Un lépreux ! un proscrit, qui n’a pas le droit de s’approcher de la communauté des hommes et qui doit se signaler lui-même en criant « Impur, impur » (cf Lv 13).
Cette fois-là pourtant (Mc 1, 40-45), en face de Jésus, le lépreux a eu l’audace, le courage inouï de crier autre chose : « si tu veux, tu peux me rendre pur ».
Jésus devrait s’éloigner, il devrait renvoyer, rabrouer cet homme, comme peut-être le font déjà les disciples qui l’accompagnent, mais, coup de théâtre, il s’arrête, il est saisi aux entrailles. C’est tout le contraire d’un Dieu impassible qui se révèle ; il est touché par la souffrance de l’homme, et d’un même mouvement, il tend la main. Il le touche à son tour. Il le guérit.
Alors seulement il le renvoie, il le rabroue, il le chasse, paraissant presque nier la guérison qu’il vient d’accomplir. Pourquoi ?
Jésus se refuse à encombrer la relation des hommes avec Dieu. Il n’est que le révélateur du Père, celui qui conduit au Père. « Ne dis rien à personne mais va te montrer aux prêtres, fais l’offrande prescrite », retrouve le chemin du Temple, rends grâce à Dieu avec la communauté des hommes.
Jésus ne veut jamais arrêter à lui le mouvement de reconnaissance de ceux qu’il guérit. C’est le Père qu’il veut faire reconnaître.
Abbaye Saint Benoît d'En Calcat - 81110 DOURGNE