Le mot du père Abbé

 


Une année nouvelle… Un nouvel abbé!

 

Le 23 janvier 2009, frère David Tardif d’Hamonville a été élu Abbé.

La bénédiction abbatiale a été célébrée en la fête
de l’Annonciation, le mercredi 25 mars.


QUI ETES-VOUS, PERE DAVID ?
Interwiew réalisée par la revue "Présence d'En Calcat" de mars 2009 N° 182

J’avais imaginé que "Présence" était une revue suffisamment sérieuse pour m’éviter un tel exercice ! Mais bon, la question est légitime, je vais essayer d’y répondre !

D’où êtes-vous, et quelle a été votre formation ?


Je suis né en 1954 à Paris, dans une famille chrétienne heureuse, entre un frère aîné et une sœur plus jeune, ayant fondé chacun une famille nombreuse. Papa et Maman étaient tous deux issus d’une famille de dix enfants, si bien que j’ai beaucoup de cousins germains. Les fêtes de famille et les retrouvailles de vacances ont été sûrement pour moi le berceau d’une vocation à la vie communautaire.

Mes racines paternelles sont lorraines, mes racines maternelles gasconnes. Je me reconnais dans ce double héritage : de fait, quittant Paris à l’âge de cinq ans, je n’en ai gardé qu’une émotion indescriptible quand me parvient l’odeur du métro (et longtemps, mais c’est révolu, les voitures de métro vertes et rouges avec les bancs en bois et les pistons en laiton qui refermaient les portes avec grand fracas) ; j’ai passé ma jeunesse à Nancy et, depuis la fin de mes études en 1977, je vis en Midi-Pyrénées. Le lorrain est plutôt « taiseux », travailleur et fidèle ; le gascon est réputé vantard, batailleur, et un peu fantasque. A vous d’imaginer le mélange, soit un mousquetaire façon Poincaré, soit un fils de Vauban qui aurait forcé sur l’armagnac
.
Deux lieux particuliers ont beaucoup compté dans ma vie : la maison de ma grand-mère en Bretagne, à Piriac (44), lieu de vacances imaginairement idéal et quasiment transcendant (une vieille grande maison de granit posée face à la mer à la pointe du Castelli, les pieds dans l’eau) ; et les Gorges du Tarn, où j’ai vécu cinq ans, un lieu d’une force inouïe quand on y demeure, hiver comme été.

J’ai suivi un parcours de lettres classiques : deux années d’hypokhâgne et khâgne à Louis-le-Grand, sanctionnées d’un échec sans appel au concours de Normale Sup (avec un 3 en philo !), suivies de deux années de fac à Nancy II.
Je n’ai enseigné qu’un peu plus d’un an, ayant démissionné après ma nomination définitive à Charleville ; c’est là que je suis parti faire de la cuisine avec des cousins dans les Gorges du Tarn. En fait, je faisais de la peinture, sur les traces de mon père ; je m’étais lancé dans des expositions très tôt, et mon idée était de trouver un gagne-pain complémentaire qui me laisse assez de temps pour peindre.

Et votre appel monastique dans tout cela ?

L’été 1976, avant d’embrayer dans l’enseignement, j’étais allé frapper à la porte du grand séminaire de Nancy, mais je manquais de conviction sans doute, et ma passion pour la peinture a semblé dissuasive (à l’époque, on ne recrutait guère, on faisait plutôt le vide à grands coups de sciences humaines). Je me suis dit qu’on voudrait peut-être de moi dans un monastère, et comme ma marraine avait son beau-frère à En Calcat, notre Père Frédéric, j’y ai passé quelques jours pendant l’été, juste assez pour me rendre compte qu’il n’était pas du tout urgent d’y rester. J’ai fait une petite année de GFU à Toulouse, en amateur timide. L’accompagnement reçu du Père Thierry, qui n’était pas encore père-abbé mais berger de « vraies » brebis, a été déterminant pour faire d’En Calcat mon lieu spirituel de référence. Il m’a fallu dix ans pour que j’ose prendre le risque d’y faire un stage au noviciat, et là…

Quels emplois avez-vous exercés au monastère ?

J’ai commencé par repeindre les volets du noviciat (puisque j’étais « peintre »), et puis j’ai fait de la cuisine et de la céramique, la soupe et son bol. J’ai été cellérier pendant onze ans, et j’étais de nouveau cuisinier depuis un peu plus d’un an au moment de l’élection. J’ai chanté à la schola, et en 2003, on m’a chargé du chant grégorien, que j’aime beaucoup. J’ai toujours un peu travaillé pour la liturgie, écrivant des textes d’hymnes, des antiennes, des répons. Je me suis aussi passionné pour la Septante, la version grecque de l’Ancien Testament, travaillant sous la conduite de Marguerite Harl et avec l’aide de Soeur Epiphane de Maumont à la traduction annotée des Proverbes, volume XVII de la collection LXX, La Bible d’Alexandrie, paru en 2000. J’ai aussi travaillé aux vitraux, initié par le Père Denis en 1991-1992.

Comment avez-vous vécu votre élection ?

D’abord comme une tempête intérieure et ensuite comme une grâce. Coïncidence : il y a eu une tempête extérieure assez forte, et le rite de « l’installation », le 24 janvier, s’est fait sans électricité, dans le noir, à la lueur de deux lampes-tempête. Mais la grâce était déjà là, sensible, paisible et joyeuse : le visage de mes frères pendant l’obédience.

Avez-vous un programme ?


Surtout pas, J’ai une devise (depuis longtemps) et c’est très différent : « En Tes mains » (Psaume 30, vv 16 et 6, pour ceux qui voudraient en savoir plus).
Je connais une source à laquelle je veux me laisser moi-même conduire pour y puiser le sens et y conduire mes frères parce que là est la vie et le vrai repos : la Parole de Dieu, le Seigneur Jésus ressuscité.