Le mot du père Abbé

 

Editorial du dernier Présence d'En Calcat

«La Résurrection du Christ est l’étoile polaire de l’humanité… » Cette parole prononcée à l’ouverture de la Vigile pascale a été relevée par plusieurs de nos hôtes. Aussi ai-je pensé poursuivre quelque peu ma réflexion à partir d’elle.

M’est revenue alors en mémoire une parole plusieurs fois entendue au cours des dernières décennies : « L’Eglise en marche dans un monde en marche… ». Ces mots disent certainement le désir d’une Eglise vivante, qui apporte aux hommes de ce temps la Parole de vie qui éclairerait leur route. Mais il ne suffit pas de marcher. La marche n’a de sens qu’en fonction d’un but, d’une destination, sans quoi on risque de tourner en rond et de retomber sans fin sur ses propres interrogations. Si « marcher » veut dire « aller de l’avant », le verbe s’entend aussi, dans le langage courant, de celui que « l’on fait marcher » et qui « marche », c’est à dire que l’on dupe.

J’en étais là de ma réflexion lorsque, assistant à Rome à l’audience générale du 26 avril dernier, le pape Benoît XVI fit une catéchèse sur la Tradition qu’il termina par ces mots : « … La Tradition n’est pas la transmission de choses ou de paroles, une collection de choses mortes. La Tradition est le fleuve vivant qui nous relie aux origines, le fleuve vivant dans lequel les origines sont toujours présentes ; le grand fleuve qui nous conduit au port de l’éternité… L’Esprit Saint apparaît comme celui qui garantit la présence du Mystère dans l’Histoire, celui qui en assure la réalisation dans le cours des siècles… Grâce à l’Esprit Paraclet, l’expérience du Ressuscité faite par la communauté apostolique, aux origines de l’Eglise, peut toujours être vécue dans la suite des générations… »

Que l’expérience du Ressuscité, c’est à dire d’une vie plus forte que la mort et qui perdure au-delà d’elle, puisse être vécue par l’humanité de chaque génération, par moi, voilà bien ce qui permet de donner sens à tout dans ma vie, qui permet de faire un usage créateur de tout, de construire avec tout, y compris avec la part d’épreuve, de souffrance, de mort, inhérente à toute existence humaine. La Résurrection est l’étoile polaire qui me garde de perdre le nord et me rend capable de tenir la route et de parvenir au but. Si c’est l’Esprit Saint qui m’approprie l’expérience du Ressuscité jusqu’à me faire vivre au-delà de ma mort, il m’appartient alors de reconnaître que l’initiative en revient à Dieu, qu’il s’agit d’un don de Dieu qui est, pour moi, puissance permanente de création et de re-création. Dans quelle mesure, en effet, un monde qui ne serait fait que par l’homme serait encore un monde fait pour l’homme ?

Le don de l’Esprit est à recevoir et donc à attendre, à demander dans la prière, comme les Apôtres au Cénacle qui « tous, d’un même coeur étaient assidus à la prière avec quelques femmes, dont Marie, mère de Jésus, et avec ses frères. » (Actes 1/14). Ce retrait momentané du monde, cette démarche vers l’intérieur, est pour l’envoi, pour la mission. Si cela est vrai de l’Eglise rassemblée dans la prière, cela est vrai de chacune de nos existences. L’accueil de l’Esprit suppose une démarche d’intériorité. Il importe de rejoindre ce lieu intérieur où l’être humain est seul avec Dieu, ce qui implique un retrait, une rupture, au sens où Jésus dit de lui : « Je ne suis pas du monde… », tout comme Il dit : « J’ai vaincu le monde… » Le combat, bien sûr, ne se livre pas sur le même terrain ; ce n’est pas une lutte à armes égales. Il s’agit du combat spirituel en vue d’une transformation, d’une mutation intérieure qui, peu à peu, nous rend plus libres, en nous rendant plus étrangers aux influences « mondaines ». Le curé d’Ars aimait à dire que « les saints ont le coeur liquide … », c’est à dire un coeur qui n’est pas endurci. Alors toutes les attaques du « monde », au sens que Jésus donne à ce mot, tous ses coups, quels qu’ils soient : violence physique, violence de l’opinion, de la mode, de la publicité, ne seront que des coups d’épée dans l’eau…

« Là où est l’Esprit de Dieu, là est la liberté… » (2 Cor.3/17) celle que, face à la mort, nous puisons dans la Résurrection du Seigneur et la force de l’Esprit-Saint. Comme le dit l’Epître aux Hébreux : « Jésus est venu affranchir tous ceux qui, leur vie entière, étaient tenus en esclavage par la peur de la mort.» (He 2/15).
Telle est la liberté à laquelle nous sommes appelés, la liberté qui, de Pâques à la Pentecôte et au-delà, nous conduit jusqu’à l’éternité où « nous serons semblables à Dieu, parce que nous Le verrons tel qu’Il est. » (1 Jean 3/2)

F. André-Jean.

 



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