progressé dans le mouvement œcuménique. Il est important de reconnaître les dons spirituels des différentes traditions chrétiennes, d’apprendre les uns des autres et ainsi de recevoir les dons les uns des autres. Pour le développement futur de l’œcuménisme, il est en particulier nécessaire de tenir compte des expériences et des attentes des jeunes et d’encourager leur participation selon leurs moyens. Nous nous engageons:
L’œcuménisme se réalise déjà dans des nombreuses formes d’actions communes. Beaucoup de chrétiennes et de chrétiens des différentes Églises vivent et agissent ensemble dans des relations amicales, dans leur voisinage, au travail et dans leurs familles. Les mariages mixtes doivent être tout particulièrement aidés à vivre l’œcuménisme au quotidien. Nous recommandons d’organiser et de soutenir, des groupes de collaboration œcuméniques bi- et multilatéraux au niveau local, régional, national et international. Au niveau européen, il est nécessaire de renforcer la collaboration entre la Conférence des Églises Européennes et le Conseil des Conférences Épiscopales d’Europe et de réaliser d’autres rassemblements œcuméniques européens. Lors de conflits entre les Églises, les efforts de médiation et de paix doivent être mis en œuvre ou soutenus. Nous nous engageons: L’œcuménisme se nourrit de ce que nous écoutons ensemble la Parole de Dieu et de ce que nous laissons l’Esprit Saint travailler en nous et par nous. En vertu de la grâce ainsi reçue, il existe aujourd’hui de multiples essais d’approfondir la communion spirituelle entre les Églises par des prières et des célébrations et de prier pour l’unité visible de l’Eglise du Christ. La communion eucharistique qui fait encore défaut, constitue un signe particulièrement douloureux de la division entre de nombreuses Églises chrétiennes. Dans certaines Églises subsistent des réserves vis-à-vis de prières œcuméniques communes. Mais de nombreuses célébrations œcuméniques, des chants communs et des prières liturgiques, notamment le Notre Père, marquent fortement notre spiritualité chrétienne. Nous nous engageons:
Notre appartenance mutuelle, fondée dans le Christ, est d’une importance fondamentale face a nos différences de positions théologiques et éthiques. A l’opposé de la diversité enrichissante qui nous est donnée, des oppositions de doctrine, dans des questions éthiques et les règles canoniques ont cependant conduit aussi, à des ruptures entre les Églises ; en outre, souvent, des circonstances historiques particulières et différents traits culturels ont joué aussi une rôle décisif. Pour approfondir la communion œcuménique, les efforts en vue d’un consensus dans la foi doivent absolument être poursuivis. Sans l’unité dans la foi, il ne peut y avoir de pleine communion ecclésiale. Il n’y a aucune alternative au dialogue. Nous nous engageons:
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| III |
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7. Prendre notre part à la construction de l’Europe Au cours des siècles, s’est développée
une Europe principalement marquée, sur le plan religieux et culturel,
par le christianisme. En même temps, à cause de la défaillance
des chrétiens, en Europe et au-delà de ses frontières,
beaucoup de malheur est survenu. Notre foi nous aide à tirer les leçons du passé et à nous engager à ce que la foi chrétienne et l’amour du prochain, répandent l’espérance en matière de morale et d’éthique, dans la formation et la culture, en politique et dans l’économie, en Europe et dans le monde entier. Les Églises encouragent une unité du continent
européen. Sans valeurs communes, l’unité ne peut être
atteinte de façon durable. Nous sommes convaincus que l’héritage
spirituel du christianisme représente une force d’inspiration
enrichissante pour l’Europe. Sur la base de notre foi chrétienne,
nous nous engageons pour une Europe humaine et sociale, dans laquelle
s’imposent les droits de l’homme et les valeurs fondamentales
de la paix, de la justice, de la liberté, de la tolérance,
de la participation et de la solidarité. Nous insistons sur le
respect de la vie, la valeur du mariage et de la famille, l’option
préférentielle pour les pauvres, la disposition à
pardonner, et, en toutes choses, sur la miséricorde. Nous nous engageons:
Nous considérons comme une richesse de l’Europe la diversité des traditions régionales, nationales, culturelles et religieuses. Face au grand nombre de conflits, il est de la mission des Églises de contribuer ensemble au service de la réconciliation des peuples et des cultures. Nous savons que la paix entre les Églises est également, pour cela, un présupposé important. Nos efforts communs se portent sur l’appréciation critique et la solution des questions politiques et sociales, dans l’esprit de l’Évangile. Puisque nous considérons la personne et la dignité de tout homme comme image de Dieu, nous nous portons garants de l’absolue égalité de valeur de tous. Comme Églises, nous voulons encourager ensemble le processus de démocratisation en Europe. Nous nous engageons pour un ordre de paix, sur la base des solutions non-violentes des conflits. Nous condamnons toute forme de violence contre les êtres humains, spécialement contre les femmes et les enfants. Il appartient à la réconciliation de favoriser la justice sociale, dans et entre tous les peuples, avant tout, de surmonter le fossé entre pauvres et riches, ainsi que de vaincre le chômage. Nous voulons ensemble contribuer à ce que les migrants, les réfugiés et les demandeurs d’asile soient accueillis dignement en Europe. Nous nous engageons:
Dans notre foi en l’amour de Dieu, le créateur, nous reconnaissons avec gratitude le cadeau de la création, la valeur et la beauté de la nature. Mais nous voyons avec effroi que les biens de la terre sont surexploités sans considération de leur valeur propre, sans tenir compte de leur caractère limité et sans égards pour le bien des générations futures. Nous voulons coopérer ensemble à créer des conditions de vie durables pour l’ensemble de la création. Responsables devant Dieu, nous devons dégager et développer des critères communs pour déterminer ce que les hommes peuvent sans doute faire d’un point de vue scientifique et technologique, mais ne doivent pas faire d’un point de vue éthique. En tout cas, la dignité unique de chaque homme doit garder sa priorité par rapport a ce qui peut être fait par la technique. Nous recommandons d’instituer une journée œcuménique de prière pour la sauvegarde de la création dans les Églises européennes. Nous nous engageons:
Une communion d’un genre unique nous lie avec le peuple d’Israël, avec lequel Dieu a conclu une Alliance éternelle. Dans la foi, nous savons nos frères et sœurs juifs : « aimés (de Dieu) et c’est à cause des Pères. Car les dons et l’appel de Dieu sont irrévocables » (Rm 11,28-29). Ils ont : « l’adoption, la gloire, les alliances, la Loi, le culte, les promesses et les pères, eux enfin de qui, selon la chair, est issu le Christ… » (Rm 9,4-5). Nous regrettons et nous condamnons toutes les manifestations d’antisémitisme, telles que les explosions de haine, et les persécutions. Pour l’anti-judaïsme chrétien, nous demandons pardons à Dieu et nous demandons à nos frères et sœurs juifs, de pouvoir nous réconcilier avec eux. Il est d’une urgente nécessité, dans le culte et la catéchèse, dans l’enseignement et la vie de nos Églises, de faire apparaître le lien profond de la foi chrétienne avec le judaïsme et de soutenir la coopération judéo-chrétienne. Nous nous engageons:
Des musulmans vivent en Europe depuis des siècles. Ils forment de fortes minorités dans de nombreux pays européens. Il a existé et il existe beaucoup de bons contacts et une relation de voisinage entre musulmans et chrétiens, mais aussi des réserves et des préjugés massifs des deux côtés. Ils reposent sur des expériences douloureuses dans l’histoire et dans le passé le plus récent. Nous voulons intensifier, à tous les niveaux, la rencontre entre chrétiens et musulmans ainsi que le dialogue islamo-chrétien. Nous recommandons, en particulier, de parler ensemble de la foi au Dieu unique et de clarifier le sens des droits de l’homme. Nous nous engageons:
La pluralité des convictions religieuses et idéologiques et des formes de vie est devenue une caractéristique de la culture européenne. Les religions orientales et de nouveaux groupes religieux se répandent et suscitent aussi l’intérêt de beaucoup de chrétiennes et de chrétiens. De même il y a toujours davantage d’hommes et des femmes qui se détournent de la foi chrétienne et se conduisent de façon indifférente face à elle, ou suivent d’autres conceptions du monde. Nous voulons nous efforcer de prendre au sérieux les questions critiques qui nous sont adressées, et nous efforcer d’entrer dans un débat loyal. Il faut aussi discerner avec quelles communautés peuvent être recherchés les dialogues et les rencontres, et celles à l’égard desquelles il faut exprimer une mise en garde d’un point de vue chrétien. Nous nous engageons:
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Comme Seigneur de l’Eglise une, Jésus-Christ
est notre plus grande espérance de réconciliation et de
paix. “Que le Dieu de l’espérance nous comble de joie et de paix dans la foi, afin que nous débordions d’espérance par la puissance de l’Esprit Saint.” (Rom. 15,13) |
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En qualité de présidents de la Conférence des Églises Européennes (KEK) et du Conseil des Conférences Épiscopales Européennes (CCEE), nous recommandons à toutes les Églises et Conférences Épiscopales d’Europe, de recevoir cette Charte Œcuménique comme document de base et de l’adapter chacune à leur propre contexte. Avec cette recommandation, nous signons la Charte Œcuménique dans le cadre de la Rencontre Œcuménique Européenne, en ce premier dimanche après la fête de Pâques commune de l’année 2001. Strasbourg, le 22 Avril 2001
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| Métropolite Jérémie Cardinal Miloslav
Vlk Président de la Président Conférence des Églises Européennes du Conseil des Conférences Épiscopales Européennes |