
La fête du Baptême du Seigneur clôt chaque année le temps de Noël. Demain, c’est le temps ordinaire.
L’Esprit est descendu sur Jésus, et c’est le temps ordinaire.
Comme à la Pentecôte : l’Esprit est descendu sur l’Eglise et le lendemain, c’est le temps ordinaire.
L’Esprit descend toujours sur le Corps du Christ et puis s’efface aussitôt, se fait oublier.
L’Esprit, c’est Dieu qui, se donnant, se fait oublier aussitôt. S’il continue à faire des siennes, du bruit, du vacarme, à faire sensation, ce n’est pas l’Esprit Saint, ce n’est pas Dieu, car Dieu signe son passage par son effacement.
L’Esprit est lié à l’ordinaire ; nous, nous imaginons le contraire, un Esprit Saint extraordinaire, le grand chambardeur, le bouleverseur…
Non, comprenons bien ce que la liturgie nous enseigne, à la suite de l’Evangile et de toute la Bible : l’Esprit rend le temps ordinaire, crée le temps ordinaire, comme aux premiers jours de la Genèse.
Cet ordinaire n’est pas rien ; on pourrait dire aussi bien que l’Esprit rend le temps ordonné, il ordonne, il met en ordre notre temps chaotique, notre monde chaotique.
Quel est cet ordre ?
Celui de la REVELATION.
Toute la Bonne Nouvelle de Noël tient dans cette révélation : DIEU S’EST REVELE EN JESUS-CHRIST, UNE FOIS POUR TOUTES.
C’est ici que commencent les surprises.
On attendait un dieu PREMIER, un dieu source, origine, commencement absolu, père, oui, un « DIEU PREMIER »… et la révélation, la manifestation, l’épiphanie qui nous est proposée est celle d’un FILS, le fruit, le produit, la deuxième étape, presque une créature, un « DIEU SECOND » !
On l’attendait grand, il apparaît petit, tout-petit.
On l’attendait tout-puissant, il apparaît infiniment vulnérable.
On l’attendait éclatant, tonitruant, il apparaît discret et même caché.
On l’attendait définitif, il apparaît à peine ébauché.
On l’attendait fulgurant, il se soumet à la lente croissance des vivants.
On l’attendait immédiat, indiscutable, non, au contraire, il parle, il discute, il invite au dialogue, et c’est même pour cela qu’il est venu, pour parler…
Parler de quoi, de qui ?
…« Il vous baptisera dans l’Esprit Saint »
Le Fils parle de Celui qui vient, à qui il doit laisser la place, pour nous, parce qu’il nous est bon que Lui s’en aille, sinon, Celui-là ne viendrait pas, un Dieu TROISIEME, l’Esprit saint, celui-là dont l’effacement est comme la signature, au baptême, à la Pentecôte.
« Plus de signe dans la nuit, l’étoile est morte… »
Tel est notre temps, le temps de l’Esprit, le temps comme un chèque en blanc.
C’est par cette discrétion que le Dieu-troisième signe toujours ses passages, ses cadeaux, ses dons, car il est le grand Donateur, à la fois le Donateur et le Don lui-même, car il ne sait que se donner lui-même, alors il signe ses chèques en blanc, il n’y a que lui pour faire ainsi à l’humanité un chèque en blanc ; seul L’ORDRE est rempli, « pour l’humanité », « pour les hommes que Dieu aime ».
Là où il y a un don anonyme, il y a l’Esprit Saint.
Là où le don est revendiqué, mis en scène, décompté au centime, médiatisé à outrance, je ne sais pas si l’Esprit aime être là.
Dieu ne cesse de nous dire ainsi ce que la voix venue du ciel disait au jour du Baptême : « c’est Toi mon Fils bien-aimé, en toi j’ai mis tout mon amour. » Donne-toi, donne tout, et ne crains pas de disparaître, je suis avec toi tous les jours jusqu’à la fin du monde, « Emmanuel ».
Frère David
Abbaye Saint Benoît d'En Calcat - 81110 DOURGNE